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Les Deux Papes : un dialogue fictif mais passionnant au sommet de l’Église

Avec Les Deux Papes, Fernando Meirelles livre un film très réussi, apparemment criant de vérité. C’est ce qu’on aimerait croire, tant la tendresse et les surprises de ce film Netflix sont plaisantes. Mais le mélange de fiction et de réalité, s’il est parfois exquis, finit par peser sur les parties qui appartiennent à une réalité qui est complexe.

Les Deux Papes, disponible sur Netflix à partir du 20 décembre, est un objet cinématographique tout à fait inédit. En effet, en se basant sur une réalité, la renonciation du pape Benoît XVI en 2013 et l’élection du nouveau pape François qui s’ensuit, le réalisateur Fernando Meirelles construit un dialogue précédant ce changement historique, une rencontre fictive entre les deux hommes que beaucoup de choses opposent. On pourrait croire que ce qui est montré à l’écran est bien arrivé, mais il n’en est rien. Le réalisateur imagine cette rencontre, adaptant la pièce de théâtre de l’auteur néo-zélandais Anthony McCarten, produite en 2017.

Entre le biopic, la comédie et le film historique

Difficile d’attribuer un genre au film de Fernando Meirelles. Dès les premières images, la crainte de s’ennuyer ou de pénétrer un univers austère et rigide s’envole. Le montage est assez dynamique, la musique du groupe ABBA se fait entendre, et on entre avec plaisir et gourmandise dans un des lieux sacrés de la planète : le Vatican. Que veut montrer le film ? Plutôt que de dévoiler avec précision les arcanes de ce gouvernement particulier, Les Deux Papes propose un dialogue entre Benoît XVI et son futur successeur, deux hommes d’Église qui ne partagent que la foi catholique, et encore, pas de la même manière. Lorsque Benoît XVI refuse la démission du cardinal Bergoglio, qui est en désaccord avec la direction prise par l’Église, celui-ci va lui expliquer le pourquoi de son refus, tout en lui annonçant sa propre renonciation.

Les deux papes

Nous sommes dans une fiction, même si le film joue allègrement du mystère sur ce qui est et n’est pas arrivé. Pour incarner le pape allemand, Benoît XVI, Anthony Hopkins joue de son charisme froid et parfois inquiétant. Face à lui, Jonathan Pryce est le cardinal et archevêque de Buenos Aires Jorge Bergoglio, le futur pape François, un homme proche du peuple et aux idées modernistes. Ensemble, ils vont jeter les bases avec patience et parfois humour de la succession de Benoît XVI.

Le film suggère que Benoît XVI, très rigide dans sa théologie et sa papauté, aura finalement perçu la nécessité d’un profond changement, et qu’il aura ainsi choisi son successeur en la personne du cardinal auquel il s’opposait le plus. Il y a donc un échange théologique intéressant, sur combien il est permis d’interpréter la parole du Christ, sur la reconnaissance de l’homosexualité, sur la proximité du chef de l’Église avec ses fidèles.

Un duo qui n’est pas traité de manière égale

Parce que ce sont deux acteurs brillants, parce que le réalisateur lui-même est une référence (La Cité de Dieu, The Constant Gardener) et qu’un budget conséquent a été établi, le film est d’une très grande qualité. On jurerait que le film a été tourné au Vatican, alors qu’en réalité les appartements pontificaux et la chapelle Sixtine ont été recréés à l’identique en studio. Mais là où le film s’affaiblit, c’est dans la revue de la jeunesse de Jorge Bergoglio, quand celui-ci a été contraint à certains compromis pendant la dictature argentine (1976-1983). Si cet épisode ne manque pas entièrement d’intérêt, Benoît XVI n’a pas le même traitement, alors que celui-ci a traîné durant sa papauté son enrôlement de force dans les jeunesses hitlériennes. Tous les retours en arrière dans le récit concernent Jorge Bergoglio, quand on aurait aimé en voir un peu plus, si ce n’est autant, concernant Benoît XVI.

Les deux papes

Pour autant, Les Deux Papes ne condamne ni l’un ni l’autre, mais il apparaît assez clairement que le pape François a reçu le traitement de choix des auteurs, qui en montrent beaucoup plus sur lui, notamment sa caractéristique d’homme simple et proche du peuple. D’une certaine manière, le réalisateur choisit une théologie plutôt qu’une autre, et montre que Benoît XVI finit par considérer la personnalité catholique de son futur successeur, quand celui-ci retiendra plutôt la personnalité humaine de son prédécesseur.

Les Deux Papes est un film tendre et surprenant

Le film est particulièrement bien mis en scène. Dans les jardins du Vatican, autour d’un piano, assis dans la chapelle Sixtine, le spectateur ressent vraiment le privilège de découvrir ces hommes entourés de secrets, dont la fonction peut faire oublier qu’ils sont mortels, faillibles, et sympathiquement comme tout le monde. Leurs conversations gagneront d’ailleurs en teneur personnelle, avec des sujets comme le football, la musique, ou encore la pizza.

Heureusement, le réalisateur et ses acteurs évitent le risque important d’être « pontifiant », et de céder à la solennité évidente du sujet. Netflix, dans son désir d’apparaître comme un studio comme les autres, a mis les petits plats dans les grands cette année en portant des films ambitieux comme The Irishman, Marriage Story, et donc Les Deux Papes.

La surprise et une certaine tendresse émanent de ce film, réussi sur beaucoup de plans, mais qui s’essouffle dans sa partie historique, surtout parce que celle-ci est symptomatique d’un brouillage entre la fiction et la réalité, pas vraiment un biopic et pas un documentaire non plus. Mais Les Deux Papes reste essentiellement gracieux, servi par deux très grands acteurs, et une mise en scène soignée. Un spectacle qui peut plaire à un large public, et c’est une prouesse au regard de son sujet.

Les Deux Papes, disponible sur Netflix à partir du 20 décembre. La bande-annonce ci-dessus. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

Les Deux Papes, disponible sur Netflix à partir du 20 décembre, est un objet cinématographique tout à fait inédit. En effet, en se basant sur une réalité, la renonciation du pape Benoît XVI en 2013 et l'élection du nouveau pape François qui s'ensuit, le réalisateur Fernando Meirelles construit un dialogue précédant ce changement historique, une rencontre fictive entre les deux hommes que beaucoup de choses opposent. On pourrait croire que ce qui est montré à l'écran est bien arrivé, mais il n'en est rien. Le réalisateur imagine cette rencontre, adaptant la pièce de théâtre de l'auteur néo-zélandais Anthony McCarten, produite…

Conclusion

Note de la rédaction

Audacieux et surprenant, le film de Fernando Meirelles est une belle réussite, avec deux acteurs charismatiques pour incarner les chefs de l'Église catholique. Partagé entre plusieurs genres, il perd de sa vitalité dans sa phase historique. C'est un film à voir, pour son caractère inédit et sa grande qualité.

Note spectateur : 4.5 ( 1 votes)
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