Memoria : la nouvelle méditation d'Apichatpong Weerasethakul

Memoria : la nouvelle méditation d'Apichatpong Weerasethakul

CRITIQUE / AVIS FILM - Apichatpong Weerasethakul ne se travestit pas avec "Memoria", oeuvre exigeante et écrasante d'un cinéaste qui ne peut laisser de marbre. Tentative de compréhension de son nouveau long-métrage.

Memoria : du Apichatpong Weerasethakul pur jus

Lors d'une scène située au milieu de Memoria, le personnage incarné par Tilda Swinton récite un poème à une autre femme qui l'écoute attentivement. Au moment de répondre à ses interrogations, elle se contente d'un simple "c'est tout", comme si ce qu'elle venait de dire ne méritait pas d'explication. C'est peut-être l'une des clés pour entrer dans Memoria, et peut-être même pour comprendre plus généralement le cinéma du Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul. Son art teinté de poésie et de nombreux gestes singuliers n'est certainement pas le plus simple à appréhender pour un oeil non averti. Il faut savoir s'y abandonner, l'ingurgiter et le digérer, pour en extraire une matière qui macérera en chacun de nous de manière différente.

Jessica (Tilda Swinton) - Memoria
Jessica (Tilda Swinton) - Memoria © New Story

Son nouveau long-métrage ne renverse pas fondamentalement son style ni ses obsessions. Et Memoria a toutes les chances de laisser sur le carreau, encore une fois, une partie du public. Son scénario tient sur une ligne, pas plus : Jessica se fait réveiller en pleine nuit par un bruit et va tenter de comprendre son origine. "C'est tout", donc. Ainsi, on suit une Tilda Swinton presque fantomatique, qui vagabonde en Colombie pour comprendre l'étrange phénomène qui la touche. Car, on ne l'a pas dit, mais elle est vraisemblablement seule à pouvoir entendre ce bruit, ajoutant une bonne dose de mystère à sa (més)aventure.

Un cinéma clivant

Le calme qui anime le cinéma d'Apichatpong Weerasethakul nous invite à nous connecter au monde. On a l'habitude de le voir, moins de le regarder. Le réalisateur est l'un des rares guides pouvant nous prendre par la main et créer ce lien. La nature est l'un des personnages majeurs récurrents dans son travail. Un théâtre majestueux qui dépasse l'Homme et qui se porterait sûrement tout aussi bien sans lui. Memoria fait se confondre, comme souvent chez Apichatpong Weerasethakul, le macroscopique et le microscopique. Malgré tout, sa mise en scène s'en tient majoritairement à des plans plutôt larges, ouvrant des lucarnes sur le monde.

Certains y trouveront du sublime, d'autres de l'ennui. On ne peut raisonnablement en vouloir à aucun des deux camps. La formule sonne comme un terrible raccourci qui légitimerait que l'on ne creuse pas, mais Memoria n'est effectivement pas un film qui conviendra à tout le monde. Le voyage peut vite se transformer en traversée du Styx pour ceux qui ne parviendront pas à dénicher les points d'accroche. Pas tout le monde ne peut être comme Jessica, cette "antenne" capable de recevoir des informations imperceptibles par les autres.

La mémoire de Mère Nature

Il faut un certain temps avant que Memoria justifie son titre, au coeur d'une seconde partie qui donnera une clé pour comprendre la nature du fameux bruit. Une clé évidente pour quiconque a déjà approché le travail d'Apichatpong Weerasethakul, la question de la mémoire anime son oeuvre. Comment capter le passé en filmant le présent ? C'est tout l'enjeu de ce Memoria, long-métrage traversé par des forces invisibles. Ce son qui perturbe tant Jessica, pourrait être l'appel à l'aide d'une Terre, lassée d'emmagasiner les traces laissées par l'homme. Un axe d'interprétation qui se tient, le réalisateur Thaïlandais nous signifiant que nos actes ont des conséquences. Chaque pas, chaque geste, chaque souffle, est une nouvelle empreinte qui s'inscrit dans la mémoire de notre planète.

Memoria
Memoria ©New Story

Jusqu'à quand la Terre pourra-t-elle continuer de supporter le poids de nos existences ? Plus inquiétant que le bruit entendu par Jessica, il y a d'abord ce plan sur les alarmes de voiture, au tout début. Rien ne les active, à vue d'oeil, mais elles sont les premiers signes annonciateurs d'un dérèglement, d'une alerte, pour qui veut bien l'entendre. Il y a ensuite cette fin, dominée par un ciel menaçant. Avant ça, un vaisseau extraterrestre caché dans la nature décolle vers d'autres cieux. Les aliens quittent le navire avant qu'il ne coule et s'approche ainsi l'heure, plus si lointaine, de passer à la caisse.

Memoria d'Apichatpong Weerasethakul, en salle prochainement. La bande-annonce ci-dessus. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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