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Mobile Homes : road-trip chaotique en terrain connu

Mobile Homes : road-trip chaotique en terrain connu

Entre l’itinérance utopiste de « American Honey » et la romance auto-destructrice de « Mad Love in New York », il y a « Mobile Homes » de Vladimir de Fontenay. Présenté à la dernière Quinzaine des réalisateurs, ce premier film peine à se démarquer de ses aînés.

Si, à partir du moment où un cinéaste français effectue ses études de cinéma aux États-Unis et a réalisé son premier film dans le même cadre, celui-ci se met lui aussi à réaliser des films accumulant les symptômes inhérents du cinéma indépendant américain, il devient nécessaire de se poser la question du formatage des étudiants en cinéma outre-atlantique. Il faut dire que Mobile Homes de Vladimir de Fontenay est un prototype (encore un) d’un cinéma indépendant US obsédé par les individus à la marge et par les destins sacrifiés de ces jeunes gens forcés de prendre la route. Cette même route (qui définit à la fois l’espace gigantesque du pays mais aussi l’état de perdition évident d’une jeunesse désorientée), incarne, une fois de plus, la promesse d’un avenir radieux tout autant qu'elle illustre la malédiction d'une vie condamnée à l'instabilité.

Sur la route

Un couple de jeunes stoner, Ali (Imogen Poots) et Evan (Callum Turner), erre près de la frontière américano-canadienne et vit de petits trafics. Pour mener à bien leurs magouilles, ces derniers exploitent un jeune garçon, Bone, le fils d’Ali, qui du haut de ses huit ans s’occupe de préparer des coqs à des combats sanglants et vend de la drogue lorsque Evan lui demande. Mais un jour, Ali et Bone prennent la fuite face aux excès de colère imprévisibles d’Evan. Ils se retrouvent dans un mobil-home qui, au petit matin, sera transporté vers une bourgade qu'ils ne connaissent pas. Là bas, pris sous l’aile de Robert, le propriétaire des mobil-homes, Ali et Evan vont tenter de construire leur nouvelle vie.

Vous la voyez, vous aussi, la métaphore évidente d’une jeune femme et de son enfant qui, sans domicile fixe, se retrouvent à dormir dans une « maison mobile » ? Vous le voyez, vous aussi, ce contexte social pesant qui tiraille ces marginaux entre leur volonté évidente de s’en sortir et leur éternel découragement face aux nombreux obstacles de leur vie compliquée et du système méritocrate américain ? Étant donné que le film débute lors d’un rendez-vous avec l’assistante sociale et que son titre nous dit déjà tout du vagabondage permanent de ces jeunes gens, difficile de penser à autre chose. Difficile aussi d’y entrevoir une porte de sortie, une ouverture vers un ailleurs ou vers un territoire cinématographique nouveau.

Voyage en surplace

Car bien que le film tente de nous insuffler un vent de liberté et de faire du « chemin à parcourir » un lieu d’incertitude, le spectateur averti ne manquera pas de repérer, à chaque scène, le schématisme de ce premier film de Vladimir de Fontenay. Celui-ci pourra, à son gré, anticiper autant qu'il le veut l'intégralité du parcours de ces vagabonds. Mobile Homes est, au fond, un film très cloisonné. Comme un mix accumulant les pires excès du cinéma estampillé Sundance (sa violence qui frôle souvent le misérabilisme), le film nous renvoie à la part peu glorieuse de quelques films indé américains qui ont pourtant contribué à ses heures de gloire. On pense à American Honey d’Andrea Arnold, à Mad Love in New York des frères Safdie ou au Florida Project de Sean Baker, présenté, au même titre que Mobile Homes, à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 2017, mais on pense à leurs défauts et à leurs excès plus qu'à leurs qualités.

Car les références ont beau être intéressantes, Mobile Homes n'en souligne que les failles et les limites : sans être en aucun cas raté, ce premier film sent le déjà vu. Le chaos permanent et sans repos, l'incertitude pesante d'un avenir en péril et l’impossibilité des personnages d’échapper à leur propre condition sociale, exorcisée lors d’un acte final outrancier et assommant, finissent d’entériner le projet à une simple redite de cinéma labellisé indé. On aurait conseillé à Vladimir de Fontenay de se démarquer plus frontalement pour un premier film. Là, de vrais qualités de mise en scène sont éclipsées par un scénario vu et revu, qui ne mène à rien de concret. À l’image de l’impossibilité des personnages de dépasser leur marginalité, Mobile Homes s’avère incapable d’aller au-delà de son image de cinéma indépendant qui commence sérieusement à tourner en rond.

 

Mobile Homes de Vladimir de Fontenay, en salle le mercredi 4 avril. Ci-dessus la bande-annonce.