L'Exorciste - Dévotion : William Friedkin doit se retourner dans sa tombe

L'Exorciste - Dévotion : William Friedkin doit se retourner dans sa tombe

CRITIQUE / AVIS FILM - Après avoir repris les reines de la saga "Halloween", le cinéaste David Gordon Green continue son ascension dans le monde de l’horreur avec "L’Exorciste : Dévotion". Une nouvelle relecture du mythe de William Friedkin, pourtant décevante.

L’horreur moderne : on repart de zéro

L’Exorciste : Dévotion s’inscrit dans une nouvelle mouvance très à la mode à Hollywood : reprendre les grandes licences d’horreur. Plutôt que d’offrir une énième suite ou un reboot impersonnel, les grands studios américains optent pour les requel (mélange entre remake et sequel), un terme qui définit un film qui est à la fois une suite, et un reboot. C’est ce qui est arrivé avec des licences comme Halloween (2018), Massacre à la tronçonneuse (2022), Candyman (2021), Saw (2023), dont les nouveaux volets décident de se placer directement après les événements du tout premier film, ignorant ainsi les multitudes suites.

Une manière pour les studios de jouer avec la nostalgie de leur public. David Gordon Green a déjà expérimenté cette situation avec Halloween. Il a signé une trilogie inégale, mais dont le premier opus avait su assurer le spectacle, et proposait une suite habile au classique de John Carpenter de 1978. Blum House et Universal ont donc décidé de lui donner la direction d’une autre grande franchise d’horreur : L’Exorciste. Comme avec Halloween, le cinéaste est chargé de réaliser une suite directe de L’Exorciste, le classique de William Friedkin sorti en 1974. Une lourde tâche…

L’Exorciste : Dévotion : hommage ou indépendance ?

Premier volet d’une nouvelle trilogie, L’Exorciste : Dévotion a la difficile obligation de satisfaire les fans de la première heure tout en séduisant un nouveau public. Une danse complexe dans laquelle David Gordon Green se perd constamment. Ente fan service et nouveaux éléments, le cinéaste ne parvient pas à créer sa propre identité, à imaginer son propre film, et semble s’écrouler sous le poids de l’héritage laissé par William Friedkin.

L'Exorciste - Dévotion
L'Exorciste - Dévotion ©Universal Pictures

On n’a rien contre Ellen Burstyn, mais pourquoi ramener son personnage de Chris MacNeil dans l’intrigue ? La mère dépassée par les événements du premier film devenue exorciste amatrice n’apporte finalement rien au récit, si ce n’est un clin d’œil grossier aux origines. Surtout que, par le traitement de ce personnage (qu’on ne spoilera pas ici), David Gordon Green envoie un message étrange : cette fois-ci, ce n'est plus pareil, et nous ne sommes pas dans le film de Friedkin. Un acte contradictoire, représentatif de la ligne de L'Exorciste : Dévotion, qui ne sait jamais sur quel pied danser. Une finalité qui se ressent également dans la bande originale du film, qui décide de reprendre la composition culte de Mike Oldfield en la réarrangeant maladroitement... David Gordon Green hésite constamment entre l’hommage et l’indépendance.

Trop mou, trop sage

Au-delà de sa note d’intention floue, L’Exorciste : Dévotion est tout simplement un mauvais film d’horreur. Une œuvre trop sage, dont les ressorts horrifiques se contentent d’être des jumpscares bruyants. Alors certes, David Gordon Green sait les placer au bon moment, et se sert d’un montage sonore oppressant pour offrir quelques transitions savoureuses. Malheureusement, le cinéaste abuse de cette démarche, et repose tous ses ressorts horrifiques sur ce « sur-montage » fatiguant. Mais si son montage a quelque chose de satisfaisant, et parvient finalement à garder l’assistance un minimum concernée, il peine à appliquer une quelconque ambiance.

L'Exorciste : Dévotion
L'Exorciste : Dévotion ©Universal Pictures

Pourtant, David Gordon Green prend son temps. Cherchant à définir son décor, ses codes, son intrigue avec calme. Le cinéaste propose même une première partie tout en sérénité, ou l’assistance est témoin du lieu dans lequel l’horreur final va se dérouler. Mais en plus d’être long, cette approche est contre-productive puisqu’elle définit les enjeux de chaque personnage trop rapidement, et de façon trop lisible. Le mystère est banni, et la trajectoire des différents personnages est prévisible. Le public sait que Victor Fielding (Leslie Odom Jr) va retrouver la foi, que Ann (Ann Dowd) va faire la paix avec son propre passé, et que Miranda (Jennifer Nettles) et Tony (Norbert Leo Butz) vont voir leurs croyances être mises à rude épreuve.

Un final paresseux

Des pérégrinations téléphonées qui trouvent leur dénouement dans un exorcisme final paresseux. David Gordon Green n’a pas d’idée de mise en scène, et se contente de filmer platement un exorcisme passablement ennuyeux, où il masque son absence de créativité par une surenchère pyrotechnique qui se manifeste également dans sa narration : la volonté de mettre en scène deux fillettes plutôt qu’une. Un aveu d’échec retentissant puisque cet ajout n’apporte finalement pas grand-chose à ses thématiques, si ce n’est dans un twist final prévisible, qui vient questionner la foi des parents Miranda et Tony.

Difficile de ne pas sourire devant cette réunion finale d’Avengers religieux, qui unissent leur force timidement pour affronter le terrible démon Pazuzu. Et le pire dans tous ça, c’est que ces personnages sont si vides, si insipides, voire risibles, qu’on se surprend parfois à se ranger du côté du démon, priant secrètement que ce dernier laisse parler sa rage et propose les quelques sursauts d’horreur qu’on était initialement venus chercher.

Reste quelques séquences de L'Exorciste - Dévotion qui fonctionnent à peu près, comme ce montage alterné entre les deux petites filles lors de leurs examens médicaux. Sans doute la meilleure scène du film, tant elle vient poser les questions pertinentes sur l’appréhension de la puberté et des violences sexuelles. On espère, en tout cas, que David Gordon Green va se reprendre et proposer deux suites largement au-dessus de cette sortie de route !

L'Exorciste : Dévotion de David Gordon Green au cinéma dès le 11 octobre 2023. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos vidéos. 

Conclusion

Note de la rédaction

Après une trilogie "Halloween" en demi-teinte, David Gordon Green se plante totalement avec son premier "Exorciste". On espère que les suites inverseront la tendance.

Note spectateur : Sois le premier