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Le Chardonneret : le défi d’une mise en scène de la beauté tragique

CRITIQUE / AVIS FILM – Le Chardonneret de John Crowley, avec notamment Nicole Kidman et Ansel Elgort, est l’adaptation du roman éponyme de Donna Tartt. Un film réussi, aux manières académiques et à la très belle photographie, qui se plonge dans le parcours exceptionnel d’un garçon, de son enfance à sa vie de jeune adulte. Une matière complexe, à laquelle le film rend hommage sans parvenir entièrement à la traiter.

Le film Le Chardonneret est un très beau film, et il l’est même au-delà de ses visibles défauts, parce qu’il a une ambition démesurée. Il est, d’une certaine manière, de ces héros dont la défaite est déjà pardonnée parce que le sort de la bataille est joué d’avance. Car en s’attaquant à un très célèbre roman contemporain, le réalisateur John Crowley se donnait une tâche titanesque.

Dans l’art de la peinture, Le Chardonneret est un tableau très célèbre de l’Ecole hollandaise, peint en 1654 et qui a survécu la même année à la massive explosion de la poudrière de Delft, à la différence de son auteur Carel Fabritius et de beaucoup de ses œuvres, disparus dans la catastrophe.

Dans l’art littéraire, Le Chardonneret est aussi depuis 2013 le titre d’un roman majeur du XXIè siècle, écrit par Donna Tartt. Ce livre imposant, plus de huit cent pages, est un récit initiatique qui prend sa source dans la mort d’une mère lors d’un attentat à la bombe au Met à New York. Son fils, Théo, survivra à l’attentat, repartant du musée dévasté avec le fameux tableau, sauvé encore une fois d’une explosion. À partir de là, sa vie sera une suite de bouleversements, liés au tableau qu’il conserve en secret. Autant dire qu’en termes de positionnement artistique, on ne fait pas vraiment plus glorieux et osé que de vouloir se référer à ces œuvres. 

Le Chardonneret, une beauté académique

Le film de John Crowley est l’adaptation de ce roman. Il est un film à gros budget, servi par un casting mêlant des stars, de l’expérience, et du talent en devenir. Il y a toute une période à couvrir, de la tendre enfance au jeune âge adulte du héros, des ramifications multiples à mettre en scène pour construire son parcours tragique.

John Crowley met les petits plats dans les grands pour adapter l’oeuvre littéraire. La photographie est assurée par Roger Deakins, véritable légende de son métier et collaborateur des plus grands cinéastes. Le casting est tout aussi brillant, avec Nicole Kidman et Jeffrey Wright encadrant une jeunesse au talent incroyable. Avec eux, ou plutôt à leur opposé, Luke Wilson et Sarah Paulson finissent d’incarner un monde adulte dont la décadence a différentes origines. Le héros, Théo, est interprété par Oakes Fegley et Ansel Elgort, respectivement dans l’enfance et l’âge adulte, et son ami Boris par Finn Wolfhard et Aneurin Barnard. Ces quatre acteurs interprètent une amitié forte et centrale dans l’intrigue du film, qui par obligation a écarté de larges pans du roman.

Les relations professionnelles, sentimentales et familiales de Théo sont la matrice du Chardonneret, et les acteurs apportent une sensualité complexe au film, qui se balance entre amour et perversité. Les pertes de l’innocence et l’initiation du jeune homme sont mises en scène avec une application légèrement scolaire, un soin redoublé, pour un résultat néanmoins très agréable à regarder.

La matière précieuse et piégée de Dona Tartt

Le Chardonneret de John Crowley est un long métrage patient, très riche, avec une mise en scène allant et venant du passé au présent pour mieux nourrir les subtilités de l’histoire. Le réalisateur y parvient, mais c’est au prix d’une complexité bourgeoise qui peut facilement rebuter, avec une langueur qui se prête mieux aux pages d’un livre qu’aux images d’un film.

Les images du Chardonneret, très belles et détaillées avec soin, à défaut de servir toujours la densité de l’histoire, témoignent surtout du plaisir de fabrication d’un orfèvre, révélant une forte sensualité et un esthétisme joliment désuet. Des éléments très importants dans l’univers de Donna Tartt, qui aime mettre en scène l’élite et sa vie culturelle, son attrait pour la beauté alors qu’en coulisses se développent des tragédies où les instincts de prédateurs l’emportent.

Si on retrouve cet art dans le film, c’est donc malheureusement aux dépens de l’histoire, qui pourra sembler obscure, et par moments déconnectée d’une séquence à l’autre. Personnage originel et fondamental de l’histoire, le personnage de la mère de Théo n’apparaît qu’à la toute fin du film, et c’est un choix mystérieux tant l’amour que Théo lui porte est constitutif de son parcours.

C’est une des anomalies du film, inévitables sans doutes étant donné la très grande ambition du film, mais qui n’empêche pas à l’ensemble de se conclure comme un excellent film, un thriller dramatique de haute volée auquel la matière littéraire apporte un style unique.

Le Chardonneret, de John Crowley, au cinéma le 18 septembre. Retrouvez ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

Le film Le Chardonneret est un très beau film, et il l’est même au-delà de ses visibles défauts, parce qu’il a une ambition démesurée. Il est, d’une certaine manière, de ces héros dont la défaite est déjà pardonnée parce que le sort de la bataille est joué d’avance. Car en s'attaquant à un très célèbre roman contemporain, le réalisateur John Crowley se donnait une tâche titanesque. Dans l'art de la peinture, Le Chardonneret est un tableau très célèbre de l’Ecole hollandaise, peint en 1654 et qui a survécu la même année à la massive explosion de la poudrière de Delft,…

Conclusion

Note de la rédaction

Le film "Le Chardonneret" de John Crowley est un bel hommage au tableau et au roman desquels il tire son titre, et son sujet. Très beau visuellement, appliqué dans son exposé d'un parcours tragique, élégant et séduisant, il ne réussit cependant pas à rendre entièrement la singularité de l'univers de Donna Tartt. Un bémol qui ne l'empêche pas d'être un film souvent brillant et parfois fascinant.

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