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Le Jeu : comédie grinçante sur l’addiction au portable

CRITIQUE FILM- Dans Radin!, le personnage du dernier film de Fred Cavayé s’empêtrait dans ses mensonges pour ne pas dévoiler sa pingrerie. Avec Le jeu, le réalisateur poursuit son intrusion dans le domaine de la comédie et sa réflexion sur le mensonge.

Dans Le jeu, adapté d’un film italien, le réalisateur Fred Cavayé convie les spectateurs au dîner de quatre amis d’enfance et de leurs trois épouses. Evidemment, règlements de comptes et petits mensonges entre amis vont être mis à jour. Ce genre de huis clos avec des copains d’enfance et leurs couples ne vous rappelle rien ? Comment ne pas penser aux films Le prénom, Le code a changé, Baby Phone, Les petits mouchoirs et même Mes meilleurs amis ? Le principe est toujours le même, notamment dans l’unité de lieu, l’unité de temps et dans la construction des personnages qui révèlent leur véritable personnalité en situation de crise. Le jeu rajoute une pincée originale de paranormal, en positionnant cette soirée lors d’une éclipse totale de lune au cours de laquelle le réalisateur demande d’emblée au spectateur de croire que certaines choses incroyables sont susceptibles de se produire. Et elles vont effectivement se produire.

Un dîner qui met à l’épreuve couples et amis

Le casting est aux petits oignons et Le jeu offre une belle partition de présence à l’écran et de dialogues, également répartie pour chacun des sept comédiens. Pourtant, les  mouvements dans l’appartement et le rythme des répliques qui claquent donnent tellement le tournis qu’on retient à peine le prénom des personnages. Mais on est tout de suite installé dans les rapports de couple et les rapports amicaux. Marie/Bérénice Béjo forme ainsi avec Vincent/Stéphane De Groodt le couple qui invite. Parents d’une adolescente, ils vivent dans l’opulence. Il est chirurgien plastique et pose des prothèses mammaires quand elle est psychanalyste. Ce dernier point a de l’importance, car c’est elle qui va avoir l’idée du fameux jeu.

Charlotte/Suzanne Clément et Marco/Roschdy Zem sont obligés de vivre avec la mère de Marco pour économiser une baby sitter. Leur couple bat de l’aile, et celui de Ben/Grégory Gadebois, prof de sport au chômage, s’est soldé par un divorce. Comme toujours dans ce type d’amitiés enfantines, il y a toujours le gars un peu benêt et moins gâté par la nature que les autres, qui ne porte jamais de jugements négatifs et se révèle souvent le plus sage d’entre tous. Enfin Thomas/Vincent Elbaz et Léa/Dora Tillier sont de jeunes mariés qui essayent d’avoir un enfant. Lui est chauffeur de taxi et elle est esthéticienne.

Seule leur amitié d’enfance permet de croire au fait que ces couples n’évoluent pas dans le même milieu social. Mais ce portrait de la société française, qui ratisse assez large niveau situations professionnelles, permet aussi de partir du principe que tous ces quarantenaires sont concernés par l’ère de la modernité virtuelle. Ils sont collés à leur smartphone, tel un prolongement de leur cerveau et de leurs secrets. Le fameux jeu, version moderne du jeu de la vérité, consiste donc à ce que tous les convives posent sur la table leur portable et écoutent ou lisent les messages de tous. Le film offre ainsi, par le biais de la comédie, une critique intéressante de ce phénomène d’addiction et de ses dérives. Le réalisateur emploie d’ailleurs le terme de clean pour celui qui n’aurait rien à cacher. Il force évidemment le trait et donne à voir des individus qui ont tous quelque chose de plus ou moins compromettant à dissimuler, mentant à leurs conjoints et à leurs amis.

Tout le monde a donc quelque chose à cacher

Défilent ainsi pendant toute la soirée messages, photos, mails, appels téléphoniques, messages Facebook, alertes d’applications. Si certains paraissent un peu « téléphonés », des sextos sont véritablement équivoques et d’autres sources de malentendus plutôt drôles, obligeant parfois les protagonistes à choisir entre deux mensonges. Tous les secrets n’étant pas croustillants, Fred Cavayé parvient pourtant à maintenir une forme de suspense dans l’escalade de la soirée, tout en y associant l’émotion qui vient frapper celles et ceux qui découvrent la vérité. Si le réalisateur filme très bien les regards qui doutent de Marie, Vincent, Thomas ou Marco, on reste un peu à l’écart de la tristesse de certains personnages, tels Ben, Charlotte ou Léa, dont les malheurs ne parviennent pas à provoquer d’empathie. Quant à certaines réactions de colère déclenchées par quelques secrets éventés, elles sont parfois trop théâtrales.

Et même si ces mensonges, qui concernent essentiellement la sexualité ou les rapports familiaux, servent parfaitement le propos du film, on peut tout de même y voir, sans porter aucun jugement moral sur l’adultère, une vision sacrément pessimiste de notre société. Mais qui de l’œuf ou de la poule ? Est-ce le téléphone, objet de tentation, et ses multiples possibilités virtuelles qui incitent les individus au mensonge? Ou sont-ce les êtres humains menteurs par nature, qui se contentent simplement d’utiliser tous les moyens à leur disposition?

Il y a d’ailleurs fort à parier qu’à la sortie du film, chaque spectateur réfléchira à deux fois avant de stocker dans son portable photos et messages possiblement embarrassants. Et se posera a fortiori d’autres questions: est-ce parce qu’on met un code sur son téléphone qu’on a forcément quelque chose à cacher? Doit-on tout montrer à son conjoint? Quelle est la part d’intimité ou de jardin secret qui reste à chacun? Comment continuer à se faire confiance ? En prenant le prétexte de dresser le portrait d’une société addict aux téléphones portables, Le jeu invite à une réflexion grinçante sur le temps qui passe au sein d’un couple et d’un groupe d’amis, et donc sur l’intimité, la confiance et la tolérance.

Le jeu de Fred Cavayé, en salles le 17 octobre 2018. Ci-dessus la bande-annonce.

Dans Le jeu, adapté d’un film italien, le réalisateur Fred Cavayé convie les spectateurs au dîner de quatre amis d’enfance et de leurs trois épouses. Evidemment, règlements de comptes et petits mensonges entre amis vont être mis à jour. Ce genre de huis clos avec des copains d’enfance et leurs couples ne vous rappelle rien ? Comment ne pas penser aux films Le prénom, Le code a changé, Baby Phone, Les petits mouchoirs et même Mes meilleurs amis ? Le principe est toujours le même, notamment dans l’unité de lieu, l’unité de temps et dans la construction des personnages qui révèlent…

Note de la rédaction

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Réfléchissez bien à ce que vous faites avec votre téléphone portable et pensez à couvrir vos arrières!

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