Mon tissu préféré : une vision syrienne

Mon tissu préféré : une vision syrienne

CRITIQUE FILM - Avec son nouveau film, "Mon tissu préféré", Gaya Jiji évoque la société syrienne avant la révolution et apporte une vision et un point de vue enrichissant.

Grâce à Mon tissu préféréfilm franco-allemand-turc qui explore des questions profondes de la société syrienne, la réalisatrice Gaya Jiji dévoile l’étendue de son talent en explorant la quête d’identité d’un peuple qui s’apprête à se révolter.

L’histoire de Mon tissu préféré se situe à Damas en 2011. Alors que les prémices de la révolution commencent à ébranler le pays, Nahla, une jeune femme de 25 ans qui vit avec sa mère et ses deux sœurs, est tiraillé entre une soif de liberté et la possibilité de vivre une vie meilleure en acceptant un mariage arrangé avec Samir, un Syrien expatrié aux États-Unis. Mais dans le même temps, Nahla fait la connaissance de sa nouvelle voisine, Madame Jiji. Celle-ci est venue emménager dans l’immeuble pour y installer une maison close. Nahla est fascinée par ce que renferme l’appartement. Parallèlement, Samir se désiste d’elle et choisit de jeter son dévolu sur sa sœur. Nahla décide alors de pousser la porte pour découvrir un monde de fantasme et de désir.

Un cinéma qui explore des questionnements profonds

Là où beaucoup de conteurs du cinéma français proposent des films avec des problématiques tels que, comment retrouver un doudou ou comment évoluer avec sa sexe friend, d’autres cinéastes évoquent des questions un brin plus enrichissantes. Bien sûr, les détracteurs diraient immédiatement « les spectateurs ne veulent pas se prendre la tête ». Mais cette affirmation n’est qu’une confusion. Ainsi, un film d’auteur réussi ne prend pas la tête de son spectateur, il ne fait que donner un éclairage et un point de vue.

Mon tissu préféré a ce mérite-là. Gaya Jiji y partage ses réflexions sur une société qu’elle connaît de l’intérieur. Et à une époque où les individus sont bombardés sous une masse d’information, la démarche d’une auteure de prendre le temps de montrer une histoire révélatrice des problèmes liés à l’actualité est juste louable. Ainsi, l’histoire de la Syrie se reflète dans la trajectoire de Nahla. D’une certaine manière, celle-ci se bat contre un carcan que sa société lui a imposé. Et de la même manière, elle ne connaît pas la liberté, elle ne l’a jamais vécu. Cette liberté se présente à elle, soit par la tradition, le mariage, soit par le fantasme, la maison close.

La liberté sexuelle, la question centrale

Le mérite de Gaya Jiji, dans ce film, réside dans le fait d’aller au fond de la réflexion. En effet, pour évoquer le thème de la liberté, l’auteure traite de la première des libertés : la liberté sexuelle. Le choix pour une femme de disposer de son corps, sans contraintes extérieures. C’est ce vers quoi tend le personnage de Nahla. Elle a la possibilité d’accéder à une vie meilleure en épousant un Syrien expatrié aux États-Unis, mais ce mariage arrangé est dépourvu de tout sentiment amoureux, de tout désir et de toute attirance sexuelle. Pour elle, comme pour Samir. Et lorsque Nahla aperçoit un monde de fantasme sexuel, à travers la maison close, elle ne résiste pas à l’envie d’aller voir ce que sa société lui a privé. Nahla a, d’un côté avec sa mère, un personnage encré dans la tradition et la réalité de sa condition. Et d’un autre côté, avec Madame Jiji, un personnage transgressif et qui vit dans un monde fantasmé et caché.

Critique du film Mon tissu préféré réalisé par Gaya Jiji

Un film qui pose des questions sans affirmer

Mon tissu préféré fait partie de ces œuvres humbles où l’auteure se questionne, explore et n’a pas la prétention de dire comment les choses doivent être. Le film traite ses personnages avec honnêteté. Chacun d’autres eux est animé par des inspirations différentes, dont aucune n’est caricaturée. Le personnage de la mère de Nahla ne désire qu’une sécurité matérielle pour ses filles. Pour elle, c’est ce qui les rendra heureuses. Pour Madame Jiji, les services qu’elle propose ne sont que des soupapes de décompression. Elle résiste d’ailleurs dans un premier temps à la curiosité de la jeune fille, mais elle comprend aussi sa démarche. Et ce qui fait que ce film est réussi, c’est que Gaya Jiji ne prétend pas détenir la vérité, mais ne fait que s’interroger sur un malaise et y donne son point de vue.

Son film mérite d’être vu, ne serait-ce que pour découvrir un point de vue d’une Syrienne sur les mal-êtres de son pays, avec une vision enrichissante et plus méconnue.

 

Mon tissu préféré de Gaya Jiji, en salle le 18 juillet 2018. Ci-dessus la bande annonce.

 

 

 

 

 

 

 

Voir aussi

Astérix et Obélix : L'Empire de la Honte

Astérix et Obélix : L'Empire de la Honte

CRITIQUE / AVIS FILM - Malheureusement, l'accident industriel craint avec "Astérix et Obélix : L'Empire du Milieu" est bien arrivé. Cet accident prend la forme d'un cauchemar où rien n'est réussi, et où ses auteurs ont choisi pour tenter de rassembler le public un humour grossier ainsi qu'un défilé paresseux et insensé de "stars". On relève néanmoins un tour de magie intéressant : faire disparaître 65 millions d'euros en un claquement de doigts.