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Les Témoins de Lendsdorf : un film enquête efficace

CRITIQUE FILM – Le film d’Amichai Greenberg, « Les Témoins de Lendsdorf », est un film enquête sur le thème du devoir et du combat pour la mémoire. Le réalisateur présente un film efficace, profond et utile.

Amichai Greenberg explore avec Les Témoins de Lendsdorf ce qu’il y a derrière le devoir de mémoire, mais aussi les formes que peuvent prendre l’oubli et le négationnisme. Son film montre que ce devoir de mémoire n’est pas aussi évident qu’il peut y paraître, et qu’il est même un véritable combat.

Yoel (Ori Pfeffer) est un historien juif orthodoxe, il est chargé de la conservation des lieux de mémoire liée à la Shoah. Depuis des années, il enquête sur un massacre qui aurait eu lieu dans le village de Lendsdorf en Autriche, au crépuscule de la Seconde Guerre mondiale. Jusqu’ici patientes et monacales, ses recherches se retrouvent contraintes d’amener des preuves tangibles de fait sous deux semaines, sans quoi le site sera enseveli sous le béton afin de construire de nouvelles infrastructures.

La mémoire : de multiple combat

Le devoir de mémoire est un combat contre l’oubli sous des formes qui peuvent paraître tout à fait anodines et inoffensives. Dès le début du film, et tout du long, l’historien Yoel se trouve face à des personnes, parfois de sa propre famille, à qui il doit expliquer le sens de son travail. Il argumente de manière toujours plus vigoureuse face à des incompréhensions, parfois tout à fait sincères, mais aussi perverses d’une certaine manière.

Critique Les Témoins de Lendsdorf : un film enquête efficace

Ainsi, ce que Yoel a face à lui, est parfois une volonté d’aller de l’avant, comme la construction d’infrastructure moderne à Lendsdorf. À d’autres moments, c’est sa propre culture qui lui revient de plein face, lorsque sa sœur lui reproche de ne pas fonder un foyer avec des enfants. Et à d’autres moments, c’est d’aller dans un passé douloureux de ceux qui ont vécu un massacre. Yoel apparaît soudain comme plus qu’un historien, un homme qui se bat pour les morts. Car ce qu’il y a de pire que la mort, c’est l’indifférence et le désintérêt. Sans la quête de vérité de l’historien, ces morts n’auraient pas même d’existence.

Un film engagé et utile

Le réalisateur Amichai Greenberg ne se contente pas de défendre un point de vue, il l’argumente de manière méticuleuse et réfléchie. Il donne ainsi du sens au mot négationnisme. En effet, le début de celui-ci est le désintérêt ou la volonté de ne plus y prêter attention. La peur sous de multiples formes est aussi un obstacle à la vérité. Celle de représailles pour les derniers témoins, mais également pour Yoel. Et la peur implicite d’une culpabilité pour un pays et ses habitants.

Tout au long du film, l’historien se bat également sur le sens du mot vérité. Pour un homme de sa profession, ce mot est souvent sujet à interprétation. Alors que pour lui, la vérité repose sur des faits, et rend celle-ci irréfutable. C’est là aussi l’un des combats de ce personnage, ne pas négliger la vérité historique. Ainsi Les Témoins de Lendsdorf donne un éclairage réfléchi et argumenté, ce qui constitue un combat contre l’obscurantisme et lui confère une portée humaniste.

Critique Les Témoins de Lendsdorf : un film enquête efficace

Un film bien construit

L’efficacité du film repose aussi sur sa structure et son scénario. Le postulat de départ de l’histoire met immédiatement le personnage principal dans une urgence. Il est mis devant un ultimatum, après quoi toute recherche sur le site sera impossible. Il a dès lors un temps qui est compté, et une tension s’installe. L’historien se retrouve face à des conflits externes, convaincre ses interlocuteurs de le laisser continuer, mais pour cela, il a une obligation de résultat. Face à un conflit moral, doit-il aller jusqu’au bout au risque de tout perdre ou accepter des compromis confortables ?

Mais il est aussi face à des conflits internes, ses recherches touchant sa propre famille, il est lui-même confronté à la dure réalité de l’oubli. Des deux côtés de ses choix, Yoel a à perdre et à gagner. Ainsi, la proximité et l’empathie opèrent. D’ailleurs, lorsque l’historien se retrouve devant un point de non-retour, cette trajectoire de personnage, bien que très classique, reste très efficace pour emmener le public avec lui.

 

Les témoins de Lendsdorf de Amichai Greenberg, en salle le 13 mars 2019. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

Amichai Greenberg explore avec Les Témoins de Lendsdorf ce qu’il y a derrière le devoir de mémoire, mais aussi les formes que peuvent prendre l’oubli et le négationnisme. Son film montre que ce devoir de mémoire n’est pas aussi évident qu’il peut y paraître, et qu’il est même un véritable combat. Yoel (Ori Pfeffer) est un historien juif orthodoxe, il est chargé de la conservation des lieux de mémoire liée à la Shoah. Depuis des années, il enquête sur un massacre qui aurait eu lieu dans le village de Lendsdorf en Autriche, au crépuscule de la Seconde Guerre mondiale. Jusqu’ici…

Conclusion

Note de la rédaction

"Les Témoins de Lendsdorf", construit de manière classique à travers un mécanisme d’enquête, s’avère humaniste par ce qu’il défend : le combat pour le souvenir et son importance. Il montre ainsi de manière subtile ce qu’il peut se cacher derrière l’oubli.

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