La Mule : le grand retour de Clint Eastwood derrière et devant la caméra ?

La Mule : le grand retour de Clint Eastwood derrière et devant la caméra ?

CRITIQUE FILM - Clint Eastwood est de retour devant et derrière la caméra avec "La Mule". Une histoire inattendue inspirée de faits réels, qui raconte comment un vieillard a été passeur de drogue pour un cartel mexicain en toute connaissance de cause.

Clint Eastwood est immortel. A 88 ans, il continue de sortir, de manière très prolifique, un film tous les ans. Après le décevant 15h17 pour Paris, et des précédents films qui n'étaient pas forcément transcendants, La Mule doit signer son grand retour. Certains comparant déjà l’œuvre à Grand Torino, puisque Nick Schenk, le scénariste de l'époque est de retour à l'écriture. Pour l'occasion, Eastwood se met lui même en scène accompagné de Bradley Cooper, Laurence Fishburne, Michael Pena, Andy Garcia et Alison Eastwood, sa propre fille. Inspiré de la vie de Leo Sharp, La Mule est-il le retour à un grand cinéma pour Clint Eastwood ?

Un personnage attachant qui résonne avec la personnalité de Clint Eastwood

La grande force de La Mule réside dans son personnage principal. Clint Eastwood repasse devant la caméra pour interpréter Earl, un grand-père attachant, vétéran de la guerre du Vietnam, qui n'a pas froid aux yeux. Le scénariste dépeint un protagoniste joyeux, avenant, toujours ouvert aux nouvelles expériences, qui continue d'avancer malgré son vieil âge. Son seul regret est d'avoir délaissé sa famille. Certains y voient un parallèle avec le cinéaste, qui s'est jeté corps et âme dans le monde du cinéma, mettant tout le reste au second plan. Après tout, même ses propres enfants ne tournent pas dans ses films, Alison Eastwood n'ayant pas joué avec son père depuis l'âge de onze ans. Mais les comparaisons ne s'arrêtent pas là puisque le réalisateur offre un personnage malicieux, un vieillard sympathique, attachant, un soupçon provocateur. Le sourire au coin, cette incarnation dévoile l'autre face de Eastwood, loin de son côté taciturne dont il atteignait la quintessence dans Gran Torino justement. Earl est l'extrême opposé de Walt et ce décalage sur la dernière décennie a quelque chose de mélancolique. Le temps passe, Eastwood change, peut-être, mais ses films racontent toujours des histoires humaines puissantes.

Finalement, La Mule serait presque plus un film sur Eastwood que sur Leo Sharp. Le capital sympathie du public pour le réalisateur est énorme. Surtout lorsqu'il incarne un personnage vieux et délabré, fatigué. Eastwood se dévoile à la fin de sa vie, ce qui diffuse une sorte de tristesse crépusculaire, appuyée par le dénouement de l'histoire. Pour autant, d'après Bradley Cooper, le cinéaste est encore dans une forme olympique, et aurait dû se vieillir d'avantage, notamment dans la démarche lente, pour interpréter son personnage. Du haut de ses 88 ans, respect.

Un film efficace qui manque parfois de souffle

Techniquement académique mais irréprochable, La Mule n'est absolument pas un mauvais film. Pour autant, le dernier né de Eastwood n'atteint pas les puits émotionnels sans fonds de ses chef-d’œuvres universels, aussi nombreux soient-ils. L'histoire est légèrement absurde, en tout cas cocasse, ce qui fait constamment lorgner le film du côté de la comédie, comme un road movie décomplexé, en contradiction totale avec l'action qu'il entreprend. Il dresse le portrait d'un personnage qui se joue de la vie, et qui ne se rend finalement pas forcément compte, en tout cas pendant un temps, de la gravité de son acte aux yeux de la loi américaine. Ce qui en fait un personnage naïf et attachant. Pour autant l'intrigue est relativement répétitive et les enjeux assez simplistes. Deux grandes trames animent l'histoire : évidemment va-t-il se faire arrêter ? La secondaire étant centrée sur sa famille avec qui il doit se rabibocher. Chacune d'elle laisse très rapidement entrevoir son dénouement, tandis que le suspens nécessaire à la traque du FBI n'est ni exploité, ni mis en avant. Un parti pris qui peut s'accepter tant la conviction du film est de raconter une histoire humaine plus qu'un thriller de chasse à l'homme. Malheureusement les ressorts émotionnels du protagoniste ne fonctionnent pas forcément du tonnerre.

Eastwood en lui même est touchant. Surtout dans son final. Et offre un superbe dialogue en compagnie de Bradley Cooper. Mais le cinéaste ne parvient pas à capter l'émotion comme il a su si bien le faire par le passé. Le dénouement du film est censé atteindre un émotion forte, mais la recette ne prend pas complètement. Le spectateur n'ayant pas réussi a totalement s'imprégner des enjeux et aboutissements de l'histoire à cause d'un aspect parfois trop détaché. A force de le voir pavaner, de ne rien prendre au sérieux et que rien ne soit réellement grave, le spectateur est également conditionné dans ce même état d'esprit. Ainsi les drames ont moins d'impact. Surtout que le premier gros rebondissement est le décès de sa femme. Mais légèrement pathos et proposé un peu rapidement dans l'histoire, cette perte ne fonctionne également qu'à moitié. Mais on pardonne très rapidement à Eastwood les petites faiblesses de son histoire, très vite enterrées par la joie de le retrouver à l'écran, encore en grande forme.

 

La Mule de et avec Clint Eastwood en salles le 23 janvier. Ci-dessus la bande annonce.

 

 

 

 

 

 

 

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