MENU
Accueil > Critiques > Critiques Cinéma/VOD > Mon Meilleur ami : quand les opposés s’attirent

Mon Meilleur ami : quand les opposés s’attirent

CRITIQUE FILM – Grand vainqueur des Cannes Ecrans Juniors 2018 au Festival de Cannes, le film « Mon Meilleur ami », du réalisateur argentin Martin Deus, semble avoir convaincu la France. Avec ce premier long-métrage, le cinéaste prend pour matière première une thématique qui lui est chère, celle de l’adolescence, déjà prépondérante dans ses courts. Sensible et onirique, le film qui a déjà conquis la Croisette dépeint avec justesse une amitié ambiguë entre deux adolescents que tout oppose.

Mon Meilleur ami, c’est l’histoire d’un cheveu qui tombe sur la soupe. Caito, jeune homme au passé trouble et tumultueux, est recueilli dans une famille tranquille qui vit dans une petite ville de Patagonie. Le père, incarné par Guillermo Pfening, charge son fils Lorenzo de surveiller les possibles écarts de cet invité. D’abord sceptique, le jeune homme finit par prendre son rôle très à cœur et noue une relation toute particulière avec ce dernier. Mais l’un et l’autre sont plein de mystères et fatalement rattrapés par le déterminisme social.

Jusque-là connu pour ses courts-métrages –sélectionnés dans une cinquantaine de festivals internationaux de renoms -, Martin Deus nous offre ici un premier film séduisant. Particulièrement inspiré par la thématique de l’adolescence qu’il rattache à la quête de soi, il a puisé dans son propre vécu pour composer la trame de ce scénario. Les souvenirs personnels de ses vacances en Patagonie et certains de ses rêves lui ont permis de nourrir ce récit d’apprentissage dans lequel deux jeunes hommes s’apprivoisent et redessinent les contours de leur personnalité. Si l’adolescence le touche autant, c’est parce qu’elle représente une période où bien des choses ne sont pas encore définies, où les émotions bouillonnent et où tout reste à découvrir.

Des personnages nuancés

Le film s’ouvre sur la constitution des équipes d’un match de foot dans le cadre scolaire. Lorenzo, visiblement loin d’être un as de la balle, se voit choisi en dernier, de quoi rappeler à certains d’entre nous de profonds moments de solitude. Mais c’est moins la notion d’exclusion que la notion de virilité qui est mise en avant dans cette scène d’ouverture. D’ailleurs, un ami de Lorenzo se sent obligé de justifier son choix, désolé d’avoir eu à le délaisser. Elle a beau être rude, cette sélection n’est pas dépeinte comme mesquine. Elle semble là pour définir les premières caractéristiques d’un personnage qui s’écarte du  standard de la virilité et qui, symboliquement, est reclus dans ses questionnements.

Cette scène amorce également l’idée d’opposition entre les deux personnages principaux. Lorenzo apparaît comme un adolescent sensible, raisonnable et bienveillant quand Caito est défini par son caractère à la fois robuste, rebelle et secret. D’un point de vue physique, Caito est tatoué, musclé, tandis que Lorenzo, longiligne, flotte dans ces vêtements d’adolescents un peu maladroits, pas franchement en phase avec son corps. Mais ce qui fait la première réussite de Martin Deus, c’est de ne pas être tombé dans la caricature. Oui, Lorenzo lit des livres, est nul en sport et un peu pataud, mais ça ne l’empêche pas de plaire aux filles ou d’avoir une personnalité bien affirmée. De la même façon, Caito n’en est pas moins sensible, simple, et affectueux. Si les deux personnages s’avèrent être aux antipodes, le réalisateur ne fait jamais de Lorenzo un souffre-douleur. Il apporte simplement au spectateur quelques éléments susceptibles d’amener cette idée de marginalité du personnage. Lorenzo n’est pas totalement raccord avec lui-même et ses doutes le fragilisent. Caito le fascine, l’impressionne et le trouble.

Deux aimants

Histoire d’amitié ? Histoire d’amour ? Martin Deus ne nous donne pas de réponse précise, et tant mieux ! Si cette relation sonne juste, c’est aussi parce qu’elle est suggérée, toujours mystérieuse. Quand bien même Lorenzo éprouve des sentiments amoureux pour Caito, le cinéaste n’engage jamais la confrontation entre les deux. Pas de violent rejet de la part de celui qui aurait pu prendre la forme d’une brute. Il comprend – Martin Deus nous le montre à l’aide de quelques éléments -, mais laisse faire, attendri. Au-delà du questionnement sur l’orientation sexuelle, le réalisateur semble avoir voulu livrer l’histoire de deux adolescents qui peinent à se comprendre mais qui se complètent.  L’un et l’autre se poussent dans leurs retranchements. Quand Lorenzo apprend à bafouer un peu les règles, Caito tente, pour une fois, de les respecter. Les dialogues et les silences sonnent justes. Pas de grands discours, pas de coups de théâtre, on suit simplement l’espoir touchant et naïf d’un jeune homme qui met tout en œuvre pour en sauver un autre.

Mon Meilleur ami nous redonne l’émotion des premiers émois. La caméra épie ses deux adolescents en quête d’eux-mêmes et s’attarde sur le trouble de l’un d’eux. Le travail sur la lumière livre des ambiances remarquables et présente la Patagonie sous son plus bel aspect. Martin Deus tenait à construire un environnement plus fictif que réel. L’histoire se passant dans le monde intérieur du personnage, il avait à cœur de composer un lieu qui soit une fine métaphore, quelque chose de pur et de beau sur fond de solitude. Le message passe. Les paysages crépusculaires accompagnent l’onirisme de Lorenzo et confèrent intimité et douceur à cette relation à la fois profonde et pudique. Au milieu d’eux, les personnages sont petits, aussi petit que Lorenzo face aux montagnes qu’il aimerait bien pouvoir déplacer.

Si l’on peut regretter quelque chose, c’est peut-être ces dernières minutes de film, basculant vers la teen-drama. Une musique lourde, triste et des semblants de flashbacks viennent compromettre la simplicité de l’ensemble. Dommage.

 

Mon Meilleur ami, de Martin Deus, en salle le 27 mars 2019. Ci-dessus, la bande-annonce.

Mon Meilleur ami, c’est l’histoire d’un cheveu qui tombe sur la soupe. Caito, jeune homme au passé trouble et tumultueux, est recueilli dans une famille tranquille qui vit dans une petite ville de Patagonie. Le père, incarné par Guillermo Pfening, charge son fils Lorenzo de surveiller les possibles écarts de cet invité. D’abord sceptique, le jeune homme finit par prendre son rôle très à cœur et noue une relation toute particulière avec ce dernier. Mais l’un et l’autre sont plein de mystères et fatalement rattrapés par le déterminisme social. Jusque-là connu pour ses courts-métrages –sélectionnés dans une cinquantaine de festivals…

Conclusion

Note de la rédaction

"Mon Meilleur ami" est un film doux et tendre qui nous replonge dans les frissons et le secret de nos premières amours. Martin Deus dissèque une relation à la fois pudique et fusionnelle dans laquelle deux adolescents que tout oppose apprennent à se comprendre et à s’aimer.

Note spectateur : Sois le premier !
Voir aussi
Queens : Jennifer Lopez et Constance Wu à l’assaut de Wall Street

AVIS / CRITIQUE FILM - Après « Jusqu’à ce que la fin du monde nous sépare » et « Ma mère et moi », Lorene Scafaria continue d’osciller entre drame et comédie avec « Queens ». Si le film offre des situations assez drôles durant lesquelles des strip-teaseuses arnaquent malicieusement des traders, il s’intéresse avant tout aux retombées de la crise de 2008 sur ces danseuses.

Exprimez vous !
Copyright © 2019 cineserie.com. Tous droits réservés. Un site E-borealis