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Last Words : sublime fin du monde

Last Words : sublime fin du monde

CRITIQUE / AVIS FILM - Le grand Nick Nolte et le jeune Kalipha Touray vivent les dernières heures de l’Humanité dans "Last Words". Un film post-apocalyptique où la fin du monde est dépeinte de manière intime et bouleversante.

Last Words : un héros né après l'effondrement

Adaptation du roman Mes derniers mots de Santiago Amigorena, Last Words s’ouvre sur Paris, en 2086. L'effondrement a eu lieu. Les continents américains et africains ont été engloutis par une mer devenue rouge. Kal et sa petite sœur, probablement l’une des dernières femmes enceintes, parcourent les rues et les immeubles de la capitale en quête d’eau et de cannettes, ultimes rations de nutriments accessibles. Dans un appartement, Kal trouve une bobine de pellicule provenant de la Cinémathèque de Bologne. Après avoir appris à lire et écrire seul, il décide de s’y rendre, en partie pour comprendre l’utilité du support.

Il est difficile d’entrevoir une éclaircie dans les premières minutes de Last Words. La découverte des rues désertiques et délabrées d’une capitale autrefois foisonnante s’accompagne souvent d’un sentiment glaçant, et c’est le cas ici. Au lieu de miser sur des plans larges dévoilant l’étendue du vide, le long-métrage reste à hauteur de son personnage principal. Les horreurs commises dans Paris par des enfants et la vision d’une Europe recouverte de sable rappellent davantage l'impression de déroute d’Allemagne année zéro ou la conclusion de La Planète des singes, que les virées de Will Smith dans Manhattan dans Je suis une légende.

Last Words : Critique du film post-apocalyptique avec Nick Nolte, Charlotte Rampling et Stellan Skarsgard.

Interprété par Kalipha Touray, jeune réfugié gambien, le héros de Last Words avance sur une planète où toute notion de civilisation a disparu, ou presque. Son abnégation, ses interrogations sur l’opulence d’un monde qu’il n’a jamais connu et son envie d’apprendre sont les moteurs d’un récit qui laisse peu à peu une place à l’espoir après une introduction emplie de violence, de tristesse et de solitude. Sans en être conscient, Kal est en quête d’un lien social qui va s’avérer salvateur. Alors qu’il débutait comme le portrait intime de l’un des derniers hommes sur Terre, le film de Jonathan Nossiter prend une tournure inattendue avec une première rencontre.

Les ultimes traces de l’Humanité

Dans le rôle d’un cinéaste usé qui survit en redécouvrant des merveilles du septième art, Nick Nolte trouve l’un de ses plus beaux rôles. Réfugié à Bologne, son personnage symbolise l’idée fondamentale de la transmission, qui se fait ici par le cinéma. À l’instar des premiers spectateurs de L’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat des frères Lumière, Kal est effrayé face à un lion qui rugit à l’écran. Il devient ensuite fasciné par ces images en mouvement et la passion du réalisateur vieillissant est communicative. Le voyage du héros reprend, à deux et avec cette fois-ci la possibilité de filmer les témoignages des derniers habitants de la planète, réunis sur un camp à Athènes. La récolte de ces dernières traces adoucit l’idée d’extinction inéluctable et la fin tragique de Last Words. Tandis que Kal découvre des émotions au contact des autres, son compagnon de route réapprend une manière de vivre qu’il pensait révolue.

Last Words : Critique du film post-apocalyptique avec Nick Nolte, Charlotte Rampling et Stellan Skarsgard.

Avec ce long-métrage, le réalisateur Jonathan Nossiter (Mondovino) - qui s’est consacré à l’agriculture ces dernières années - s’interroge sur les conséquences du réchauffement climatique, ou d’une épidémie, en éludant le côté spectaculaire de bon nombre de films post-apocalyptiques et en évitant d’en rester à un constat d’échec. Comment cultiver une terre qui n’est plus fertile et pourquoi s’entêter à le faire ? Que serait un monde sans les apports culturels de ceux qui le composent ?

Des interrogations qui pourraient être balayées d’un revers de main sur un ton cynique mais qui font sens une fois que tout a disparu. L’héroïsme des personnages de Last Words ne tient pas dans leur faculté à lutter contre des créatures d’outre-tombe ou à se révolter contre des corporations qui continuent de tirer profit de leurs faiblesses comme dans Soleil vert, mais simplement dans leur besoin primaire de se rassembler et de se réinventer, jusqu’au bout.

 

Last Words de Jonathan Nossiter, en salle le 21 octobre 2020. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

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