Les Rois du désert : une charge brillante contre la guerre du Golfe

Les Rois du désert : une charge brillante contre la guerre du Golfe

CRITIQUE / AVIS FILM - 20 ans après sa sortie, « Les Rois du désert » méritait bien un nouveau coup d’œil. Un revisionnage qui s’est avéré passionnant, tant le propos du long-métrage n’a pas bougé. Avec ce faux film de braquage, David O. Russell crache sa colère contre la politique américaine menée durant la guerre du Golfe, en s’intéressant à ses retombées alors que le conflit est terminé. Il s’agit aussi de l’un des premiers grands rôles de George Clooney au cinéma, fraîchement sorti de la série « Urgences ».

Sorti en 2000 en France, Les Rois du désert est un film qui a particulièrement bien vieilli. Le long-métrage se déroule à la fin de la guerre du Golfe. Trois soldats américains, immobilisés en Irak et sur CNN, mettent la main sur une carte censée indiquer une partie de l’or volé par Saddam Hussein au Koweït. Lorsqu’Archie Gates, un Delta Force à quelques semaines de la retraite, prend connaissance du document, il leur propose de récupérer le butin, alors que les combats se poursuivent entre les Forces armées irakiennes et les rebelles.

Un faux film de braquage

Avec Les Rois du désert, le réalisateur David O. Russell dit ce qu’il pense de la politique américaine sans vraiment prendre de gants. Le film s’ouvre sur une scène où le militaire Troy Barlow exécute un soldat irakien à distance. Alors que le traité de paix a été signé, le personnage incarné par Mark Wahlberg vient d’abattre son premier homme, incapable de se coordonner avec son équipe. D’emblée, avec des mouvements de caméra rapide alternant entre les différents Marines en déroute, le réalisateur dévoile sur un ton acerbe leur confusion et leur ennui. Des sentiments que Sam Mendes abordera quelques années plus tard, et de manière étirée, dans Jarhead.

Ici, le rythme est nettement plus soutenu et David O. Russell ne relâche jamais la cadence, tant il a besoin de pointer du doigt l’absurdité de la présence des troupes. Dans Les Rois du désert, la plupart des protagonistes américains passent d’ailleurs leur temps à duper ou se faire duper, que ce soit les quatre héros, la journaliste qu’un des leurs tente d’immobiliser pour qu’elle ne puisse pas les suivre dans leur ruée vers l’or ou encore leurs supérieurs hiérarchiques, complètement à côté de la plaque. De son côté, Troy Barlow, un poil candide, est persuadé que le gouvernement américain en a terminé avec l’Irak (le film sort en octobre 1999 aux États-Unis, moins de deux ans avant l’élection de George W. Bush).

"Les Rois du désert" : Critique du film de David O. Russell qui fête ses 20 ans.

L’efficacité de David O. Russell lui permet par ailleurs de mener son récit tambour battant, du moins jusqu’au dernier tiers qui s’essouffle un peu. L’épisode du braquage n’est finalement qu’un prétexte pour tenter de retranscrire une multitude de points de vue. Cliff Curtis interprète par exemple un Irakien qui a tout perdu et qui vient en aide aux voleurs improvisés après une péripétie inattendue. Saïd Taghmaoui incarne quant à lui un membre des Forces armées irakiennes qui passe de victime à bourreau, et qui rappelle à Mark Wahlberg le prix du pétrole à travers une scène mémorable.

Une satire politique féroce et complexe

S’il apparaît de prime abord comme le digne descendant de M.A.S.H., Les Rois du désert est moins drôle qu’il n’y paraît. Sous ses revers de potacherie, le long-métrage dissimule à la fois l’amertume et l’humanité des personnages de David O. Russell, qui caractérisent également ceux de Joy, Happiness Therapy ou Fighter. La roublardise des héros ne les dissuade, à aucun moment, de faire preuve de lucidité ou de compréhension, en particulier le Delta Force interprété par George Clooney. Son évolution vers une rédemption aurait pu paraître malvenue si le réalisateur n’avait pas insisté dès le départ sur son pragmatisme et son recul face aux situations. Le long-métrage n’évite pas une fin prévisible et légèrement décevante, mais cette cohérence accordée au quatuor formé par Clooney, Wahlberg, Ice Cube et Spike Jonze l’empêche de devenir anecdotique.

"Les Rois du désert" : Critique du film de David O. Russell qui fête ses 20 ans.

Il faut dire que le cinéaste avait placé la barre haute dans les deux premiers tiers, durant lesquels il fait preuve d’une véritable maîtrise sur les scènes d’action. En plus de rythmer Les Rois du désert à coups de dialogues bien pensés, le réalisateur le dynamise avec des travellings ahuris et des ralentis savamment dosés. La profondeur de champ est souvent évocatrice des rapports de forces dépeints à l’écran, ce qui intensifie notamment les passages dans les bunkers.

David O. Russell dépasse toujours le cadre de la parodie en amenant une gravité à son propos grâce à son sens de l’image, évitant en permanence le discours moral facile. L’horreur passe par un corps qui s’effondre soudainement ou le déclenchement d’une septicémie vue de l’intérieur, plutôt que des échanges stéréotypés. Complexe, méchant, parfois attendu mais jamais gratuit, Les Rois du désert est un long-métrage qui, 20 ans après sa sortie, n’a rien perdu de sa pertinence.

Les Rois du désert de David O. Russell, sorti le 23 février 2000. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

Conclusion

Note de la rédaction

Porté par un excellent quatuor, « Les Rois du désert » est une satire féroce sur la politique américaine menée durant la guerre du Golfe, déguisée en film de braquage extrêmement efficace.

Note spectateur : Sois le premier