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Marche ou crève, les dommages collatéraux du handicap

CRITIQUE FILM – « Marche ou crève » interroge subtilement sur la place qu’il reste à une jeune fille, dont la sœur est polyhandicapée, dans sa famille et dans sa propre vie.

La question que soulève Marche ou crève, le premier long métrage de Margaux Bonhomme, est délicate et finalement rarement abordée au cinéma. Elle évoque le combat quotidien mené par les membres de la famille de Manon (Jeanne Cohendy), jeune femme polyhandicapée de vingt ans. Ce sont les fameux aidants, qui subissent indirectement le handicap, et dont la vie est réglée au millimètre près pour s’occuper d’un être différent. Car Manon a de grandes difficultés pour marcher et ne s’exprime que par onomatopées. Parfois, son regard ou son sourire s’accrochent à ceux de sa famille.

Il faut la laver, l’aider à s’habiller et à manger, la motiver. Mais surtout, il faut la calmer quand elle fait des crises. Sa souffrance intérieure, dont on ne connaît pas la raison, se manifeste alors par une grande agitation. Son corps entre dans une forme de transe, elle pousse des cris. Le calme ne revient que lorsqu’elle est bercée par des tours en voiture, des airs de musique ou l’eau du bain ou de la rivière voisine. Aucun pathos dans Marche ou crève, bien au contraire. Il y a surtout beaucoup d’amour, de patience, de calme, d’abnégation et on sait à quel point il en faut pour supporter cette vie.

Autant dire que Jeanne Cohendy est bluffante dans ce rôle de composition, qu’elle a travaillé pendant plusieurs mois avec des psychomotriciens. La Manon qu’elle donne à voir à l’écran est à la fois touchante et énervante lorsque ses cris viennent crever les tympans du spectateur. On peut dire que la réalisatrice a atteint son but de faire jaillir une dualité de ressentis. Elle parvient en effet à créer tout à la fois un sentiment de malaise et d’inconfort, en même temps qu’une bienveillance absolue envers Manon. C’est sans aucun doute parce que la réalisatrice est elle-même touchée dans sa vie intime (sa propre sœur est polyhandicapée) qu’elle en parle si bien et qu’elle ne porte aucun jugement sur ses personnages ou leurs réactions.

Car évidemment, subir le handicap en dommage collatéral est difficilement supportable à long terme. La mère (Agathe Dronne) vient d’ailleurs de quitter la maison, refusant de continuer à s’occuper de sa fille. Elle n’en peut plus. Le père (Cédric Kahn) dédie de plus en plus sa vie à sa fille aînée, au détriment de son couple et de son travail. Et c’est d’ailleurs intéressant que, pour une fois, ce soit un père qui soit montré à ce point impliqué dans la gestion au quotidien du handicap de son enfant. Car on sait que ce rôle est le plus souvent dévolu à la mère. Pourtant, ce père-là, que l’on ne voit bizarrement jamais en train de s’énerver ou de craquer, n’apparaît pas particulièrement sympathique. Mais on ne sait pas vraiment si c’est parce que le rôle est écrit ainsi ou parce que Cédric Kahn met son côté brut de décoffrage totalement au service de son personnage, comme celui qu’il offrait dans L’économie du couple.

L’amour ne suffit pas toujours à affronter le poids du handicap

Mais le véritable point d’entrée de Marche ou crève, c’est Elisa (Diane Rouxel, dont la présence est aussi intense que solaire), la sœur cadette et complice de Manon. C’est par le prisme de son regard que l’on est en prise directe avec la vie de Manon. Sa vie à elle aussi tourne autour de sa sœur. Elle parle peu, fait avec et comme elle le dit, n’a de toute façon pas le choix. Mais le désinvestissement de sa mère lui fait brutalement occuper une autre place, un peu plus lourde cette fois-ci.

La réalisatrice use d’ailleurs de jolies métaphores pour permettre au spectateur d’être en empathie absolue avec Elisa. Elle filme ainsi son héroïne roulant en scooter sur les routes sinueuses aux dangereux virages. Comme pour renforcer l’idée que sa vie est loin d’être une ligne droite, tant elle est semée d’embûches depuis le début. De même, pour permettre à Elisa de s’extraire un peu de sa vie avec Manon et de lui faire prendre de la hauteur, la réalisatrice la montre en train de faire de la varappe avec son père ou de monter aux arbres avec son amoureux Sacha (Pablo Pauly).

Mais peu à peu, le sourire et le calme affichés en permanence par Elisa sur son visage vont se transformer. L’impatience, l’inquiétude, l’énervement, la colère et la rancœur vont gagner son cœur. Ses dents vont se serrer, son regard se durcir, ses répliques acérées passer le bord de ses lèvres. Car même si c’est pour le bien de sa sœur, elle va se sentir obligée de prendre des décisions qui vont à l’encontre de ses propres envies. A force de ne vivre que pour Manon, elle s’est perdue elle-même et ses parents, eux-mêmes dépassés, n’ont rien vu venir. Marche ou crève met d’ailleurs très bien en évidence le poids des contraintes qui empêchent l’épanouissement personnel, sous couvert de la cause forcément bonne du bien-être d’une personne prioritaire.

Car Manon, trop âgée, ne peut plus fréquenter le centre de jour qui l’accueille. Elisa et son père se refusent à la voir placer en centre spécialisé loin d’eux. Marche ou crève effleure alors l’autre difficulté sous-jacente que rencontrent inévitablement les familles des handicapés : que faire d’eux quand ils vieillissent, ou quand leur propre famille vieillit ? Et même si l’épuisement guette les familles, ce n’est jamais de gaieté de cœur qu’elles décident un tel placement. Là-bas, on sait bien que la jeune femme sera une parmi tant d’autres et ne bénéficiera pas autant d’attention, de temps ou d’encouragements de la part des soignants. On se dit aussi que peut-être, elle souffrira davantage, au risque de perdre plus vite ses facultés. La réalisatrice réussit à rendre particulièrement forte à l’écran la douleur de ce non-choix et, tout comme la famille de Manon, on a le cœur serré. Marche ou crève est donc un film éprouvant mais nécessaire, qui offre beaucoup d’émotions et un regard plein d’humanité et de réalisme sur le handicap, tout en osant montrer que les aidants peuvent aussi s’octroyer le droit de vivre leur vie.

 

Marche ou crève de Margaux Bonhomme, en salles le 5 décembre 2018. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

La question que soulève Marche ou crève, le premier long métrage de Margaux Bonhomme, est délicate et finalement rarement abordée au cinéma. Elle évoque le combat quotidien mené par les membres de la famille de Manon (Jeanne Cohendy), jeune femme polyhandicapée de vingt ans. Ce sont les fameux aidants, qui subissent indirectement le handicap, et dont la vie est réglée au millimètre près pour s’occuper d'un être différent. Car Manon a de grandes difficultés pour marcher et ne s’exprime que par onomatopées. Parfois, son regard ou son sourire s’accrochent à ceux de sa famille. Il faut la laver, l’aider à…

Conclusion

Note de la rédaction

Beaucoup d'amour dans ce film éprouvant mais nécessaire sur une famille qui subit le handicap d'un enfant.

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