Les Olympiades : Jacques Audiard se la joue romanesque

Les Olympiades : Jacques Audiard se la joue romanesque

CRITIQUE / AVIS CINÉMA - Brièvement passé à Hollywood pour la co-production américaine "Les Frères Sisters", Jacques Audiard revenu au pays avec "Les Olympiades", une adaptation de la bande-dessinée "Les Intrus" d'Adrian Tomine.

Les Olympiades : le 13ème arrondissement en noir et blanc

On n'a pas attendu 2015 et sa Palme d'Or glanée grâce à Dheepan pour savoir que Jacques Audiard était dans le haut du panier des réalisateurs français. Un retour sur la Croisette avec Les Olympiades était forcément une curiosité, d'autant plus qu'il s'est entouré de Céline Sciamma et Léa Mysius pour l'aider au scénario. Le film se base sur la bande-dessinée Les Intrus signée par Adrian Tomine. Le nouveau projet du réalisateur français tient son titre du quartier parisien éponyme, dans le 13ème arrondissement. Dès les premiers instants, la caméra jette son dévolu sur la façade d'un immeuble. Elle passe d'une fenêtre à l'autre, laissant apercevoir des fragments d'intimité de différents foyers. Puis le contre-champ nous transporte dans un appartement. C'est donc d'une petite histoire qu'il va s'agir, un bout de vie dans une si une grande ville, dans un si grand immeuble. Tout cela, en noir et blanc.

Une approche esthétique qui pose d'emblée une rupture avec le reste de la filmographie du metteur en scène. Ça ne sera pas la seule, car Jacques Audiard va dérouler un cinéma plus charnel que jamais. Complexe exercice que de résumer Les Olympiades, portrait de trois personnages d'un même quartier, dans leur errance sentimentale et sexuelle. On se contentera de dire ça, tant le scénario ne parle pas de grand chose de plus.

Les Olympiades
Les Olympiades ©Memento Distribution

Jacques Audiard prend des risques

Une charpente narrative bien maigre par rapport à ce dont nous avons été habitués chez Jacques Audiard. Ce minimalisme n'empêche pas le film de se construire une beauté autre part que dans l'épate narrative. Il y a d'abord ce noir et blanc, beau à en tomber, qui sied parfaitement à la mise en scène voluptueuse du metteur en scène. Il y a ensuite tout ce qui est raconté sur l'amour en 2021. Sur les rapports entre les adultes et sur la complexité de l'épanouissement sexuel. Les Olympiades parle de notre temps avec une justesse infinie. Des hésitations sentimentales, du droit de se tromper, de l'accomplissement de son désir à l'ère du numérique. De l'impossibilité de communiquer surtout, de passer par des moyens détournés ou des silences boudeurs au lieu de poser des mots - en ce sens, le dernier "je t'aime" prend une dimension renversante.

On ressent distinctement l'apport des deux co-scénaristes sur le regard posé par le film sur les femmes et c'est peut-être là que se trouve l'apport le plus inédit au cinéma de Jacques Audiard. Lui qui fait un cinéma connoté masculin explore avec Les Olympiades les tréfonds du désir féminin, se trouvant pour l'occasion une sensibilité qu'on ne lui avait pas soupçonné par le passé.

Les Olympiades a cette carrure de petit grand film. Avec la fragilité que cela peut impliquer ; des lignes narratives parfois minces, des fuis moi je te suis à la chaîne, des banalités à l'échelle d'un monde qui deviennent des séismes rapportées à l'échelle d'une vie. C'est une véritable splendeur à laquelle nous convie Jacques Audiard, bien accompagné par trois acteurs qui survolent les débats. Noémie Merlant, sans surprise, est divine. Makita Samba est criant de justesse mais, surtout, l'inconnue Lucie Zhang irradie l'écran de sa désinvolture. Comme Tahar Rahim à l'époque d'Un Prophète, le metteur en scène vient de mettre la main sur une nouvelle étoile.

Les Olympiades de Jacques Audiard, en salle le 3 novembre 2021. La bande-annonce ci-dessus. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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