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La Dernière vie de Simon : un beau conte fantastique

CRITIQUE / AVIS FILM – « La Dernière vie de Simon » embarque le spectateur dans une aventure extraordinaire, à hauteur d’enfant puis d’adulescent, qui mêle habilement magie et réalisme et interroge subtilement sur la quête d’identité, l’amitié et l’amour.

La Dernière vie de Simon est la preuve de la persévérance dont doivent faire preuve scénaristes et réalisateurs. Il a en effet fallu 8 ans au réalisateur Léo Karmann et à sa co-scénariste Sabrina B. Karine pour voir ce projet aboutir ! Rencontrés au Festival du Film Francophone d’Angoulême, ils reconnaissent d’ailleurs la difficulté française à « faire du cinéma populaire de divertissement autre que de la pure comédie ou du cinéma social et ancré dans le réel ».

Car il faut bien admettre que ce premier long-métrage est un film hybride qui traverse les genres et est donc inclassable par nature. Le film touche aussi bien à l’intime et au récit initiatique, qu’au drame qui tend vers le thriller familial, en passant par le surnaturel et l’inexpliqué. Heureusement, un producteur a pris le risque de les accompagner et on lui en sait gré, car ce film embarque brillamment le spectateur dans sa magie, oscillant entre émotion, surprise et suspense.


Surprise et suspense que l’on s’engage à ménager dans cette critique, car il est vraiment nécessaire de ne pas spoiler l’intrigue après les 15 premières minutes du film, au cours desquelles s’installent doucement les personnages. Car La Dernière vie de Simon est avant tout un conte fantastique qui justifie pleinement que le spectateur garde tout le long du film son âme et ses yeux d’enfants, laissant le merveilleux qui s’en dégage venir doucement à lui. Ce que l’on peut toutefois dévoiler, c’est que Simon (Albert Geffrier) est un orphelin solitaire de 8 ans, qui vit dans un foyer. Il n’a jamais connu ses parents et on ne sait pas comment, ni pour quelles raisons, il a été abandonné.

À la faveur d’une sortie sur un bateau, Simon se lie donc d’amitié avec un petit garçon, Thomas (Simon Susset) et sa sœur Madeleine (Vicki Andren). Invité un week-end dans leur maison, Simon découvre alors la vie de famille, le rire, les jeux et la tendresse d’une maman, Agnès (Julie-Anne Roth ) et d’un papa, Jacques (Nicolas Wanczicki). Ses sentiments sont évidemment confus et partagés : sans référence jusqu’alors, il est ébloui par ce socle de joie qui imprègne la petite famille, alors qu’une pointe de jalousie assombrit son attachement. Car il comprend mieux tout ce dont il a été privé dans son enfance, et qu’il lui faudra quitter vraisemblablement à la fin du week-end. Le film fait parfaitement ressentir au spectateur la sensation de ce nouveau manque, que Simon soupçonnait mais n’avait pas encore expérimenté.

Quand la magie se mêle de la réalité

D’autant que les trois jeunes scellent un pacte d’amitié et de sang, au cours duquel chacun livre un secret. Pour Madeleine, ce sera la révélation de sa probable mort avant ses vingt ans en raison de sa maladie du cœur, et pour Simon, celle de son pouvoir secret, auquel il se livre par plusieurs démonstrations. Car le pouvoir extraordinaire, dont Simon n’avait jamais parlé à personne, c’est l’homotypie. Il ne sait pas d’où vient ce phénomène de camouflage utilisé par de nombreux animaux pour se dissimuler, comme le caméléon, tant auprès des agresseurs que des proies. Le petit garçon peut ainsi prendre l’apparence de chaque personne qu’il a déjà touchée. C’est un pouvoir bien utile pour sortir du foyer le soir et manger une barbe à papa avec l’apparence de l’éducateur (Pierre Cachia). Ou pour observer dans une autre enveloppe physique que la sienne des personnes que l’on connaît sans être reconnu. Ou encore pour se faire passer pour qui il n’est pas.

Mais le film montre aussi à quel point ce pouvoir peut être encombrant car, comme le dit le réalisateur « un super pouvoir peut aussi être un handicap: si on peut être n’importe qui, on n’arrive jamais à être soi-même ». En effet, lorsqu’on prend l’apparence de quelqu’un d’autre, on ne peut pas s’en contenter, il faut aussi prendre tous les autres bagages : les ressentis, les allergies, les tics, les problèmes, les doutes. Et accepter de vivre avec cet inconfort de cohabitation de deux personnalités au sein d’un même corps.


La Dernière vie de Simon questionne donc, l’air de rien, sur la quête d’identité, sur la place que l’on accorde à ses désirs propres, mais aussi sur les difficultés rencontrées lorsque l’on éprouve des sentiments amoureux ambivalents. Et quand on sait que Jacques possède une miroiterie, on ne peut s’empêcher d’y voir un paradoxe bigrement intéressant, autant que l’opportunité d’une réflexion philosophique. En effet, comment et combien de temps peut-on accepter de vivre avec l’idée de voir se refléter l’image d’un autre visage que le sien et d’un être qui n’est pas soi ? Combien de temps avant de se perdre soi-même ?

Le décor est donc planté pour le versant dramatique du film et l’intrigue fait alors basculer le spectateur dans une palette d’émotions entremêlées, que le réalisateur avait pour « priorité absolue, tout comme la crédibilité des personnages ». Et on retrouvera donc tout ce petit monde, après une ellipse de dix ans, dans le cadre idyllique et la lumière si particulière de la Bretagne : Thomas (Martin Karmann), Madeleine (Camille Claris) et Simon (Benjamin Voisin). On aime le morphing, que même les habitués du genre trouveront très réussi, aussi bien dans les effets spéciaux que dans le regard et les mouvements de surprise de la part des personnages qui voient Simon se transformer sous leurs yeux ébahis. Un peu moins la musique genre conte de fées qui souligne trop chaque moment extraordinaire.

Mais que se rassure le réalisateur, biberonné au cinéma de Spielberg, Cameron et Zemeckis, qui avait pour objectif que « l’histoire soit à la hauteur du concept et que le spectateur ne soit pas frustré » : c’est bien le cas. Grâce à une réalisation au plus près des personnages, La Dernière vie de Simon se révèle un premier film réussi, qui tient parfaitement le spectateur en haleine jusqu’au bout, s’attachant tour à tour à chaque personnage, au cœur de ses émotions et de ses dilemmes.

 

La dernière vie de Simon de Léo Karmann, en salle le 5 février 2020. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

La Dernière vie de Simon est la preuve de la persévérance dont doivent faire preuve scénaristes et réalisateurs. Il a en effet fallu 8 ans au réalisateur Léo Karmann et à sa co-scénariste Sabrina B. Karine pour voir ce projet aboutir ! Rencontrés au Festival du Film Francophone d’Angoulême, ils reconnaissent d’ailleurs la difficulté française à « faire du cinéma populaire de divertissement autre que de la pure comédie ou du cinéma social et ancré dans le réel ». Car il faut bien admettre que ce premier long-métrage est un film hybride qui traverse les genres et est donc inclassable…

Conclusion

Note de la Rédaction

"La Dernière vie de Simon" est un film hybride très réussi qui mêle judicieusement magie et drame, avec des personnages très attachants.

Note spectateur : 4.76 ( 5 votes)
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