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La Bonne épouse : le chemin vers la liberté

La Bonne épouse : le chemin vers la liberté

CRITIQUE / AVIS FILM - "La Bonne épouse" est une réjouissante plongée dans l’émancipation des femmes des années soixante. Avec un trio de choc composé des excellentes Juliette Binoche, Noémie Lvovsky et Yolande Moreau.

Le parcours d’émancipation des femmes n’est pas toujours une partie de plaisir et il est même le plus souvent synonyme de drame, de douleur, d’épreuves, de renoncements. Celui que donne à voir Martin Provost dans La Bonne épouse est délibérément placé sous le signe de la joie et du bonheur absolu. On assiste ainsi, grâce au rire et parfois à la chanson (sur des musiques dynamiques du compositeur Grégoire Hetzel) au passage de la naïveté à la prise de conscience de la force des femmes, de celui de l'épouse accomplie à la femme libre.

Car le réalisateur et sa co-scénariste Séverine Werba ont pris le parti assumé du vaudeville, dans lequel le surjeu des actrices qui incarnent des personnages savoureux, est jubilatoire et cathartique. En cette veille du raz de marée libertaire de mai 68 et dans une reconstitution kitch à souhait, Paulette Van Der Beck (Juliette Binoche) dirige donc l’école ménagère en Alsace, en compagnie de son époux Bernard (François Berléand) et de Gilberte (Yolande Moreau), la sœur de celui-ci.

La troisième qui apporte sa caution religieuse, c’est Sœur Marie-Thérèse (Noémie Lvovsky). Le paradoxe joyeux de ce trio prônant le rôle de la bonne épouse auprès de leurs maris n’échappera pas au spectateur: si l’une est mariée, elle fait tout pour éviter le devoir conjugal d’un mari présenté comme obsédé, l’autre est une vieille fille romantique très bonne cuisinière. Et la dernière, qui a voué sa vie à Dieu, explique pourtant comment tenir un foyer et a des idées bien arrêtées sur la sexualité des jeunes filles.

Mêmes les parangons de vertu ne sont pas à l'abri de bonnes surprises

Mais le pire, c’est qu’elles croient dur comme fer à ce qu’elles enseignent à des jeunes filles généralement sans le sou. Elles se basent sur les 7 piliers de la bonne épouse qui doit renoncer à elle pour se soumettre avant tout au bon plaisir de son mari. Et La bonne épouse va démonter, l’un après l’autre et grâce à plusieurs événements, ces principes d’un autre siècle et poussés à l’extrême.

Deux groupes sont sur le chemin de leur liberté : d’un côté, celui des enseignantes conservatrices et de l’autre, celui des élèves. Parallèle toutefois inégal, car celui des femmes est bien plus enthousiasmant que celui des jeunes filles, plus classique. Sans doute parce qu’elles partent de plus loin et portent depuis plus longtemps les dogmes de la société patriarcale.

Tout commence pour les trois par le décès de Bernard, qui non seulement les laisse désemparées mais leur fait découvrir la situation qu’il s’évertuait à leur cacher : ses petits secrets libidineux mais surtout les dettes et le spectre de la ruine de l’école. Car prendre sa vie en main commence par le nerf de la guerre : l’argent et l’ouverture d’un compte bancaire à son propre nom. Et cela tombe bien puisque le banquier, c’est André (Edouard Baer), le premier amour de Paulette. A ses côtés, elle découvrira qu’un homme sait aussi faire la cuisine et le repassage, et que son propre corps peut s’épanouir aussi bien en pantalon que dans les bras d’un homme. À ce propos, la scène de la recette de l’Apfelstrudel susurrée par Edouad Baer est d’une rare sensualité qu'on n'est pas près d'oublier.

Quant à Gilberte et Sœur Marie-Thérèse, embarquées par ce vent qui souffle des lendemains qui chantent, elles modifieront aussi leurs regards sur le rôle et la place des femmes dans la société et la famille. De leur côté, les jeunes élèves découvrent l’amour et les émissions de radio dans lesquelles on se confie, mais réagissent aussi face aux mariages forcés potentiellement dramatiques. Le réalisateur met d’ailleurs en lumière, tout comme Catherine Corsini l'avait fait dans La belle saison, l’idée que le féminisme se découvre aussi par l’amour d’une femme pour une autre femme.

Film féministe puissant et truculent aux répliques qui font mouche à chaque fois, La bonne épouse plaira sans nul doute aux femmes de cette génération qui se remémoreront, grâce à l’humour, leur propre émancipation, mais aussi aux plus jeunes femmes et aux hommes, qui comprendront mieux les épreuves traversées par leurs propres mères et grand-mères.

La Bonne épouse de Martin Provost, en salle le 11 mars 2020. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.