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L’Ordre des choses : peinture tragique de la crise européenne

Avec « L’Ordre des choses », le réalisateur Andrea Segre frappe un grand coup en exposant crûment et tête haute une politique européenne criminelle et complice de la tragédie migratoire. Il signe ici un film engagé et humaniste qui procure un choc plus que nécessaire.

L’Ordre des choses est le troisième long-métrage de fiction d’Andrea Segre, après La Petite Venise et La Prima Neve. Auparavant, le réalisateur de 41 ans a réalisé plus d’une dizaine de documentaires. Avec, toujours, l’exploration attentive et critique de thématiques brûlantes : l’identité européenne, les mouvements migratoires, la xénophobie, la dégradation des principes fondateurs de l’Europe… Avec cette fiction, présentée hors sélection à la Mostra de Venise en 2017, Andrea Segre propose une oeuvre contemporaine critique et empreinte d’un profond humanisme.

Dans ce film aux allures documentaires, on suit le parcours de Corrado Rinaldi, haut-fonctionnaire de la police italienne en charge de la crise migratoire. Plus précisément, il a pour mission de négocier en Libye le maintien des migrants sur le sol africain. Comme sa hiérarchie le lui explique, il faut « fermer le robinet ». Ou autrement dit, bloquer les départs de migrants depuis la Libye. La réussite de cette mission, en collaboration avec d’autres polices européennes, est une priorité. Et elle profiterait grandement à sa carrière. Mais il va rencontrer Swada (Yusra Warsama), une jeune réfugiée somalienne enfermée dans un centre de rétention. A partir de cet instant s’ouvre une brèche dans la conscience du policier, et un combat intérieur commence. L’Ordre des choses montre ce combat ente l’éthique et la raison d’Etat, entre l’idée d’humanité et ce qu’il convient donc d’appeler : l’ordre des choses.

L'ordre des choses

L’homme et la loi

Pour faire vivre cet homme de loi, l’acteur Paolo Pierobon réussit un portrait sobre et d’une grande justesse. Il incarne un homme aisé, calme, méthodique, dans un contrôle permanent de son univers. Ancien bretteur de haut niveau, il ordonne avec un soin extrême sa carrière comme son plan de travail : tout est à sa place et rien ne dépasse. Mais Corrado Rinaldi fait cet écart fatal, celui de laisser l’empathie le surprendre. Alors, au bord de cette Méditerranée dont il doit interdire le passage, il négocie avec des chefs tribaux libyens, autorités temporaires et aléatoires qui se comportent en esclavagistes, dans le mépris de tous les droits humains. Le policier, modèle d’intégrité, va-t-il contourner la loi pour arriver à ses fins ?

L'ordre des choses

Durant près de deux heures, les caméras d’Andrea Segre suivent ainsi cet homme. A lui seul il incarne toute la violente hypocrisie européenne sur la question des migrants. D’un réalisme sec et dépouillé, la mise en scène croise finement ces deux territoires hermétiques. Elle le fait avec dureté, dans des scènes de conversations Skype entre Rinaldi et sa famille, et avec Swada. Ou encore dans ce que Rinaldi rapporte chez lui de Lybie : du sable et des boucles d’oreilles… En se concentrant sur le drame intérieur du policier, le film évite la simple chronique sur la crise migratoire et propose plutôt une réflexion incarnée sur la crise d’identité de l’Europe.

L’ordre des choses et son chaos

C’est dans d’ultimes plans silencieux que Corrado Rinaldi laisse enfin l’effroyable absurdité de la situation le marquer. La fin signe une charge politique très forte et laisse libre cours aux interprétations. Le scénario est sans concessions et laisse le spectateur au bord de l’espoir sans résoudre la détresse des protagonistes, ni la sienne. Qu’advient-il de Swada ? Et de Corrado ? L’ordre des choses peut-il être changé ou alors le piège est-il trop parfait ? Des questions qui resteront ouvertes. Et qui, surtout, ont le mérite de faire apparaître combien la fragile stabilité européenne dépend d’un chaos organisé assez loin pour ne pas trop y penser.

Andrea Segre livre avec L’Ordre des Choses un grand film. La sécheresse de sa forme est paradoxalement une invitation généreuse à retrouver la solidarité et, surtout, la dignité. Intelligent et bouleversant, il est un objet cinématographique remarquable ainsi qu’un document nécessaire pour saisir la terrible ambiguïté de notre monde.

 

L’Ordre des choses d’Andrea Segre, en salle le 7 mars 2018. Ci-dessus la bande-annonce.

L’Ordre des choses est le troisième long-métrage de fiction d’Andrea Segre, après La Petite Venise et La Prima Neve. Auparavant, le réalisateur de 41 ans a réalisé plus d’une dizaine de documentaires. Avec, toujours, l’exploration attentive et critique de thématiques brûlantes : l’identité européenne, les mouvements migratoires, la xénophobie, la dégradation des principes fondateurs de l’Europe… Avec cette fiction, présentée hors sélection à la Mostra de Venise en 2017, Andrea Segre propose une oeuvre contemporaine critique et empreinte d'un profond humanisme. Dans ce film aux allures documentaires, on suit le parcours de Corrado Rinaldi, haut-fonctionnaire de la police italienne en charge de la crise migratoire. Plus précisément,…

Conclusion

Premier de la classe

Premier de la classe

Comme à ses plus grandes heures, le cinéma politique italien s'enrichit d'une oeuvre majeure avec l'Ordre des choses. A la fois brutal et beau, tragique et énergique, il en appelle à la dignité et à la conscience de l'autre. Brillant, et à voir sans hésiter !

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