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La Cacophonie du Donbass : fascinant documentaire sur l’Ukraine

CRITIQUE FILM – La région ukrainienne du Donbass est, depuis 2014, l’objet d’un conflit armé entre des séparatistes russophones et les forces gouvernementales ukrainiennes. Un lieu de tensions entre deux pays donc, dont le cinéaste ukrainien Igor Minaiev explore le passé, entre extraits de films, entretiens contemporains et images de propagande soviétique.

Pour nous plonger dans le sujet, on commence directement avec des images de Dziga Vertov (cinéaste soviétique pionnier, auteur du célèbre Homme à la caméra). Une voix enjouée loue les exploits des miniers du Donbass, région phare de l’alors Union Soviétique. Le cinéma a été perçu très tôt comme un instrument de propagande privilégié par les dirigeants soviétiques, si bien que la frontière est plus que jamais floue entre images d’archives et cinéma. Quoiqu’il en soit, on ne peut être qu’ébahis face à la beauté de la plupart des images qui nous sont présentées, qu’elles datent des années 1930 ou de la fin des années 1980.

On peut dire que le Soviet éponge

Ce mélange d’images va à toute allure, et arrive à nous faire vivre presque un siècle d’Histoire en l’espace d’une petite heure. Une heure tout rond, c’est en effet la durée du documentaire d’Igor Minaiev : une certaine humilité, aux antipodes des films fleuves d’un certain cinéma d’auteur (on pense au récent Les Âmes mortes, durant plus de huit heures !), qui pourtant arrive à dire beaucoup de choses. D’un musée sous-marin pour se remettre du communisme aux mineurs en tutu, nombreux sont les moments dont on se souvient après la projection.

Bien sûr, la propagande qu’on voit est constamment interrogée en voix off. Derrière les sourires, on est ainsi amenés à déceler la souffrance des mineurs pendant des décennies. Au cœur du film, on retrouve ainsi un long segment consacré à une grève de 1989. Sur une place, plus d’un millier de mineurs réclament de meilleures conditions de vie, sous l’œil de caméras étrangères. Encore une fois, le cinéma se fait à partir d’images pourtant documentaires dans un anachronique noir et blanc. On ne nous le dit pas, mais cette révolte ouvrière semble être le début de la fin pour l’Union Soviétique, qui tombe deux ans plus tard.

D’Eisenstein à Britney Spears

Sans crier gare, comme pour mimer le choc du passage d’un système à l’autre, un clip résonne sur l’écran. On passe en un clin d’œil de mineurs en grève à un clip à la vulgarité assumée et revendiquée : la rupture semble irréversible tant les images contemporaines arrivent brutalement. Ainsi, une fois l’historique de la région du Donbass tracée pendant une demi-heure, le cinéaste décide de nous plonger dans ses problématiques contemporaines. Les images sont toutes aussi fascinantes, à l’instar d’un surréaliste mariage en treillis.

En effet, aujourd’hui, la région ukrainienne est contrôlée par des forces séparatistes russophones, et leur conflit avec l’armée gouvernementale a fait d’innombrables morts. Clairement engagé (le documentaire est d’ailleurs soutenu par le ministère de la culture ukrainien), Minaiev laisse ainsi la parole à des citoyens qui ont été pris, malgré eux, en plein dans le conflit. Loins d’être manichéens, les témoignages montrent la complexité du conflit, mais surtout l’extrême violence qui en résulte.

On se rend compte de l’usage apparemment courant de la torture, à travers des témoignages. Ici, un journaliste torturé pour avoir fait son métier, là, une femme qui raconte l’enfer qu’elle a vécu. Face caméra, sans fioritures, les paroles n’en sont que plus poignantes. Quelques semaines seulement après l’excellent Santiago, Italia de Nanni Moretti, La Cacophonie du Donbass vient nous rappeler à quel point les documentaires de cinéma peuvent être fascinants, et méritent d’être soutenus.

La Cacophonie du Donbass d’Igor Minaiev, en salle le 27 mars 2019. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

Pour nous plonger dans le sujet, on commence directement avec des images de Dziga Vertov (cinéaste soviétique pionnier, auteur du célèbre Homme à la caméra). Une voix enjouée loue les exploits des miniers du Donbass, région phare de l'alors Union Soviétique. Le cinéma a été perçu très tôt comme un instrument de propagande privilégié par les dirigeants soviétiques, si bien que la frontière est plus que jamais floue entre images d'archives et cinéma. Quoiqu'il en soit, on ne peut être qu'ébahis face à la beauté de la plupart des images qui nous sont présentées, qu'elles datent des années 1930 ou de…

Conclusion

Note de la rédaction

Le spectateur se rend compte de l'instabilité qu'a toujours connue la région, et le documentaire vient directement témoigner de sa situation passée comme actuelle. Un film autant engagé que fascinant.

Note spectateur : Sois le premier !

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