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La Source : ne jamais abandonner son rêve !

CRITIQUE / AVIS FILM – Dans « La Source » avec le rappeur Sneazzy, parfait dans son premier rôle, Rodolphe Lauga réalise un premier film optimiste, qui illustre comment on peut, au travers d’un rêve fou, s’extraire de sa condition sociale.

Quand on évoque un film avec pour toile de fond le milieu du surf, la référence ultime est évidemment Point Break, Extrême limite et l’une de ses répliques chocs : « Le surf, c’est la source ». Rien d’étonnant donc à ce que le premier film de Rodolphe Lauga porte le titre La Source, par ailleurs nom d’un célèbre spot à Tahiti. Le film est surtout inspiré de l’histoire vraie de Karim Braire, parvenu à devenir surfeur et à vivre de sa passion. Jeune homme désœuvré, il habitait dans une cité d’Orléans… Dénommée La Source. Enfin, dernier hasard s’il en est, le héros Samir est interprété par Amine Khemissa, alias Sneazzy, qui a justement composé la chanson La Source au sein du collectif 1995 aux côtés de Nekfeu – qui a fait lui aussi ses premiers pas au cinéma dans Tout nous sépare.

Le réalisateur, venu présenter son film à Bordeaux, a dû créer sa maison de production pour permettre à son film de voir le jour. Il s’est adjoint comme co-scénariste Julien Lambroschini , qui l’a « aidé à écrire une histoire qui porte des valeurs et dont il ne voulait pas qu’elle soit seulement destinée à ceux qui aiment et pratiquent le surf« . Et il a atteint son objectif, parce que, tout comme le héros, le spectateur n’a pas besoin d’être un pro du surf pour apprécier le film.

La Source s’ouvre sur le décès du père de Samir, électricien, qui laisse une veuve et trois enfants. Le réalisateur dépeint subtilement le conflit intérieur du jeune homme. Issu de la deuxième génération de la communauté maghrébine, il doit composer avec les sacrifices faits par la première génération venue s’installer en France. Samir doit-il prendre la suite du père et faire vivre la famille, dont il a désormais la charge financière ? Ou a-t-il le droit de choisir de vivre sa vie et d’être égoïste ?

Le conflit intérieur d’un héros attachant

Mais quel espoir lui réserve la vie dans cette cité s’il décide d’y rester ? Car Samir, pour l’heure, traîne plutôt avec ses amis et risque la prison avec des coups à deux balles. La première partie de La Source montre ainsi que les rêves peuvent germer là où on ne les attend pas. Par exemple, au détour d’un casse raté et de la découverte d’un mur peint, duquel émerge une vague et un surf. Dès lors, Samir n’aura plus qu’une obsession : devenir surfeur… Bien qu’il ne sache pas nager.

Rodolphe Lauga a voulu réaliser une « comédie de la vraie vie, qui redonne aux gamins la légitimité et le goût d’entreprendre, plutôt que de mettre ses rêves de côté et d’assurer le coup dans cette culture de l’excellence actuelle« . Louable intention. Il dit d’ailleurs avoir choisi Sneazzy/Amine Khemissa, bluffant dans son premier rôle, parce qu’il avait « envie de quelqu’un de cette génération, preuve par l’exemple puisqu’il n’est pas passé par les circuits classiques ».

Les obstacles vont évidemment être nombreux sur le chemin de Samir mais, heureusement, les rencontres opportunes aussi. Dans la piscine où Samir apprend à nager, travaille justement Tony Lamouche, interpellé par l’opiniâtreté doublée de folie du jeune homme. Tony, c’est le gars dont tout le monde se moque parce qu’il circule à vélo dans la cité, vêtu d’improbables shorts américains. Ancien bodybuilder, il a été cinq fois champion du monde mais ses choix de vie l’ont coincé dans cette cité. C’est Christophe Lambert qui interprète Tony Lamouche, et même si on a un peu de mal à s’habituer aux prothèses de ses faux muscles, il surprend agréablement dans ce rôle émouvant. Preuve, selon le réalisateur, que l’acteur « a beaucoup d’humour sur lui-même et a les qualités des vrais acteurs qui savent s’amuser et n’ont pas peur de se mettre en danger ».

On peut bien sûr voir un parcours inversement proportionnel entre les deux hommes qui portent l’un sur l’autre, entre deux vacheries, un regard respectueux et admiratif. L’un a connu la gloire, est tombé bien bas, même s’il est enveloppé de l’amour de sa femme Danièle (Christine Citti). Et l’autre est en devenir, en quête d’un ailleurs et très motivé pour tenter sa chance. Tony devient donc l’entraîneur, le mentor, l’inspirateur de Samir, et celui-ci a l’opportunité d’offrir par procuration de nouveaux défis au compétiteur, mais peut-être aussi de devenir l’enfant que le couple n’a jamais eu.

Il faut aussi confronter ses rêves à la réalité

On peut toutefois reprocher aux co-scénaristes d’avoir offert une vision du monde de Samir un peu trop idyllique et décidé de faire l’impasse sur certains thèmes de fonds, qui auraient pu être abordés plus frontalement. Ainsi, même si ce n’est pas le sujet du film, la religion de Samir n’est jamais citée. Quant à la violence qui existe dans la cité multi-communautaire, elle est traitée sous le double angle de l’ironie et de la rédemption naturelle. Car si le film montre les difficultés que rencontre le couple, il se contente de montrer Tony moqué par les jeunes et sa porte d’entrée régulièrement taguée. Autant le fait que Danièle ait peur de sortir de chez elle ou que Tony soit en proie à une grande lassitude sont crédibles, autant la prise de conscience des jeunes vandales semble un peu trop optimiste dans ce contexte.

Grâce à son acharnement et à Tony, tout va ensuite réussir à Samir : son examen de maître-nageur sauveteur en poche, il part travailler l’été sur une plage du Sud-Ouest. Il devient ami avec ses collègues Patrick (Fred Testot) et Eddy (Thomas Goldberg) et rencontre Julie (Alice David), une jeune surfeuse dont il tombe amoureux. Il danse sur la plage, fait la fête, profite de la vie. Et dans cette seconde partie, l’amateur de surf prendra évidemment du plaisir à voir Samir apprendre à surfer sur ces belles vagues.

Mais c’est la dernière partie de La Source qui est peut-être la plus intéressante, car elle dresse un portrait plus en profondeur et sans concession du jeune homme, n’hésitant pas à creuser son côté sombre. Après la saison, Samir se retrouve seul, face à lui-même. Tel le héros de Into the Wild, il s’enlise dans la solitude et confronte enfin son rêve à la dure réalité. Surtout qu’on est en 1999, époque non encore envahie de téléphones portables. Le film montre parfaitement le doute, la frustration et la colère ressentis face à des obstacles que Samir ne peut maîtriser. Au travers d’un héros attachant qui en apprend beaucoup sur lui-même, La Source se révèle donc un film bienveillant porteur d’espoir et symbole du message de Rodolphe Lauga qui « conseille aux jeunes de ne rien s’interdire, de prendre des risques et de tenter le coup! ».

 

La Source de Rodolphe Lauga, en salle le 24 juillet 2019. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

Quand on évoque un film avec pour toile de fond le milieu du surf, la référence ultime est évidemment Point Break, Extrême limite et l’une de ses répliques chocs : « Le surf, c’est la source ». Rien d’étonnant donc à ce que le premier film de Rodolphe Lauga porte le titre La Source, par ailleurs nom d’un célèbre spot à Tahiti. Le film est surtout inspiré de l’histoire vraie de Karim Braire, parvenu à devenir surfeur et à vivre de sa passion. Jeune homme désœuvré, il habitait dans une cité d’Orléans… Dénommée La Source. Enfin, dernier hasard s’il en est, le héros Samir est…

Conclusion

Note de la Rédaction

"La Source" met en valeur un héros attachant qui, à force de travail et d'obstination, parvient à sortir de sa cité et à réaliser son rêve improbable : devenir surfeur.

Note spectateur : 3.29 ( 9 notes)
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