Les Folies fermières : le cabaret comme pis-aller avec Alban Ivanov et Sabrina Ouazani

Un cabaret pour sauver une ferme

Les Folies fermières : le cabaret comme pis-aller avec Alban Ivanov et Sabrina Ouazani

CRITIQUE / AVIS FILM – "Les Folies fermières", le dernier long-métrage optimiste de Jean-Pierre Améris, inspiré d'une histoire vraie, propose une solution emplie de paillettes pour résoudre les problèmes d’un paysan.

Un feel good movie dans le monde paysan

Jean-Pierre Améris a l’habitude de réaliser des comédies optimistes avec des personnages attachants, et Les Folies fermières n’échappe pas à cette règle. Accompagné de ses co-scénaristes Jean-Luc Gaget, Marion Michau et Murielle Magellan, il s’empare, comme l’annonce l’affiche, d’une "fabuleuse histoire vraie". Il a d’ailleurs présenté son film en avant-première à Bordeaux aux côtés de David Caumette, son sujet d’inspiration pour lequel il a eu un véritable coup de foudre. Afin de sauver son exploitation de la faillite, celui qui est surnommé « l’artiste paysan » a en effet créé en 2015 dans le Tarn le premier cabaret à la ferme : "Les Folies fermières".

Les Folies fermières
Les Folies fermières ©Apollo Films

Évitant habilement l’écueil du documentaire, le scénario - que David Caumette s'est contenté de relire - tient plutôt bien la route. David (Alban Ivanov), jumeau fictionnel, obtient donc à l’arrache un délai de deux mois avant la liquidation judiciaire de l’exploitation familiale de vaches laitières.

Puis le hasard le mène dans un cabaret, et c'est la révélation. Voir évoluer Bonnie sur scène dans un numéro de danse de tissu aérien lui fait oublier un temps ses gros soucis. Mais surtout, la magie du spectacle lui procure autant de rêve que d’émotion. Bonnie est interprétée par la bluffante Sabrina Ouazani, pour laquelle le réalisateur a écrit le rôle, offrant ainsi un bel écrin à l’ancienne danseuse.

La rencontre improbable de deux univers

La solution du cabaret à la ferme semble toute trouvée et une grande partie du film porte sur le pouvoir de conviction, d’audace et de vision de David, considéré comme trop rêveur dans ce monde bien dur. Et si le suicide des agriculteurs endettés est abordé, le monde paysan n’est pas présenté, pour une fois, par le seul prisme de ses drames et de ses souffrances.

Même si on est loin des récents Petit Paysan d'Hubert Charuel, ou Au nom de la terre d'Edouard Bergeon, Les Folies fermières donnent aussi l’opportunité de comprendre les problèmes. Les réactions dubitatives du grand-père paternel bougon Léo (Guy Marchand) et de la mère intrusive Mireille (Michèle Bernier) symbolisent, quant à elles, la difficulté des anciennes générations à accepter la diversification.

Une comédie tendre

On rit beaucoup dans Les Folies fermières, en raison de la confrontation entre ces deux mondes des paysans et des citadins, de l’agriculture et du spectacle, de la paille et des paillettes. Ainsi, la nouvelle directrice artistique Bonnie, son regard incrédule et sa garde-robe improbable dans le froid du Cantal sont impayables. Tout comme la singularité des artistes du coin (un transformiste, une magicienne, un hypnotiseur) découverts dans leur quotidien par David et Bonnie. Les personnages secondaires de Laëtitia (Bérangère Krief), l’ex de David, et de Houari (Moussa Maaskri), l’ouvrier agricole, complètent la panoplie attachante de cette nouvelle troupe.

Les Folies fermières
Les Folies fermières ©Apollo Films

Bien sûr, il est un peu idyllique de voir aussi vite tomber les a priori pour une compréhension mutuelle. Mais montrer à l’écran des êtres humains qui possèdent en eux autant de bienveillance est la marque de fabrique assumée de Jean-Pierre Améris. Ce dernier avait envie que ses personnages solitaires et blessés concrétisent leur rêve et trouvent une famille grâce au spectacle. Malgré quelques caricatures, Les Folies fermières se révèle donc une comédie pleine de tendresse qui redonne ses lettres de noblesse au cabaret. Car le film permet assurément au spectateur de se déconnecter de son réel en faisant entrer dans sa vie un peu de magie, de poudre aux yeux et finalement d’espoir.

Les Folies fermières de Jean-Pierre Améris, en salles le 11 mai 2022Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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