Le Château de Cagliostro : sortie inédite du premier Hayao Miyazaki

Le Château de Cagliostro : sortie inédite du premier Hayao Miyazaki

CRITIQUE FILM - "Le Château de Cagliostro", le tout premier film de Hayao Miyazaki, a été réalisé en 1979. Ce n'est donc que 40 ans après qu'il s'apprête à être distribué, pour la première fois de l'histoire dans les salles de cinéma françaises.

Retour en 1979. Le Château de Cagliostro est le tout premier long-métrage d'animation d'Hayao Miyazaki, le grand maître des Studios Ghibli. C'est une adaptation d'une série centrée sur Arsène Lupin intitulée Lupin III à laquelle le cinéaste avait déjà participé. Ce film est la deuxième adaptation de la série après Edgar de la Combriole : Le Secret de Mamo - le personnage est effectivement renommé Edgar en version française. Bref, pourquoi est-ce qu'on en parle aujourd'hui ? Parce que Le Château de Cagliostro sort mercredi 23 janvier dans les salles de cinéma françaises pour la première fois. Une ressortie inédite grandement conseillée.

Un premier essai déjà très réussi

Le cinéaste met en place une enquête policière sympathique qui entraîne le joyeux forban dans une histoire plus complexe. Lupin est aux prises avec un mystérieux comte qui retient une princesse emprisonnée. Il va chercher à la sauver de ses griffes tout en continuant d'échapper à l'inspecteur Zenigata, son meilleur ennemi. Hayao Miyazaki signe une histoire passionnante, totalement rythmée, qui démontre déjà ses talents d'animateur. L'action est extrêmement fluide, parfaitement mise en scène, grâce à un style qui ne prend pas d'âge. Hayao Miyazaki et l'animation japonaise démontrent une fois de plus à quel point une fabrication traditionnelle de dessin animé permet à ce dernier de résister aux stigmates du temps. Visuellement, c'est encore aujourd'hui somptueux, alors que si on retourne à peine dix ans en arrière sur l'animation 3D, celle-ci est déjà obsolète. Lorsqu'un Dragons 3 sort par exemple, c'est splendide, mais éphémère. C'est un peu ce qui s'est passé également avec la prélogie Star Wars, qui paradoxalement est, aujourd'hui, "moins belle" que la trilogie originelle. Hayao Miyazaki démontre déjà à l'époque son adresse grâce à une vision précise des décors, des costumes et des personnages.

Mais l'animation ne fait pas tout. Le Château de Cagliostro est également porté par une narration superbe. Les personnages sont parfaitement écrits, notamment le duo principal, diamétralement opposé. Cela permet ainsi à Hayao Miyazaki de créer une dualité entre ses deux protagonistes. Lupin et son pote Jigen sont très différents, dans des styles disparates ce qui permet de les confronter et fournir un personnage secondaire tout aussi attachant que le héros. L'histoire est de toute manière très bien ficelée et regorge de références en tout genre. Des éléments qui feront plus tard la filmographie du cinéaste et inspireront de nombreux films.

Un film qui fait sens dans la filmographie de Hayao Miyazaki

On ne sait pas forcément lequel s'est inspiré de l'autre, mais au même moment, en France, sortait Le Roi et l'Oiseau de Paul Grimault. C'est assez drôle de voir les similitudes entre ces deux métrages d'animation tant certaines scènes sont très proches. Il y a évidemment le décor. Ces châteaux qui s'animent, ces ponts suspendus qui se muent en transports ou en ascenseurs. Il y a forcément le Roi et le Comte, tout deux avides de pouvoir et de contrôle, cherchant à dominer et asservir. On a évidemment ces personnages narquois, l'oiseau d'un côté, Edgar de l'autre. Et enfin, il y a la princesse (ou bergère) en détresse. Bref, les deux films ont de nombreux points communs, que ce soit l'arc narratif, ou les décors.

Mais Le Château de Cagliostro emprunte également aux romans policiers. Que ce soit l'univers d'Arsène Lupin, ou des romans d'Agatha Christie, il règne dans le film cette ambiance policière propre à ce genre de livres. Une enquête au ton relativement léger, qui n'a aucune chance de résister au talent de déduction de son personnage principal. Un genre qu'Hayao Miyazaki réutilisera cinq ans plus tard pour sa série animée Sherlock Holmes, qui reprend énormément de codes de Le Château de Cagliostro. Que ce soit dans l'animation, dans les personnages ou dans le ton, sa série, dorénavant disponible sur Netflix, est le découlement logique de ce long-métrage. Notamment avec cette relation entre Sherlock et Moriarty, approfondissement de celle entre Edgar et l'inspecteur Zenigata.

Il se pourrait aussi qu'Hayao Miyazaki se moque de Disney. Il s'accapare la formule type du studio américain et la transforme. Le coup classique de la princesse bloquée dans son château, retenue par un terrible monstre, que seul un prince charmant peut secourir. A cette époque, le monde de l'animation est dominé par le puissant Walt Disney qui définit les codes du genre. De son côté Hayao Miyazaki semble s'approprier cet univers pour le remodeler à son image.

Le prince devient un voleur au grand cœur, le monstre devient un prince maléfique. Le prétendu gentil est donc méchant et inversement. Le château est toujours présent, comme vestige d'un genre qu'il faut transformer. Hayao Miyazaki va montrer au monde entier que l'animation pouvait être autre chose que la guimauve Disney. Et ne parlons pas du travail accompli par la suite avec les Studios Ghibli. On conseille donc fortement Le Château de Cagliostro, premier tour de piste du grand Hayao Miyazaki.

 

Le Château de Cagliostro d'Hayao Miyazaki, en salle le 23 janvier 2019. Ci-dessus la bande annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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