Lady Bird : Greta Gerwig prend son envol

Lady Bird : Greta Gerwig prend son envol

Plus que l’histoire que Greta Gerwig aurait aimé vivre adolescente, "Lady Bird" raconte avant tout une relation complexe, à la fois personnelle et universelle, d’un enfant avec son parent.

Pour son premier long-métrage (en solo, puisqu’en 2008, elle signait Nights and Weekends avec Joe Swanberg), Greta Gerwig fait déjà preuve d’une élégance rare avec Lady Bird. Derrière la caméra, la désormais cinéaste, se montre sensible et honnête.

Cela commence par une scène de dispute dans une voiture entre Christine (Saoirse Ronan, sensationnelle) et sa mère (Laurie Metcalf), au sujet des envies de départ de la jeune fille vers une grande ville plus riche culturellement. Rien de plus classique. Pourtant, Greta Gerwig tire déjà de cette confrontation annonciatrice des événements à venir, de l’émotion, de la drôlerie et une fin de séquence des plus surprenante.

L'alter ego fantasmé de Greta Gerwig

Au premier abord, Lady Bird semblait être une sorte d’autobiographie de Greta Gerwig. Il faut dire que les points communs entre elle et son héroïne sont nombreux. Toutes deux viennent de Sacramento, ont une mère infirmière et un père conseillé en informatique, et une personnalité très marquée. Et devant la chevelure rouge qu’adopte fièrement Christine (qui préfère qu’on la nomme « Lady Bird »), on ne peut que repenser à celle de Greta Gerwig dans 20th Century Woman.

Critique Lady Bird de Greta Gerwig

Pourtant, la réalité est autre. La jeune réalisatrice, qui a d’abord excellé comme actrice et scénariste (aux côtés de Noah Baumbach notamment), fait en réalité de Lady Bird son alter ego fantasmé. « C’est plutôt quelqu’un que j’aurais aimé être » expliquait-elle dans différentes interviews, et notamment lors de la cérémonie des Golden Globes où elle est repartie avec le prix du meilleur film musical ou comédie – et meilleure actrice dans un film musical ou une comédie pour Saoirse Ronan.

La démarche est donc assez fabuleuse. Car qui n’a jamais imaginé sa vie autrement ? Qui n’a pas souhaité revenir dans le passé et avoir plus d’assurance ou d’excentricité ? C’est au moins le cas de Greta Gerwig qui met tout cela en image. Elle, qui était au contraire une jeune fille modèle qui ne faisait pas de vague à son école Catholique de Sacramento.

La beauté d'une relation mère / fille

Pour autant, Lady Bird ne se réduit pas à cela. Au fil des séquences, Greta Gerwig parvient à faire de Christine un personnage universel de par son rapport aux autres, et plus particulièrement avec sa mère. Entre elles, la relation est complexe et la communication ne passe pas. Il n’y a qu’à voir la jeune fille questionner les sentiments de sa mère, et être confrontée au mutisme de cette dernière. Un silence qui n’est pas significatif de rejet, bien au contraire, mais d’une incapacité à exprimer des sentiments. « Je veux que tu sois la meilleure version possible de toi-même » lui répond sa mère, avant de ne plus trouver les mots lorsque Christine lui rétorque : « Et si c’est ça la meilleure version ? ».

Critique Lady Bird de Greta Gerwig

Un passage bouleversant qui rappelle que Greta Gerwig est une excellente scénariste. Elle fait ici preuve d’une grande subtilité dans ses choix des mots (ou leur absence) qui ne peut alors que bénéficier à sa mise en scène délicate. De plus, si elle parvient à sensibiliser autant, c’est bien parce qu’il y a dans cette relation une identification naturelle qui se crée. Pas besoin d’être mère ou fille pour s’y retrouver pleinement. À la ressortie du film, sans avoir été cette jeune fille de Sacramento, on croirait avoir vécu sa vie. C’est bien là toute la magie de Lady Bird qui donne l’impression de revivre un souvenir personnel. Et c’est de là que proviens toute la charge émotionnelle du film.

En cela, Lady Bird est de ces films qui font un bien fou. Porteur d’émotions, et d’autant de rire que de larmes, surtout dans son final poignant, qui dévoile enfin le point de vue de la mère. Car Greta Gerwig ne se cantonne pas uniquement à sa jeune héroïne. Elle traite autant de l’adolescence, avec ses premiers amours, ses amitiés qui vont et qui viennent et les nombreuses déceptions de la vie, que de la difficulté pour un parent à satisfaire son enfant, et à vivre avec ses maladresses parfois blessantes. Rien n’est anodin chez Greta Gerwig. Et c’est ce qui fait toute la richesse de son Lady Bird, dont la tendresse et la délicatesse laissent avec un sentiment de bonheur nostalgique qu’on ne voudrait pas laisser s’envoler.

 

Lady Bird de Greta Gerwig, en salle le 28 février 2018. Ci-dessus la bande-annonce.

 

 

 

 

 

 

 

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