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Les Veuves : le thriller de Steve McQueen divise la rédaction

CRITIQUE FILM – Les avis divergent au sujet de « Les Veuves », nouvelle réalisation de Steve McQueen après « Hunger », « Shame » et « 12 Years a Slave ». Dans ce polar, quatre femmes se lancent dans un braquage après la mort brutale de leurs maris criminels. Découvrez nos critiques POUR et CONTRE.

Le POUR de Kevin Romanet

Avec Les Veuves, Steve McQueen revient avec l’un des plus beaux polars de l’année. Pur film de braquage qui s’ancre parfaitement dans le genre, le long-métrage parvient à traiter d’énormément de thématiques sans jamais les balayer. Des bavures policières aux rouages politiques en passant par les violences domestiques, le film nous plonge dans une ville de Chicago marquée par la fracture sociale, les inégalités et la violence.

Un pur film de braquage, mais pas que…

Lors d’une séquence charnière, la caméra embarquée à l’extérieur d’une voiture faisant quelques pâtés de maison révèle brillamment ce clivage, alors que le magistrat incarné par Colin Farrell se confie sur le cynisme et la vacuité de l’exercice politique. Métropole peu exploitée dans le cinéma de genre, Steve McQueen parvient ainsi à faire de Chicago un personnage à part entière de son film, où la géographie est aussi importante que celle de Los Angeles dans Heat. Face à des politiciens corrompus se dressent quatre femmes qui vont effectuer une tentative de braquage désespérée pour s’en sortir. Laissée sur le carreau après la mort brutale de son mari, un criminel chevronné, Veronica (Viola Davis) va tenter de réunir les autres veuves d’un vol qui a mal tourné. L’objectif : réaliser un coup pour s’acquitter de la dette que leurs époux respectifs ont laissée derrière eux.

Extrêmement touchantes, ces quatre héroïnes se démarquent davantage par leur détermination que par l’amateurisme avec laquelle elles préparent le braquage. Méprisées dans leurs vies respectives, ces veuves vont peu à peu faire preuve d’une solidarité qui naît naturellement et qui est amenée progressivement. En cela, leur complicité et leur complémentarité n’arrivent pas comme un cheveu sur la soupe, comme c’était par exemple le cas dans le récent Ocean’s 8. Steve McQueen fait durer la préparation hasardeuse et l’entraînement pour le braquage, inscrivant ainsi parfaitement son film dans le genre. La fragilité et la volonté des héroïnes atteint ensuite son paroxysme dans un final somptueux et empli de suspense, qui réserve son lot de surprises au spectateur.

Les Veuves : Critique du film de Steve McQueen

L’un des premiers éléments marquants des Veuves est la multiplicité de personnages, comme c’était d’ailleurs le cas dans 12 Years a Slave. Alors qu’il aurait pu s’égarer entre ses nombreux enjeux, Steve McQueen parvient au contraire à tous les développer sans jamais perdre son spectateur. Si le cinéaste accorde davantage de place à ses héroïnes, il ne met jamais de côté les parcours des rôles secondaires, essentiels à l’évolution du récit. Le contexte de période électorale pour la 18e circonscription de Chicago offre au réalisateur, qui s’est associé à la romancière Gillian Flynn (Gone Girl) pour l’écriture, un point de ralliement aux personnages, tous concernés de près ou de loin par le scrutin.

Comme pour Hunger, Shame et 12 Years a Slave, la direction d’acteurs des Veuves est magistrale. Dans les rôles des femmes meurtries ne pouvant plus accorder aucune confiance à autrui, Viola Davis, Michelle Rodriguez et Elizabeth Debicki livrent chacune l’une de leurs plus belles interprétations. Face à elles, Colin Farrell, Brian Tyree Henry et Robert Duvall excellent dans la peau de crapules avides de pouvoir. Après Sale temps à l’hôtel El Royale, Cynthia Erivo confirme qu’elle est l’une des révélations de l’année. Dans le rôle du frère d’un politicien chargé du sale boulot, Daniel Kaluuya vole de son côté la vedette à ses partenaires dans des séquences terrifiantes qui font froid dans le dos. Enfin, la présence fantomatique de Liam Neeson renforce l’émotion du film jusqu’à la conclusion cruelle et déchirante.


Le CONTRE de Pierre Siclier

Sur le papier, Les Veuves, le nouveau film de Steve McQueen, avait de quoi envoyer du lourd. Au premier abord, on se laisserait d’ailleurs bien embarquer dans cette histoire de braquage ayant mal tourné, laissant quatre femmes endeuillées et obligées de prendre la relève de leurs défunts maris. Sauf qu’en creusant un peu, on se rend bien compte que le film pêche par son scénario bâclé et simpliste, faussement féministe et politique. Un problème ressenti dès l’écriture des personnages, en rien crédibles. Comment croire en ces quatre femmes sans expérience qui s’improvisent en moins d’un mois braqueuse ? Un tour au stand de tir et le carnet du mari de Veronica, avec les instructions à suivre pour le braquage, et les voilà des as en la matière.

Du sous Michael Mann

On aurait éventuellement pu y croire si cela avait donné lieu à un ratage complet du dit braquage, à la manière de l’excellent Good Time de Ben et Josh Safdie, qui se passionnent pour les losers. Sauf que Steve McQueen se complaît de ses criminelles en devenir, et préfère se la jouer Michael Mann. Bien mal lui en aura pris. Chez le réalisateur de Heat (entre autres), le réalisme visuel va de pair avec une écriture précise. Et chaque plan trouve sa justification dans le caractère d’un protagoniste. En allant jusqu’à reproduire des situations du film de Mann, Steve McQueen semble vouloir lui rendre hommage, mais ne rend que plus visible l’artificialité de sa propre œuvre.

Un exemple parmi tant d’autres : n’ayant plus de chauffeur, le trio composé de Veronica, Linda et Alice, fait appel à Belle, une mère pauvre, obligée de multiplier les petits boulots. Un argument apparemment suffisant pour qu’elle décide, presque d’elle-même, de se lancer dans un braquage forcément dangereux. On repense alors au personnage de Dennis Haysbert dans Heat, tout juste sorti de prison, obligé de se contenter d’un job de cuistot humiliant et mal payé. Lorsque Robert De Niro l’approche pour lui proposer un dernier coup, l’homme est dos au mur et il y a une logique à le voir accepter, à le voir risquer sa vie, même s’il se condamne par la même occasion.

Les Veuves : Critique du film de Steve McQueen

Une logique qu’on ne comprendra jamais dans Les Veuves. Seule Veronica se retrouve vraiment avec le couteau sous la gorge, menacée par un candidat à la mairie qui lui réclame le million de dollars que lui devait son mari – les deux autres devant simplement croire Veronica, qui les recrute, mais pourquoi ? Criminalité et politique viennent alors se conjuguer pour une critique à peine effleurée, donnant davantage le sentiment que la présence de l’élection ne sert qu’à combler le vide, jusqu’à un braquage qui se fait attendre. Un temps qui aurait pu permettre d’approfondir la question du deuil et de la trahison. Ou, au moins, à questionner la moralité de leur action. Ayant perdu leur mari, leur seule solution pour les veuves serait donc le vol. Qu’importe les victimes collatérales. Steve McQueen oublie là l’élément le plus important de son film : la condamnation justement, comme celle des truands pourtant fascinants de Heat.

Ces femmes, dont les motivations sont contestables, qui voudraient s’émanciper d’une forme de patriarcat qu’elles ont elles-mêmes construite, deviendront, par l’amoralité d’ensemble, une problématique non résolue. À la place, Steve McQueen préfère se regarder filmer, des jolis plans, certes, mais qui font passer ses messages aux forceps, comme le reste. Venant d’un tel réalisateur et de Gillian Flynn (au scénario), on attendait plus qu’un faux film de braquage peu dramatique, à la manière, au mieux, d’un Antoine Fuqua dans ses mauvais jours.

 

Les Veuves de Steve McQueen, en salle le 28 novembre 2018. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

Le POUR de Kevin Romanet Avec Les Veuves, Steve McQueen revient avec l’un des plus beaux polars de l’année. Pur film de braquage qui s’ancre parfaitement dans le genre, le long-métrage parvient à traiter d’énormément de thématiques sans jamais les balayer. Des bavures policières aux rouages politiques en passant par les violences domestiques, le film nous plonge dans une ville de Chicago marquée par la fracture sociale, les inégalités et la violence. Un pur film de braquage, mais pas que… Lors d’une séquence charnière, la caméra embarquée à l’extérieur d’une voiture faisant quelques pâtés de maison révèle brillamment ce clivage,…

Conclusion

Note de Kevin Romanet
Note de Pierre Siclier

POUR - « Les Veuves » est un polar profondément puissant et totalement abouti, qui s’impose comme l’énorme coup de cœur de cette fin d’année. CONTRE - "Les Veuves" est une grosse déception avec ses personnages trop mal écrits pour être crédibles, faisant du film de Steve McQueen du sous Michael Mann.

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