Matrix Resurrections : Lana offre un nouveau genre à Matrix

Que vaut le retour de Neo ?

Matrix Resurrections : Lana offre un nouveau genre à Matrix

CRITIQUE / AVIS FILM - Lana Wachowski dirige désormais seule Neo et Trinity pour "Matrix Resurrections", quatrième opus de la saga mythique initiée il y a plus de vingt ans. Une suite surprenante qui casse les codes et les attentes.

Matrix Resurrections : la même équipe, ou presque

Avec Matrix (1999), Matrix Reloaded (2003) et Matrix Revolutions (2003), les Wachowski ont créé une œuvre qui continue de fasciner vingt ans après. Une œuvre complexe, abordable sous différents angles. Mais au fond, que nous racontent les cinéastes avec ? Que signifie vraiment cette histoire de monde virtuel créé par des machines pour contrôler les humains ? Pour certains, il s'agit d'une critique du capitalisme moderne. Pour d'autres, d'une métaphore trans. À moins qu'il ne s'agisse simplement d'un film d'action cyberpunk avec du bullet time en pagailles. Sans oublier toutes les références religieuses et philosophiques. Au fond, c'est un peu tout ça. Et Lana Wachowski nous le rappelle avec humour dans Matrix Resurrections, tout en laissant à chacun son interprétation.

Matrix Resurrections
Matrix Resurrections ©Warner Bros.

En vingt ans, le monde a bien changé. Les mentalités ont évolué, tout comme l'industrie cinématographique (pas forcément en bien). Et rappelons qu'entre temps les Wachowski ont fait leur transition de genre. Ce qui a amené à re-questionner Matrix a posteriori - mais également leur premier film, l'excellent thriller lesbien Bound (1996). Impossible donc de relancer la saga Matrix comme si de rien n'était, avec le même ton et les mêmes questionnements. Ainsi, pour ce Matrix 4, qui s'ouvre quasiment comme le premier film, Lana Wachowski fait un contre-pied parfait à base d'autodérision sur son propre héritage et sur l'industrie. Elle propose un objet hybride entre le remake, le revival, la suite, et une œuvre nouvelle, tout en moquant le fan service.

Vous vouliez retrouver Neo ? Le voici en dépressif créateur d'un jeu vidéo révolutionnaire, Matrix, sur le point de craquer quand ses producteurs de Warner décident de faire un nouveau jeu. Une proposition méta assez jouissive qui évidemment cache autre chose... Concernant le reste de l'équipe originale, Trinity est désormais une mère de famille, Morpheus a rajeuni et est bien plus excentrique que son prédécesseur, tandis que l'Agent Smith a la gueule du gendre parfait. Osé et très malin de la part de Lana.

Matrix à notre époque

En ramenant avec malice et humour tous ces personnages, la réalisatrice déconstruit son œuvre et casse les codes attendus. Elle nous propose de regarder autrement ce qui a été fait, pour remodeler le tout à son image et l'installer dans son époque. D'ailleurs, c'est peut-être là la grande différence (dommageable mais inévitable) entre la trilogie et Matrix Resurrections. Si les premiers films étaient novateurs et avant-gardistes, aussi bien visuellement que dans leurs thèmes, ce quatrième opus est lui totalement dans l'air du temps. Ce qui le rend dès lors moins original, mais plus personnel à Lana Wachowski qui met littéralement en scène sa propre psychanalyse. L'absence de Lily Wachowski se fait en effet ressentir. Comme si, ensemble, le duo avait un équilibre empêchant que la personnalité de l'une prenne le dessus sur l'autre. Matrix 4 perd alors en subtilité, mais le message n'en demeure pas moins passionnant.

Matrix Resurrections
Matrix Resurrections ©Warner Bros.

Exit toutes les interprétations faites sur Matrix. Désormais, il s'agit avant tout d'une histoire d'amour puissante entre Neo et Trinity. Lana Wachowski tire de ce duo une chaleur touchante (obtenue aussi par un travail notable sur la lumière) qui n'était pas si présente dans les précédents films. Il n'y a qu'à les voir discuter de fausses banalités en prenant un café pour comprendre que quelque chose de différent se joue ici. Qu'on commence à assister à une inversion des rôles. En effet, cette fois, c'est à Neo d'éveiller Trinity, et à elle de prendre les choses en main.

Ce n'est pas anodin si l'Élu use ici moins de sa force pour attaquer ses adversaires que comme outil de défense. La réalisatrice réduit ainsi la puissance du masculin pour surélever le féminin. Encore une fois, la démarche est pertinente et réussie la plupart du temps, mais s'avère un peu trop grossière dans les derniers instants du film. Après une scène finale qui insiste toujours plus sur le féminisme, le générique de fin en remet une couche en reprenant le morceau Wake Up de Rage Against the Machine, mais cette fois interprété par le collectif Brass Against et la chanteuse Sophia Urista.

Moins mémorable, mais un grand spectacle intelligent

Bien sûr, Matrix Resurrections reste fidèle à la saga en nous offrant autant de dialogues complexes que de scènes d'action variées et maîtrisées. Celles-ci sont efficaces, mais malheureusement moins mémorables que précédemment. On se souvient encore aujourd'hui de Neo évitant les balles grâce à l'effet bullet time dans le premier film. Au combat face aux soldats du Mérovingiens ou à la poursuite sur l'autoroute dans le second. Sans oublier l'affrontement titanesque du troisième opus entre Neo et Smith.

Des séquences marquantes par la mise en scène, le rythme ou la musique utilisée, mais également par ce risque ressenti que nos héros puissent y passer. Ici, les plans s'oublient bien vite et les enjeux sont moindres. Volontairement de la part de Lana Wachowski, qui en plus de détourner le principe de remake/suite irait pointer également ainsi la platitude des productions actuelles. Ou simplement en conséquence de l'absence de sa sœur à la réalisation. Un peu des deux, sans doute.

Matrix Resurrections
Matrix Resurrections ©Warner Bros.

Mais derrière ces quelques défauts, Matrix Resurrections n'en demeure pas moins l'un des meilleurs blockbusters de cette année. Un film prenant qui offre un grand spectacle et en dit long sur son genre cinématographique. On regrette seulement que la cinéaste ne soit pas allée plus loin avec certaines de ses idées. Côté action, on pense à ce court affrontement dans le wagon d'un train. Dans les décors, il y a le monde réel où se sont affrontés les humains et les machines et dans lequel on aurait souhaité naviguer encore davantage.

Enfin, au niveau des nouveaux personnages, il y en a bien un qui sort du lot et a tout d'une future icône. Il s'agit de Bugs, portée avec classe et charisme par Jessica Henwick. C'est par elle que la machine Matrix est relancée. Et bien que son développement soit mis de côté en cours de route, au profit de Neo et de Trinity, on ne peut qu'espérer que l'avenir se construira autour d'elle.

Matrix Resurrections de Lana Wachowski, en salle le 22 décembre 2021. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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