Lingui, les liens sacrés : un film politique sur la condition des femmes au Tchad

Lingui, les liens sacrés : un film politique sur la condition des femmes au Tchad

CRITIQUE / AVIS FILM - Le cinéaste Mahamat-Saleh Haroun nous parle du Tchad dans "Lingui, les liens sacrés" et met la lumière sur des femmes fortes qui s'opposent à un oppressant système patriarcat. Un film politique pas aussi fort qu'attendu sur un sujet important.

Lingui, les liens sacrés : du cinéma engagé

Le cinéma africain n’est pas forcément celui qui a l’habitude de faire l’actualité dans les salles françaises. Alors quand un film de ce continent arrive à susciter l’intérêt d’un événement aussi prestigieux que le Festival de Cannes, on y prête forcément attention. Lingui, les liens sacrés est le nouveau long-métrage du Tchadien Mahamat-Saleh Haroun. Il y narre dedans l’histoire d'Amina (Achouackh Abakar Souleymane), une mère célibataire qui découvre que sa fille, Maria (Rihane Khalil Alio), est tombée enceinte dans son dos. Une nouvelle qui chamboule la vie de la jeune fille à peine âgée de 15 ans. Cette dernière n'entend pas vivre cette épreuve comme une fatalité et veut se faire avorter. Hélas, l'avortement n'est pas une pratique bien vue au Tchad, que ce soit par la religion mais aussi par la loi. Démarre alors pour Amina une course contre la montre pour sauver l'avenir de sa fille, avant que sa grossesse ne s'ébruite.

Lingui, les liens sacrés
Maria (Rihane Khalil Alio) - Lingui, les liens sacrés ©Ad Vitam

Un récit fort porté par une mise en scène qui ne l'est pas autant

Le récit de Lingui s'installe donc dans un pays majoritairement musulman et Amina s'avère être une religieuse pratiquante. Au grand dam de sa fille, qui ne voit pas d'un bon oeil la religion et qui clame rapidement dans le film qu'elle veut se faire avorter parce que son corps lui appartient. Comment est-elle tombée enceinte ? On ne le saura qu'à la toute fin, en obtenant une réponse qui n'a rien d'une grande surprise. Ce qui est sûr, c'est que Maria s'estime libre de faire ce qu'elle veut de sa personne, sans se laisser dicter par des principes paternalistes.

En un peu moins d'1h30, Mahamat-Saleh Haroun esquisse le portrait de deux femmes qui vont se serrer les coudes pour venir à bout de cette épreuve. Le dévouement de cette mère pour sa fille est beau, parce qu'il l'amène à aller à l'encontre de ses préceptes religieux. Marchander un avortement illégal dans le bureau d'un docteur, proposer à un courtisan de coucher avec elle contre une belle somme ou encore complicité dans une fausse excision, Amina accumule les fautes impardonnables aux yeux de sa religion. En dépit de ses écarts, elle garde cette belle dignité, que le metteur en scène parvient à capter dans une mise en scène apaisée. La forme justement, c'est peut-être sur ce point où le film trouve sa limite. Mahamat-Saleh Haroun sait composer des plans mais il ne trouve pas LA grande image qui vous ravage ou des mécanismes visuels capables d'élever son propos. Reste, en fin de séance, l'impression que son travail filmique n'est pas aussi grand que ce que le sujet méritait. Ce regret ne retire en rien son mérite de porter notre attention sur la situation des femmes au Tchad.

La sororité comme gage d'espoir

Quand Amina tourne le dos à ses croyances, il lui reste à miser sur des petites combines entre femmes pour s'en sortir. Amina et sa fille croisent plusieurs autres personnages féminins qui vont leur apporter un coup de pouce, loin des regards pesants des hommes - le voisin ne cesse de surveiller ce qu'il se passe devant chez elle. Lingui développe une sorte de réseau secret où l'on se passe des numéros de téléphone, des contacts, pour venir en aide à celle qui pourrait être notre soeur.

Le film insiste d'ailleurs sur le principe de sororité, que ce soit quand la soeur d'Amina refait surface ou quand une femme lui dit qu'elle la considère comme telle. Les voilà donc ces fameux liens sacrés du titre, permettant à des femmes de répondre par la solidarité au mal causé par certains hommes. Mais il reste évidemment du travail à faire, comme en atteste cette scène de fausse excision où les invités, pensant que l'enfant se fait mutiler, festoient en son honneur. Mahamat-Saleh Haroun sait que le combat est loin d'être gagné. Malgré ça, la solidarité féminine qu'il met en lumière dans son film est un sacré gage d'espoir.

Lingui, les liens sacrés de Mahamat-Saleh Haroun. En salle le 6 décembre 2021.

 

 

 

 

 

 

 

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