Kompromat : Gilles Lellouche parfait dans un thriller brillant et haletant

Inspiré de faits réels

Kompromat : Gilles Lellouche parfait dans un thriller brillant et haletant

CRITIQUE / AVIS - Gilles Lellouche est victime d'une machination dans "Kompromat". Un thriller captivant de bout en bout, qui confirme après "Zulu" que Jérôme Salle excelle dans le genre.

Kompromat : une vie qui bascule

Après l'ambitieux L'Odyssée, qui retraçait les aventures de Jacques-Yves Cousteau, Jérôme Salle revient au thriller, genre auquel il s'est déjà essayé avec Anthony Zimmer et l'excellent Zulu, adapté du roman éponyme de Caryl Férey. Pour Kompromat, le réalisateur et l'écrivain signent ensemble le script, inspiré de faits réels.

Le long-métrage raconte la chute soudaine et inexpliquée de Mathieu Roussel, incarné par Gilles Lellouche. À la suite d'un événement culturel qu'il a organisé, cet expatrié en Russie est arrêté par les autorités et accusé d'avoir publié des documents pédophiles sur Internet. Alors que sa femme et sa fille rentrent en France, il est incarcéré. Mathieu découvre qu'il a probablement été victime d'un "kompromat", à savoir l'apparition de faux documents dévoilés par les services secrets russes pour incriminer un ennemi de l'État.

Kompromat
Mathieu Roussel (Gilles Lellouche) - Kompromat ©SND

La première partie du film relate la descente aux enfers d'un quidam sans histoire, père de famille présent qui tente de surmonter une crise de couple. Jérôme Salle et Caryl Férey introduisent plusieurs potentiels responsables à l'origine de la machination dont est victime leur personnage principal. Progressivement, l'enquête que le spectateur mène sur l'identité des coupables passe au second plan, laissant place à une fuite captivante de bout en bout.

Une traque haletante

L'une des grandes forces de Kompromat est de réussir à constamment jouer sur des ambivalences, du moins jusqu'à son dernier acte. Les alliés sont toujours susceptibles d'être des traîtres, certains ennemis ont des zones d'ombre qui les rendent touchants, le protagoniste fait souvent des erreurs, et ce même s'il s'endurcit à force d'être mis à rude épreuve. Jérôme Salle et Caryl Férey donnent une véritable épaisseur à la plupart de leurs personnages, ce qui leur permet de faire ressortir les enjeux émotionnels du récit mais aussi de créer un climat de paranoïa permanente.

Haletant, le long-métrage rappelle Les Trois jours du Condor dans sa manière de présenter un homme innocent contraint de se méfier de tout et de tout le monde, et d'anticiper les actions d'un système qui le dépasse pour survivre. Dans son atmosphère enneigée et la tension qu'il parvient à distiller, le film évoque par ailleurs les séquences en Suisse et en Russie des trois premiers volets de la saga Jason Bourne.

Kompromat
Kompromat ©SND

Kompromat s'inscrit donc dans la tradition d'un cinéma d'espionnage froid et nerveux vers lequel la France s'est rarement orienté, en dehors de quelques exceptions (Le Silencieux, L'Affaire Farewell). La dernière partie plonge le héros et le spectateur dans l'obscurité la plus totale, terminant ainsi de lessiver Mathieu Roussel, complètement abandonné par les diplomates français et livré à lui-même.

Une relation touchante

Et si le spectateur s'accroche autant à cette histoire, c'est non seulement grâce au rythme effréné mais aussi parce que le long-métrage explore parfaitement la notion d'injustice. Mathieu Roussel est malmené jusque dans les dernières minutes, subissant la violence et les humiliations sans recevoir le soutien de son pays. Mais il n'est qu'un versant d'une machination qui fait beaucoup d'autres victimes.

Ces dernières sont en partie représentées par Svetlana, interprétée par la géniale Joanna Kulig (Cold War), épouse d'un soldat blessé au combat qui vient en aide au héros sans raison apparente. Plus trouble, plus nuancée et plus complexe que Mathieu, sa désillusion est particulièrement touchante, notamment parce qu'elle ne se transforme jamais en résignation. Ce qui renforce, pour elle aussi, l'envie de la voir s'en sortir.

La mise en scène joue souvent sur son absence, sur l'attente permanente de Mathieu de la voir se manifester, et l'inquiétude provoquée par le fait qu'elle puisse également être en danger. Derrière le récit d'espionnage se développe donc une histoire sentimentale poignante, capable d'ailleurs de balayer les critiques sur une éventuelle propagande voulue par ce film (tourné avant la guerre en Ukraine), tant elle apporte un point de vue complémentaire à celui du héros. Gilles Lellouche et Joanna Kulig forment un très joli duo qui rappelle (là encore) celui formé par Robert Redford et Faye Dunaway dans Les Trois jours du Condor, dont Kompromat est définitivement l'un des dignes héritiers.

Kompromat de Jérôme Salle, en salles le 7 septembre 2022. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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