Le Genou d'Ahed : Nadav Lapid signe un film enragé contre Israël

Le Genou d'Ahed : Nadav Lapid signe un film enragé contre Israël

CRITIQUE / AVIS FILM - Pour son quatrième long-métrage, Nadav Lapid est plus énervé que jamais. Dans "Le Genoux d'Ahed", il attaque de plein front l'Israël contemporaine et délivre un moment de cinéma furieux.

Le Genou d'Ahed : autopsie d'un pays en déliquescence

Le réalisateur Nadav Lapid a fait sensation en 2019 avec Synonymes, non seulement en bousculant le public avec son audace, mais aussi en s'offrant un Ours d'or à la Berlinale. Jusqu'alors, il avait une petite histoire avec le Festival de Cannes. En 2008, il est sélectionné par la Cinéfondation pour écrire son premier film. Naîtra ainsi Le Policier. Huit ans plus tard, il revient sur la Croisette pour figurer dans le jury de la Semaine de la critique. Vient maintenant 2021 et l'étape terminale, à savoir une place en Compétition officielle. Dans la cour des grands, il nous propose Le Genou d'Ahed. L'histoire suit Y, un cinéaste israélien qui débarque dans un petit coin paumé du pays pour présenter l'un de ses films aux locaux. Dans ce trou, il croise sur sa route Yahalom, employée au ministère de la culture.

Le Genou d'Ahed
Le Genou d'Ahed ©Pyramide Distribution

Du cinéma fiévreux

Il est de coutume de dire que le Festival de Cannes est un endroit où l'on prend des nouvelles du monde, grâce à des propositions cinématographiques venues de partout. En l'occurrence, celles rapportées par Nadav Lapid en provenance d'Israël ne sont guère joyeuses. On met un moment avant de véritablement comprendre l'intention principale du metteur en scène, qui se dissimule qu'à peine derrière son personnage central. Pendant toute la première partie de Le Genou d'Ahed, on suit donc Y dans son errance au cœur d'un paysage désertique assimilable à une terre brûlée sur laquelle plus rien ne peut pousser. Puis, au détour d'une longue séquence en compagnie de Yahalom, le film met enfin en avant son objectif, qui n'est rien de moins que de s'en prendre ouvertement au gouvernement israélien.

Nadav Lapid laissait déjà apercevoir dans la première partie du long-métrage une certaine rage. Sa mise en scène traduisait un bouillonnement, avec des mouvements de caméra brutaux ou d'autres touches stylistiques. Tantôt forts, tantôt vains, ces gestes formels n'étaient pas encore accordés avec le fond, ce qui n'était pas loin de nous laisser penser que le metteur en scène se regardait filmer. À vrai dire, on le pense toujours en partie quand le générique de fin débute, tant certains choix formels francs sonnent artificiels.

Nadav Lapid frappe fort

On ne peut retirer à l'auteur de Le Genoux d'Ahed une rage sincère, qui sort des tripes. Un désir de porter un propos fort en tapant là où ça fait mal, sans se dérober quand vient le moment d'expliciter ses intentions. Durant les moments de gloire qu'il offre à son acteur principal (superbe Avshalom Pollak), il égratigne Netanyahou, balance sur la gestion nationaliste d'Israël, sur la considération de l'art, sur les pressions exercées en coulisses pour éteindre les voix dissonantes. Le peuple, lui, marine dans des croyances qui l'empêche de réfléchir.

L'électron libre Y/Nadav Lapid tente de réveiller les endormis, quitte à se prendre des coups en retour. S'il y autant de rage dans Le Genoux d'Ahed, c'est parce que le personnage comme le réalisateur sont attachés à leur pays. Ce qui rend ainsi si beaux ces moments où Y filme avec son iPhone la nature dans son plus simple appareil, là où le poison ne s'est pas répandu (le désert, le ciel, l'eau). Des captations d'une terre qui ne lui correspond plus et à laquelle il semble tourner le dos dans les dernières secondes.

 

Le Genou d'Ahed de Nadav Lapid, en salle le 15 septembre 2021. La bande-annonce ci-dessus. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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