Madres Paralelas : le nouvel éclat de Pedro Almodóvar

Le retour d'Almodóvar

Madres Paralelas : le nouvel éclat de Pedro Almodóvar

CRITIQUE / AVIS FILM - Pedro Almodóvar dirige Penélope Cruz pour la septième fois dans "Madres Paralelas". Et le cinéaste offre à la comédienne un rôle magnifique, dans un film qui l’est tout autant.

Madres Paralelas : destins croisés

Après l’autoportrait de Douleur et gloire, dans lequel Penélope Cruz incarnait la mère fictive de Pedro Almodóvar, le cinéaste retrouve son actrice fétiche pour Madres Paralelas. La comédienne prête ses traits à Janis, une photographe qui tombe enceinte sans le vouloir et décide d’élever sa fille Cecilia seule. À la maternité, elle se lie d’amitié avec Ana (Milena Smit), une adolescente qui donne elle aussi naissance à une petite fille.

Elles reprennent chacune le cours de leur vie mais restent en contact. Lorsque Janis présente Cecilia à son père Arturo (Israel Elejalde), ce dernier lui fait part de son instinct, convaincu que le bébé n’est pas le sien.

Madres Paralelas
Madres Paralelas ©Pathé

En proie au doute, Janis effectue un test de maternité pour être sûre qu’il s’agit bien de sa fille, qui pourrait avoir été échangée par mégarde avec celle d’Ana à l’hôpital. Peu de temps après avoir découvert le résultat, Janis apprend une terrible nouvelle de sa jeune amie.

Comme Parle avec elle, Madres Paralelas débute avec deux histoires qui se croisent pour ne plus se quitter par la suite. S’il n’occulte jamais la gravité du récit, notamment lorsqu’il aborde un viol ou la mort, Pedro Almodóvar propose une œuvre solaire en filmant le rapprochement évident entre ces deux mères.

La magie de Pedro Almodóvar

Rares sont les longs-métrages où le spectateur met totalement de côté sa passivité et espère sincèrement tout ce qu'il y a de mieux pour leurs personnages. C’est le cas devant le film de Pedro Almodóvar, qui parvient à extirper complètement son public du réel en pansant les plaies de ses protagonistes avec un amour qui irradie l’écran.

Qu’elle passe d’une voix apaisante s’adressant à un enfant, d’un geste de tendresse qui tente de combler un gouffre affectif ou d’une conversation douloureuse mais nécessaire, l’humanité qui se dégage du long-métrage l’impose comme ceux qui donnent envie d’être meilleur. Il s’agit de la même qui illuminait Tout sur ma mère, Volver et Julieta, communiquée par le sensitif, les couleurs et les émotions plutôt que par le verbe et le discours. C’est elle qui fait la magie du cinéma de Pedro Almodóvar et le rend beau sans qu’il ait besoin d’être expliqué.

Penélope Cruz en état de grâce

Pour incarner dans Madres Paralelas la bienveillante Janis, il fallait l’une des plus grandes actrices en activité et le cinéaste n’a évidemment pas eu à chercher bien loin. Penélope Cruz livre ici l'une de ses performances les plus impressionnantes mais aussi l'une de ses plus dures.

L’héroïne à laquelle elle prête ses traits résume toute la complexité à définir une mère, de l'amour inconditionnel qu'elle peut donner à ses erreurs, de ses secrets inavoués à son honnêteté infaillible. Elle éclate au passage tous les présupposés attribués à ce rôle, qu’ils soient biologiques ou sociétaux. Un personnage fascinant et résolument libre, qui assume un héritage douloureux pour tracer un futur plus optimiste.

Madres Paralelas
Madres Paralelas ©Pathé

Car Janis est également animée par le besoin d’offrir une sépulture à son arrière-grand-père, opposant à la dictature franquiste enterré dans une fosse commune avec d’autres habitants de son village. Cette quête et ce besoin d’apaisement vis-à-vis de ses origines résume l’importance de ses convictions morales, qui dictent l’évolution du récit et de sa magnifique relation avec Ana, superbement interprétée par la révélation Milena Smit.

Madres Paralelas est un nouveau grand film de son auteur. Mélodrame subtil et politique, le long-métrage souffre peut-être uniquement de son ultime plan, éminemment symbolique mais qui altère la puissance émotionnelle des visages qui le précèdent.

Madres Paralelas de Pedro Almodóvar, en salle le 1er décembre 2021. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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