Michael Cimino, un mirage américain : sur les traces d’un cinéaste à part

Michael Cimino, un mirage américain : sur les traces d’un cinéaste à part

CRITIQUE / AVIS FILM - Plus qu'un documentaire sur Michael Cimino, Jean-Baptiste Thoret propose un film émouvant et passionnant en allant rechercher ceux qui ont croisé la route du cinéaste durant, notamment, le tournage de "Voyage au bout de l'enfer".

Sur la route de Mingo Junction

Avec le documentaire Michael Cimino, un mirage américain, Jean-Baptiste Thoret nous emmène dans un voyage, non pas au bout de l’enfer, mais dans le passé, aux côtés de personnes ayant croisé la route de Michael Cimino, cinéaste révélé avec Le Canardeur (1974), Oscarisé avec Voyage au bout de l’enfer (1978), puis aussitôt déchu après l’échec de La Porte du paradis (1980). D’abord, nous découvrons les habitants de Mingo Junction, ce petit village de l’Ohio qui accueillait à la fin des années 1970 une partie du tournage de Voyage au bout de l’enfer. Des personnes simples, qui ne vivent pas dans le luxe, loin de là, et qui éprouvent forcément du plaisir à parler de leur vie passée.

C’est justement ce qu’est parvenu à capter Michael Cimino à l’époque et que souhaite, au fond, retrouver le documentaire. En passant du temps avec eux, le cinéaste a souhaité les représenter le plus fidèlement possible. Chacun témoigne aujourd'hui de son expérience, de ses souvenirs ou encore de sa scène préférée du film. Et rapidement, c’est leur propre histoire qui prend le pas sur le documentaire.

Une puissance émotionnelle rare

Comme lorsqu’un vétéran raconte ses souvenirs du Viêt Nam après une discussion sur la scène de la roulette russe de Voyage au bout de l’enfer. Ou lorsqu’un autre décrit sa scène préférée du film. Un moment en apparence anodin dans l’œuvre de Cimino, mais qui rappellera à cet homme le souvenir d’un ami décédé. Deux passages déchirants car emplis d’une émotion soudaine qui vient submerger ces deux habitants de Mingo Junction, et nous avec.

Michael Cimino, un mirage américain
Michael Cimino, un mirage américain ©Lost Films

Ainsi, sans crier gare, Michael Cimino, un mirage américain parvient à nous terrasser. Empreint d’une profonde mélancolie, d’une nostalgie d’une époque, alors même que Cimino n’est toujours pas apparu à l’écran. Un choix osé, mais en cohérence avec la démarche du cinéaste et qui fait du documentaire de Jean-Baptiste Thoret un objet atypique. Un documentaire très cinématographique dirons-nous, marqué par des plans de paysages qui appuient toujours sur l’émotion.

Voyage au bout de l’enfer, et Michael Cimino

Bien qu’une importante partie du documentaire se déroule à Mingo Junction, la suite se laisse ensuite guidée par la voix de Cimino. Des enregistrements qui proviennent d’un long entretien de Thoret pour les Cahiers du Cinéma, il y a de cela dix ans. Une rencontre qui dura plusieurs jours, le cinéaste ayant, à l’époque, souhaité prendre la route avec le journaliste. Jean-Baptiste Thoret réutilise donc cette voix du passé, qui fait parfois écho à notre époque. Il la met également en relation avec d’autres intervenants, comme Quentin Tarantino ou Oliver Stone.

C’est notamment par ce dernier que le documentaire offre un portrait honnête de Cimino. Trop souvent des documentaires sont faits uniquement à la gloire d’une personnalité. Ici, tous ne sont pas entièrement élogieux à l’égard du cinéaste. Le film rappelle ainsi son égo surdimensionné. Cimino ne se considérant pas l’égal des réalisateurs de son époque mais au-dessus d’eux. Un personnage finalement complexe, paradoxal (Thoret nous dira qu’il aime à la fois l’argent et n’en a que faire), à l’image de ses films qui ont toujours cherché les zones grises des personnages. Un anti-manichéisme par excellence qui n’a pas été compris à la sortie de ses films.

Michael Cimino, un mirage américain
Michael Cimino, un mirage américain ©Lost Films

Ce fut le cas avec La Porte du paradis qui se solda par un énorme échec et provoqua la faillite de United Artists. Une terrible désillusion qui marqua à jamais Cimino. Le cinéaste parvint par la suite à monter quelques films avant de disparaître des radars, jusqu’à sa mort, le 2 juillet 2016. Totalement effacé pendant des années, véritable mirage américain, il aura tout de même offert une filmographie fascinante. Un artiste à part qui méritait bien un documentaire aussi puissant et passionnant que celui proposé par Jean-Baptiste Thoret.

Michael Cimino, un mirage américain de Jean-Baptiste Thoret, en salle le 24 novembre 2021.

 

 

 

 

 

 

 

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