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L’Île aux chiens : Wes Anderson et la boulimie créative

CRITIQUE FILM – Huit ans après les frasques cartoonesques de « Fantastic Mr. Fox », Wes Anderson effectue son retour au stop-motion avec « L’Île aux chiens » où un jeune japonais va essayer de retrouver son fidèle compagnon à quatre pattes dans une décharge gigantesque.

Après une épidémie de grippe canine qui sévirait dans toute la ville de Megasaki, au Japon, le maire de la ville, Kobayashi, a décidé d’isoler tous les chiens sur une île-poubelle géante non loin de là. Un jeune garçon de 12 ans, Atari Kobayashi (Koyu Rankin), parvient néanmoins à rejoindre l’île dans un avion de fortune pour récupérer son chien, Spots. À son arrivée, après l’avoir cru mort, une bande de chiens errants composée de Chef, Rex, Boss, Duke et King (dont les voix anglaises sont respectivement celles de Bryan Cranston, Edward Norton, Bill Murray, Jeff Goldblum et Bob Balaban) décident de l’aider dans sa quête. Pendant ce temps, à Megasaki, un groupe d’étudiants mené par Tracy (Greta Gerwig), une Américaine en échange universitaire, va tenter de dénoncer le complot orchestré par le maire.

Il est assez évident d’assimiler la décharge à ciel ouverte (« l’île » du titre) à la décharge d’effets et de matière en tout genre que développe L’Île aux chiens. Ce nouveau film de Wes Anderson déborde, en effet, de matière, de personnages, d’effets gaguesques, de parenthèses poétiques et d’énergie. L’enthousiasme permanent et la folie créative se ressentent d’autant plus qu’ils se conjuguent à l’émerveillement suscité à chaque prouesse technique, à chaque plan farfelu, à chaque trouvaille visuelle qui nous font ressentir le travail titanesque qu’a du nécessité une telle entreprise. Comme dans Fantastic Mr. Fox, il n’est pas très surprenant de voir à quel point la technique du stop motion et le cinéma de Wes Anderson s’accordent parfaitement, comme étant faits l’un pour l’autre.

Fantastic Mr. Anderson

Anderson exploite en effet cette technique pour réaliser des prouesses impossibles autrement. Car c’est là que réside la véritable valeur de l’animation : quand elle permet, par la technique, de montrer ce dont la captation du réel ne peut pas rendre. Par des travellings délirants, la multiplication des mises au point dans un seul et même plan et effets de perspective vertigineux ; par l’alternance entre animation en 2D et animation en volume, les jeux permanents de langage et de traductions burlesques ; par l’imagination débordante de son créateur et par l’abnégation des petites mains derrière ce grand plateau de jeu, L’Île aux chiens est sans aucun doute l’un des ravissements visuels les plus enthousiasmants de ces dernières années. Peut-être même l’un des plus impressionnants techniquement.

L’humour pince-sans-rire de son réalisateur fonctionne quant à lui toujours. Plus accessible que celui dépeint dans le flegme étrange de Fantastic Mr Fox (pas forcément compréhensibles par les plus petits), il est ici à la portée de tous car plus concret que suggéré. Les cascades et les carambolages successifs du film nous sont montrés frontalement et l’humour caustique de la bande d’animaux de son précédent film est ici beaucoup moins prégnant. La volonté de centraliser son récit sur le parcours aventureux d’un petit enfant plutôt que sur le parcours psychologique d’un adulte y est sans doute pour quelque chose. Pas besoin de comprendre ce que dit le petit Atari pour saisir ses intentions, là où, au contraire, chez Mr Fox, le dialogue paraissait vital à la compréhension du film.

Du débordement à l’éparpillement

Mais en se décentrant de l’aspect plus dialoguiste et plus intimiste de son cinéma (le fameux « dialogue intérieur »), Wes Anderson y perd, dans le même temps, l’ironie subtile de son œuvre. En devenant plus concret, plus accessible et plus démonstratif, Anderson semble oublier que c’est dans le minimalisme figuratif que pouvait naître sa poésie si particulière. Dans Moonrise Kingdom, le récit s’étendait parfois vers le parcours des adultes en quête de la trace des enfants, mais le cœur de celui-ci résidait dans l’appareil de survie minimaliste que le jeune couple s’attelait à déployer pour vivre son idylle hors du temps et du monde.

Ici, la surdose d’effets visuels, cartoonesques et la multiplication des enjeux (un jeune homme veut retrouver son chien, un scientifique tente de prouver qu’un remède à la grippe canine existe, un groupe d’étudiant veut dénoncer le complot orchestré par le maire autoritaire de Megasaki) diluent et font s’évaporer cette concentration qui faisait toute la préciosité de chaque élément déployé dans ses précédents films, où un simple livre ou bibelot pouvait supporter à lui tout seul un petit bout de l’histoire (dans À bord du Darjeeling Unlimited ou The Grand Budapest Hotel par exemple). Dans L’Île aux chiens, Wes Anderson ne sait plus vraiment où donner de la tête, et le spectateur non plus : plus confus, plus généreux, Anderson est aussi moins précis et moins épuré qu’auparavant.

Sans apparition

La boulimie et l’opulence visuelle cohabitent peut-être moins bien avec le style Anderson que les travellings précis, les mimiques formelles et les artefacts colorés. Car L’Île aux chiens frôle parfois l’overdose. C’est le cas lors de son dernier tiers, où toutes les strates du récit semblent, justement, converger. La réunion de tous les personnages initialement dispersés tombe un peu à plat et le bouquet final tant attendu n’a pas vraiment lieu. Chez Anderson, au contraire de son style très outrancier, c’est, justement, la rupture du mouvement permanent et des saillies bavardes qui marque le cœur et l’esprit. Entre deux remarques bien senties ou entre ces travellings calculés au millimètre près s’imposaient des images fortes, qui marquaient les mémoires.

Vers la fin de Fantastic Mr. Fox, une scène magnifique rapportait le cinéma vers sa propre essence, celle de l’apparition pure et simple d’une image à un groupe de personnes. L’image lointaine d’un loup venait, à l’horizon rappeler l’état sauvage et animal de quelques personnages abasourdis sur leur moto. Cette scène permettait de rompre l’effervescence d’un récit qui filait à toute berzingue dans un silence assourdissant : la banale apparition de ce loup faisait office d’une véritable épiphanie, en ramenant le cinéma à son plus simple appareillage (celui de la vision). Dans L’Île aux chiens, les plus belles scènes sont aussi les plus calmes et les plus contemplatives mais sont, hélas, plutôt rares. Difficile donc d’en retenir autre chose que l’image confuse d’un grand parc d’attractions dont le créateur, bouffi d’enthousiasme, a finit par y oublier l’efficacité de la simple image.

 

L’Île aux chiens de Wes Anderson, en salle le 11 avril 2018. Ci-dessus la bande-annonce.

Après une épidémie de grippe canine qui sévirait dans toute la ville de Megasaki, au Japon, le maire de la ville, Kobayashi, a décidé d'isoler tous les chiens sur une île-poubelle géante non loin de là. Un jeune garçon de 12 ans, Atari Kobayashi (Koyu Rankin), parvient néanmoins à rejoindre l'île dans un avion de fortune pour récupérer son chien, Spots. À son arrivée, après l'avoir cru mort, une bande de chiens errants composée de Chef, Rex, Boss, Duke et King (dont les voix anglaises sont respectivement celles de Bryan Cranston, Edward Norton, Bill Murray, Jeff Goldblum et Bob Balaban) décident…

Conclusion

Note de la rédaction

BILAN TRÈS POSITIF

Même si Wes Anderson a tendance à négliger, dans sa boulimie d’effets, les motifs simples et les apparitions jusqu’ici au cœur de sa poésie, « L’Île aux chiens » est un feu d’artifice permanent. Difficile de ne pas abdiquer face à la créativité débordante qui irradie chaque image et chaque micro-mouvement des figurines à l'écran.

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