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Le Prince oublié, ou comment garder son âme d’enfant

CRITIQUE / AVIS FILM – « Le Prince oublié » est un film ambitieux, qui mêle vie réelle et vie imaginaire dans lequel le héros n’est pas toujours celui qui sauve sa fille. Avec Omar Sy, François Damiens et Bérénice Bejo.

Le Prince oublié, c’est l’histoire de Djibi (Omar Sy), un homme qui élève seul sa petite fille Sofia depuis le décès de sa femme Esther. Sofia est devenue le centre de son univers et il joue le double rôle du père et de la mère. Ses horaires de travail lui permettent de l’amener et de venir la chercher à l’école. Ultra-présent dans son éducation, il veille à développer son intelligence et son imagination. Ils habitent dans l’appartement d’un vieil immeuble mais leur belle complicité vaut tout l’or du monde.

Et surtout, Djibi raconte tous les soirs des histoires à Sofia avant de l’endormir et ne sacrifierait pour rien au monde à ce rituel. On connaît le pouvoir rassurant des contes et de l’imaginaire sur les enfants, leur permettant de mieux passer du jour à la nuit et de rendre la réalité du monde qui les entoure plus supportable. Pour Djibi, il s’agit aussi de créer cette bulle protectrice qui les enveloppe tous les deux face à la tristesse de l’absence de la maman.

L’originalité de Le Prince oublié, c’est que Djibi ne se contente pas de lire des histoires, il les invente. Mieux, il les met en scène. Ainsi le réalisateur Michel Hazanavicius et ses co-scénaristes Bruno Merle et Noé Debré, donnent à voir l’autre versant du conteur et de son histoire, à savoir les personnages qui prennent vie. En effet, dès que l’histoire commence, le spectateur est ainsi embarqué, comme Sofia, dans le monde joyeux et enfantin de Djibi, aux côtés du Prince, le héros.

Ce Prince, le double imaginaire, c’est Omar Sy lui-même, affublé d’un collant rayé, d’un costume de prince et de pouvoirs, qui sauve systématiquement sa princesse de fille, principalement des griffes du méchant et fourbe Prit Prout (François Damiens). On avoue avoir mis un peu de temps à s’habituer à ces aller-retours entre le monde réel et le monde fictif, dans lequel gestes et mots de l’enfance sont exacerbés à outrance. On y voit en détail l’organisation mise au service du Prince, ainsi que tous les personnages, que l’on suppose avoir été imaginés par Djibi et qui lorgnent, avec un peu moins de panache, du côté de ceux de Toy Story et de Monstres & Cie.

L’art du conte pour affronter la réalité

Le Prince oublié devient plus percutant lorsque l’imaginaire de Djibi s’inspire directement des mésaventures relationnelles de sa vie réelle avec sa fille, car la Sofia de 11 ans (Sarah Gaye) qui rentre au collège n’est plus la petite Sofia de 8 ans (Keyla Fala). La jeune fille en devenir est désormais gênée par la présence et les manifestations d’amour de la part de son père et n’a plus besoin de l’histoire du soir.

De là à penser qu’elle n’a plus besoin de son papa rend le désarroi de celui-ci émouvant, et nul doute que de nombreux spectateurs saisiront parfaitement ce que ce moment du passage de l’enfance à la préadolescence implique pour les parents. Il s’agit donc pour Djibi de s’adapter et de trouver une autre place dans la vie de Sofia, d’autant que celle-ci semble être tombée amoureuse d’un garçon de sa classe, Max (Néotis Ronzon).

Le parallèle entre les deux univers de Djibi fait sens, car son rôle de Prince disparaît petit à petit au profit de celui du nouveau prince. Mis de côté, vivant une sorte de déchéance dans le cœur de sa fille, il est dégradé de son rôle de sauveur. De dépit, il en vient même à s’associer à son ennemi juré afin de récupérer sa place. Tout cela pour éviter de disparaître complètement aux oubliettes- très belle trouvaille touchante du film- comme tous les personnages disparus de la mémoire de Djibi et Sofia, tels les vieux jouets de Toy Story.

Pourtant, les sources d’inspiration de Djibi ne sont pas très cohérentes. Si La femme à la porte semble avoir été directement inspirée de la rafraîchissante voisine Clotilde (Bérénice Bejo), croisée plusieurs années auparavant dans l’immeuble dans lequel elle vient de s’installer, aucun double de Prit Prout n’existe dans le monde réel. Et on se plaît alors à imaginer ce que la présence de l’alter ego de Prit Prout dans la vie réelle de Djibi aurait pu amener au film.

Grâce à Clotilde qui déboule comme un jeu de quilles dans leur vie, le nœud du fameux complexe d’Œdipe qui se joue en filigrane sera dénoué. Car malgré la musique omniprésente qui souligne beaucoup trop l’aspect conte, Le Prince Oublié est plus profond qu’il n’y paraît. Saisissant très bien la nostalgie de l’enfance, le film réjouira les petits mais laissera peut-être les plus grands plus perplexes, en raison d’une cohabitation un peu trop périlleuse entre les deux univers.

Le Prince oublié de Michel Hazanavicius, en salle le 12 février 2020 –  Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

Le Prince oublié, c’est l’histoire de Djibi (Omar Sy), un homme qui élève seul sa petite fille Sofia depuis le décès de sa femme Esther. Sofia est devenue le centre de son univers et il joue le double rôle du père et de la mère. Ses horaires de travail lui permettent de l’amener et de venir la chercher à l’école. Ultra-présent dans son éducation, il veille à développer son intelligence et son imagination. Ils habitent dans l’appartement d’un vieil immeuble mais leur belle complicité vaut tout l’or du monde. Et surtout, Djibi raconte tous les soirs des histoires à Sofia…

Conclusion

Note de la Rédaction

"Le Prince Oublié" propose la cohabitation ambitieuse de deux univers pour évoquer le passage de l'enfance à l'adolescence, avec Omar Sy, toujours aussi généreux.

Note spectateur : 3.95 ( 1 votes)
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