ABONNEZ-VOUS À CINESERIES SUR FACEBOOK

Marriage Story : sublime autopsie d'un divorce

Marriage Story : sublime autopsie d'un divorce

CRITIQUE / AVIS CINÉMA - Deux ans après le très moyen "The Meyerowitz Stories" sur Netflix, Noah Baumbach revient sur la plateforme américaine pour un nouvel essai beaucoup plus convaincant. "Marriage Story" suit un couple en pleine séparation et risque de vous faire chavirer.

Regarder les couples se déchirer est toujours un argument de cinéma particulier, positionnant le spectateur dans une forme de voyeurisme. On compte par dizaines - si ce n'est plus - les films marquants sur le sujet. Des couples de cinéma qui se brisent, après avoir vécu dans une bulle de bonheur. Le sujet, très simple, est imparable parce qu'il agite en nous notre propre rapport au sentiment amoureux, aux blessures qui en découlent. Bien qu'il n'y ait plus grand chose à inventer dans le genre et qu'on n'attende pas de quelqu'un comme Noah Baumbach qu'il révolutionne le récit de rupture, Marriage Story met à l'affiche deux stars, Scarlett Johansson et Adam Driver, qu'on a hâte de voir se prêter à l'exercice. Le metteur en scène, spécialisé dans un cinéma américain très typé indépendant, est allé chercher l'inspiration dans sa propre expérience. À savoir une relation avec l'actrice Jennifer Jason Leigh, qui s'est soldée par un divorce.

Comme dans toutes les histoires d'amour, les débuts de Nicole et Charlie ont été enchanteurs. Marriage Story s'ouvre, non pas sur une rencontre, mais sur les portraits de ces deux personnages dressés par les intéressés. Charlie vante les mérites de sa femme, devenue sa muse (il est metteur en scène au théâtre), au quotidien, jusque dans les petits détails les plus insignifiants. Nicole, en fait de même. Tout porte à croire que leur relation file droit, sans perturbations. Mais on se trompe. La prochaine étape, pour eux, c'est le divorce. Et leur fils, Henry, se retrouve au milieu.

Cris, pleurs et douceur

On sent le vécu de Noah Baumbach dans tout ce qu'il veut mettre en scène. On ne saurait dire jusqu'à quel point il injecte de lui dans les événements racontés mais l'impression de vérité qui se dégage de Marriage Story rend vivant ce couple en un rien temps. En allant jusqu'à regarder le personnage de Charlie comme un alter-ego de Baumbach, on y perçoit même les signes d'un recul sur soi-même. Quand bien même si on voyait dans le film plus que ce que le metteur en scène veut raconter, on ressent que le sujet a eu le temps d'arriver à maturation dans son esprit, pour qu'il sorte un résultat mêlant l'amertume et une extrême douceur. Il y a forcément les cris, les pleurs, les regrets.

Mais le plus beau est cette part d'amour, incassable, qui persiste lorsque le divorce devient une réalité inévitable. Leur médiateur leur suggère d'ailleurs, dans la première partie du film, de se souvenir de pourquoi ils se sont aimés. La démarche prendra du temps, mais l'idée fait son chemin, progressivement, parfois imperceptiblement, jusqu'à une très belle scène finale. L'une des étapes les plus touchantes sera ce geste de tendresse, en conclusion d'une dispute déchirante où les pires mots fusent comme des balles.

Deux acteurs en état de grâce

Marriage Story : Adam Driver et Scarlett Johansson en état de grâce

Marriage Story autopsie de l'intérieur, en prenant en compte les deux partis, le processus de désunification. Avec toutes ses petites subtilités dans l'écriture, sa manière dont le cadre devient un vecteur de séparation visuel (la photo ci-dessus est un des nombreux exemples) et son humour dosé avec finesse, le film doit une large partie de sa réussite à ses deux acteurs principaux, en état de grâce. Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'ils possèdent chacun un talent hors normes mais Baumbach tire le meilleur d'eux en jouant avec plusieurs aspects de leur jeu. Adam Driver sort une performance de haut vol, comme il en a souvent l'habitude dans sa filmographie déjà bien chargée à 36 ans.

Dans le tandem, c'est davantage sur Scarlett Johansson qu'on veut s'attarder pour toutes les décharges émotionnelles qu'elle nous procure. Rien que sa longue scène de confession chez son avocate vaut à elle seule la vision du film. Mais il faut quand même voir le reste, pour ressentir la profondeur des failles de son personnage et son aura réconfortante - un comble dans une telle situation. Sa complémentarité avec Driver, dans un couple qu'on n'aurait pas forcément imaginé sur le papier, élève les intentions d'un metteur en scène qui vient de signer l'un des films les plus forts de sa carrière. Pour Scarlett Johansson, en nous bouleversant de la sorte, elle s'impose comme la candidate la plus sérieuse pour l'Oscar de la meilleure actrice en février 2020. 

Marriage Story, de Noah Baumbach, sur Netflix le 6 décembre 2019. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.