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La Dernière folie de Claire Darling : faire la paix avec son passé

CRITIQUE FILM- Après son documentaire « Dernières nouvelles du Cosmos », Julie Bertuccelli revient à la fiction avec « La Dernière folie de Claire Darling ». Elle met pudiquement en scène Catherine Deneuve et Chiara Mastroianni dans les rôles d’une mère au seuil de sa vie, et de sa fille.

La Dernière folie de Claire Darling de la réalisatrice Julie Bertuccelli est adapté du roman de l’Américaine Lynda Rutledge, Le Dernier vide-grenier de Faith Bass Darling. L’histoire est transposée en France, dans une belle demeure envahie par les objets empilés par Claire Darling (Catherine Deneuve). Et de vide-grenier, il va en être question puisque la vieille dame encore pimpante s’est levée avec l’idée de se débarrasser de tout ce fatras encombrant d’ici le soir. Drôle de lubie, drôle de folie, la dernière de sa vie.

Non pas que sa vie fût une folie, comme on le découvrira en tirant au fur et à mesure les bouts de ficelle habilement dispersés par la réalisatrice et sa co-scénariste Sophie Fillières. La folie fut plutôt dans sa façon de vivre sa vie, notamment par le prisme de la beauté et de l’art. Une vie solitaire passée dans une bulle, à l’abri du monde extérieur et en sécurité parmi ces meubles et ces objets accumulés depuis des générations de bourgeois.

Critique La Dernière folie de Claire Darling : faire la paix avec son passé

Comme chacun le sait, un objet incarne souvent un souvenir du passé, un temps qui n’est plus, un absent. On dit aussi que les objets eux-mêmes ont une âme et Claire est intimement persuadée que leur beauté élève l’âme. Mais les objets empêchent souvent de vivre dans le présent et surtout de laisser de la place aux sentiments, aux explications, aux révélations. Les non-dits et les sujets qui fâchent sont ici purement et simplement noyés dans un bon thé. Pour sa fille, Marie (Chiara Mastroianni), cette demeure suinte toujours de tristesse et de souffrance, desquelles elle avait pensé s’extirper en s’enfuyant. Car le film aborde aussi les difficultés relationnelles entre une mère et sa fille, dues à l’époque et aux circonstances.

De fait, La Dernière folie de Claire Darling s’attache à certains objets symboliques des moments forts de la vie de Claire. Une bague que portait sa mère, l’automate préféré de son fils, ou une pendule éléphant que sa fille adorait. En cette journée particulière, elle passe beaucoup de temps à les chercher, à les changer de place, à renoncer à s’en débarrasser. Mais elle est décidée à mettre de l’ordre dans sa vie, dont elle pressent la fin. Et la réalisatrice resitue parfaitement ces objets en les faisant revivre dans des scènes du passé, qu’elle mélange allègrement avec celles du présent, comme si elle offrait au spectateur la possibilité d’être un temps perdu dans la tête de Claire. Une tête dans laquelle se bousculent aussi bien les souvenirs et les morts que la maladie d’Alzheimer qui pointe le bout de son nez.

La beauté des objets qui nous entourent aide à supporter notre souffrance

S’inspirant d’une démarche de psychothérapie reconnue qui encourage un adulte en souffrance à regarder avec bienveillance l’enfant qui est en lui, le film montre ainsi Marie adulte croiser avec indulgence Marie adolescente. Ou encore Martine (Laure Calamy), l’amie de Marie, toujours autant fascinée adulte par cette fameuse pendule que lorsqu’elle était petite fille. Et bien sûr, Claire, revoyant plusieurs scènes d’elle jeune (Alice Taglioni) en compagnie de son mari Claude (Olivier Rabourdin). Cette convocation, à la fois brillante et tendre, de souvenirs en présence de plusieurs générations de personnages donne au film un charme nostalgique indéniable, comme un temps suspendu.

D’autant que chaque personnage en son propre miroir est tout à fait crédible, et particulièrement celui de la blonde Alice Taglioni, devenue la blanche Catherine Deneuve. Belles, évaporées, elles incarnent toutes deux la grâce et la classe de leur rang. Leur intonation de voix cassante, leur posture, leur façon de fumer nerveusement leur cigarette, leurs remarques intrusives sont en parfaite symbiose. Rien n’est laissé au hasard, pas même le nombre de grains de beauté sur les trois visages de Marie. On est un peu moins convaincu par l’intérêt de la présence du cirque dans ce petit village, ou par la fin bizarrement déconnectée du reste du film. Mais grâce à une mise en scène originale, La Dernière folie de Claire Darling offre un émouvant portrait de femme courageuse et de mère imparfaite, ainsi qu’un regard assez audacieux sur le corps vieillissant et une réflexion tendre sur le temps qui passe et qui ne se rattrape plus.

 

La Dernière folie de Claire Darling de Julie Bertuccelli, en salle le 6 février 2019. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

La Dernière folie de Claire Darling de la réalisatrice Julie Bertuccelli est adapté du roman de l’Américaine Lynda Rutledge, Le Dernier vide-grenier de Faith Bass Darling. L’histoire est transposée en France, dans une belle demeure envahie par les objets empilés par Claire Darling (Catherine Deneuve). Et de vide-grenier, il va en être question puisque la vieille dame encore pimpante s’est levée avec l’idée de se débarrasser de tout ce fatras encombrant d’ici le soir. Drôle de lubie, drôle de folie, la dernière de sa vie. Non pas que sa vie fût une folie, comme on le découvrira en tirant au…

Conclusion

Note de la Rédaction

"La Dernière folie de Claire Darling" offre un émouvant portrait d'une femme courageuse et mère imparfaite.

Note spectateur : 3.73 ( 2 votes)

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