L'Année du requin : une collision des genres rafraîchissante

Film de requins à la française

L'Année du requin : une collision des genres rafraîchissante

CRITIQUE / AVIS FILM - Après avoir mis en scène "Teddy", les frères Boukherma s’attaquent au film de requins avec "L’Année du requin". Et une fois de plus, le duo propose une collision de plusieurs univers passionnante.

Les frères Boukherma : où comment moderniser le cinéma de genre

Avant de parler de L’Année du requin, il est bon de faire un petit récap' de ce que sont les frères Boukherma. Après avoir mis en scène Willy 1er, ils sortent l’année dernière un film de loup-garou inattendu : Teddy. Leur but est de remoderniser le cinéma de monstre, celui qui a eu la part belle dans les années 1950 et 1960. Avec Teddy, ils importent le mythe ancestral du loup-garou dans un petit patelin français. Déjà, ils veulent créer une collision de genres, de styles, et proposer une approche de la thématique du loup-garou inédite et totalement unique.

L'Année du requin
L'Année du requin ©The Jokers

La recette fonctionne. Les frères Boukherma mettent en scène une comédie satirique, critique, drôle, tout en utilisant les clichés du film de loup-garou pour le réinscrire dans des thématiques plus humaines, plus simples, et surtout plus françaises.

Avec L’Année du requin, l’idée est globalement la même. Les frères Boukherma offrent au cinéma français son tout premier film de requins. Porté par Marina Foïs, Kad Merad et Jean-Pascal Zadi, le long-métrage propose ainsi un produit purement estival, qui rend à la fois hommage aux Dents de la Mer (évidemment), et qui s’inscrit définitivement dans la continuité de Teddy. Que ce soit sur la forme, le fond ou les approches thématiques.

L’Année du requin : un film qui s’inscrit parfaitement dans leur filmographique

Là encore, les frères Boukherma proposent un affrontement de plusieurs mondes. Ils reprennent les thématiques horrifiques et grandiloquentes des films de requins pour les inscrire dans un décor purement français : les Landes. L’idée est donc d’insérer le blockbuster américain dans une approche plus simple, à échelle humaine, en offrant des personnages aux buts et aux interactions tout ce qu’il y a de plus basiques. Marina Foïs ne veut pas être à la retraite, Kad Merad veut une vie tranquille, etc.

L'Année du requin
L'Année du requin ©The Jokers

L'idée de créer cette collision des genres est accentuée par la volonté de prendre des acteurs non-professionnels (à part le trio de tête), comme c'était déjà le cas dans Teddy. Mettre de véritables gens du coin permet de créer un réalisme, mais surtout un attachement naturel, spontané aux personnages, aux décors, aux Landes, et à ce film pas comme les autres. Là encore, ce phénomène permet de créer un décalage entre notre notion du film de requins, souvent impressionnant, excessif, ostentatoire, et un cinéma français de niche, totalement différent du carcan habituel du genre.

Les frères Boukherma connaissent leurs classiques. Véritables cinéphiles, ils n’hésitent pas à citer l’immense chef-d’œuvre de Steven Spielberg comme référence. De même, ils jouent avec les clichés du film policier en mettant en scène une protagoniste qui part à la retraite dans une petite semaine. Évidemment, sa dernière semaine va être la plus mouvementée. C’est un grand poncif du thriller avec lequel les deux frères s’amusent.

La comédie de l’été

Mais malgré leurs connaissances, leurs inspirations, les frères Boukherma parviennent à conserver un univers à eux, unique, et en dehors du tout venant français. Ils proposent un cinéma drôle, décalé, absurde, parfois même reposant. Les deux frères écrivent leurs dialogues aux petits oignons, sans jamais mettre un mot plus haut que les autres. En ressort alors une sensation de maîtrise permanente, que ce soit des situations, des personnages ou des dialogues. Et si on devait résumer leur cinéma en un mot ce serait le détournement.

L'Année du requin
L'Année du requin ©The Jokers

Emmené par la Kiffance de Naps, L’Année du requin est aussi un film de vacances au bord de la mer, qui rencontre le film de monstre par excellence. C’est cette capacité à jongler entre les styles, mais aussi les tons, qui permet aux frères Boukherma de proposer un cinéma différent. On peut même aller plus loin en disant qu’ils créent un cinéma de genre au sein même du cinéma de genre.

Si ce n’est un très léger défaut de rythme, et même si c'est un peu moins efficace que Teddy, L'Année du requin est un film hybride qui s'inscrit parfaitement dans la filmographie des deux frères. Comédie, drame, film de genre, film de monstres, l'œuvre coche beaucoup de case sans tomber dans une seule.

L'Année du requin de Ludovic Boukherma et Zoran Boukherma, en salles le 3 août 2022. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces. 

 

 

 

 

 

 

 

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