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Malcolm & Marie : guerre d'égo et réflexion sur le cinéma

Malcolm & Marie : guerre d'égo et réflexion sur le cinéma

CRITIQUE / AVIS FILM - Imaginé et tourné en un rien de temps, "Malcolm & Marie" démontre que l'on peut faire du cinéma alléchant en ce moment, sans se référer à la pandémie. Le film de Sam Levinson n'évite cependant pas quelques écueils dans un récit qui mêle réflexion sur le cinéma et sentiment amoureux.

Malcolm & Marie : c'est quoi ?

La crise sanitaire va engendrer un tas d'œuvres qui ont poussé des auteurs à aborder leur art avec les contraintes de cette époque bien étrange. Son idée en tête, Sam Levinson n'a eu besoin que de quelques jours pour concevoir le scénario de Malcolm & Marie. Un nouveau long-métrage pour lequel il retrouve Zendaya, après leur rencontre payante sur Euphoria. Le casting se complète avec John David Washington, l'une de ces stars qui grimpent à Hollywood en ce moment. Deux acteurs, pas plus. Et un unique lieu. L'histoire ? Un rien. Après l'avant-première de son nouveau film, un réalisateur rentre chez lui en compagnie de sa petite copine. Il est tard, la soirée a été longue. Alors qu'ils pourraient simplement aller se coucher, les deux amoureux vont s'affronter, se questionner, s'enlacer, se repousser, s'aimer.

On peut ainsi découvrir John David Washington avec plus de variété dans son jeu, notamment quand il doit manier l'émotion. En face de lui, personne ne sera surpris de trouver Zendaya éclatante. Quel plaisir de la voir dans un rôle plus adulte, plus mature, où elle peut se servir de son corps de femme pour composer son personnage. Sam Levinson lui confie un beau rôle, qui résonne parfois avec celui de Rue.

Un décor spécial qui sert la mise en scène

Une multitude de sentiments contraires traversent Malcolm & Marie. Les mots d'OutKast qui retentissent lors du générique final résument parfaitement la dynamique dans laquelle sont piégés les deux personnages : "There's a fine line between love and hate you see". Sam Levinson a composé une œuvre qui questionne les fondements de cette relation amoureuse mise à mal pendant plus d'1h40. Si un unique lieu et les conditions de tournage en temps de crise sanitaire sont des raisons pour s'attendre à un dispositif formel minimal, le réalisateur reste fidèle à ce qu'il sait faire et trouve des idées pour injecter du cinéma dans un postulat ô combien rachitique.

Malcolm & Marie
Malcolm & Marie ©Netflix

Bien aidé par la somptueuse Caterpillar House, il est vrai. Un lieu hors du commun, qui lui offre tant de lignes à exploiter pour raconter à l'image les rapports qui propulsent les dialogues. Les encadrements des portes et fenêtres deviennent des outils précieux pour signifier les cassures qui régissent cette relation particulière entre un réalisateur en pleine ascension et une actrice rongée par un mal-être. Sam Levinson les range dans des cases, nous contant ainsi l'incommunicabilité entre ses deux personnages. Ils sont parfois dans le même plan et pourtant quelque chose s'immisce entre eux à l'image.

Le réalisateur arrive à se servir de son décor au maximum pour ne pas tomber dans le simpliste champ-contrechamp. Il parvient aussi à faire une œuvre qui découle du contexte sanitaire, sans s'y rattacher. Une idée judicieuse, alors que l'on voit d'autres productions se chercher une pseudo-originalité dans le cadre actuel.

Une écriture inégale

Cependant, Malcolm & Marie est un film bavard. Traversé par des longs monologues, des cris, des larmes, des échanges houleux et d'autres plus tendres. S'il propose du cinéma, Sam Levinson en parle aussi, via ses deux personnages. En particulier Malcolm, qui entretient un rapport conflictuel avec le monde de la critique et défend une position assez tranchée sur le métier de réalisateur. Difficile de ne pas sentir la présence de Sam Levinson derrière les braillements de John David Washington, qui donne l'air de se questionner sur ce qu'il fait et plus généralement sur le mode de fonctionnement de cette industrie.

Pas la partie la plus fine du film, l'écriture des dialogues tombant dans une surenchère perpétuelle. Le propos, pas inintéressant mais trop rabâché, aurait peut-être mérité un tout autre film. Si Sam Levinson veut autant parler de cinéma, c'est pour au fond questionner l'égo de l'un et de l'autre, un concept lourdement abordé à plusieurs reprises.

Malcolm & Marie
Malcolm & Marie ©Netflix

Le metteur en scène veut exprimer des choses mais n'échappe pas à des redites dans les confrontations entre ses protagonistes. Un problème qui se remarque vite, le long-métrage s'en tenant à une véritable épure dans la narration. La première partie nous accroche avec ses dialogues ciselés puis tout commence à se répéter et les acteurs doivent défendre un bout de gras qu'ils ont déjà grignoté juste auparavant.

On ressent que Sam Levinson se heurte à un plafond de verre et se débat avec les limites de ses restrictions. Jusqu'à trouver un second souffle dans son dernier acte, pour toucher enfin la substantifique moelle de cette relation mouvementée. Le film parvient même à être le plus beau quand il se défait des grandes envolées verbales pour se contenter de simples "merci"/"de rien" qui sonnent la fin de la récréation.

 

Malcolm & Marie de Sam Levinson, disponible sur Netflix le 5 février 2021. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

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