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Mossoul : génie formel pour tragédie moderne

Mossoul : génie formel pour tragédie moderne

CRITIQUE / AVIS FILM - Le scénariste Matthew Michael Carnahan fait ses premières armes avec "Mossoul", un film de guerre à l'action spectaculaire sur la bataille de Mossoul. Une réussite, disponible sur Netflix depuis le 26 novembre.

Mossoul a a priori tout de l'attirail musclé du film américain qui s'encanaille dans un conflit guerilla style. On jette un oeil et les crédits donnent une idée, avec les frères Russo à la production et un primo-réalisateur aux commandes, scénariste de métier. On pourrait être dans la configuration Tyler Rake - on y est en partie - mais en réalité la surprise est là, et de taille. Dans leur carrière post-Avengers, les frères Russo ont toute liberté. Libres de refaire s'ils le souhaitaient ce qu'ils ont déjà fait, ils ont plutôt choisi de développer des projets ambitieux et différents, en faisant monter au créneau une nouvelle génération de professionnels du cinéma hollywoodien. Pour Tyler Rake, c'était Sam Hargrave, chorégraphe de combats et coordinateur de cascades, à la réalisation. Pour Mossoul, c'est Matthew Michael Carnahan, scénariste de métier et à l'oeuvre notamment sur The Kingdom, World War Z et Dark Waters.

La bataille de Mossoul, une histoire indicible

Si Mossoul ne présente aucun effet retors de scénario et une narration simple et très directe, c'est dans le choix du sujet qu'on reconnaît l'oeil du scénariste. Il y a une histoire à raconter, simple dans son terrible mécanisme, directe dans sa brutalité et son horreur. Cette histoire est celle de la bataille de Mossoul, qui a eu lieu entre octobre 2016 et juillet 2017. S'y sont affrontés les combattants de l'État islamique, qui tenaient la ville depuis 2014, et les forces irakiennes alliés à une coalition internationale incluant notamment les États-Unis, la France, la Turquie, le Canada, etc.

On estime à environ 1500 morts les pertes du côté de cette coalition, et plusieurs milliers dans les rangs de l'État islamique. Maison par maison, quartier par quartier, les combats font rage et laissent la ville en ruines, avec presque un million de civils déplacés.

Mossoul
Suhail Dabbach “Major Jaseem” et Adam Bessa “Kawa" dans "Mossoul" Cr. JOSE HARO/NETFLIX © 2020.

Mossoul raconte, dans les derniers jours de la reconquête de la ville, la mission d'un groupe d'élite de la police de Mossoul, le Nineveh SWAT Team. Pour découvrir qui sont ces hommes et ce qu'ils font, on suit le jeune Kawa (Adam Bessa), jeune policier sauvé in extremis par le Nineveh SWAT Team et leur chef, le major Jaseem (Suhail Dabbach). Comme l'introduit le film, le Nineveh SWAT Team n'a jamais cessé de se battre contre l'EI et a tué tellement de ses combattants qu'ils sont les seuls à ne pas se voir offrir le choix de rejoindre l'EI en cas de capture, et sont sommairement exécutés. Kawa les rejoint, et va vivre avec eux les combats pour libérer leur ville, et espérer rejoindre leurs familles.

Une plongée haletante dans des combats acharnés

Caméra nerveuse à l'épaule, le cadre nous emporte au plus près de ces hommes aguerris mais en manque de tout : de munitions, de soins, et aussi de légitimité. En dépit du cadre conventionnel qui les oblige à combattre aux côtés des forces régulières, ils ne font confiance à personne et agissent de leur propre chef. Ainsi craints également par les combattants de l'EI que par les soldats irakiens, ils traquent et tuent sans relâche sur leur chemin. Matthew Michael Carnahan réussit un film d'action spectaculaire et haletant, sans laisser une seconde de répit. Aucune longueur, aucun dialogue superflu qui viendrait détourner les hommes de leur mission ou le spectateur de l'écran, complètement embedded avec le Nineveh SWAT Team.

Mossoul
Qutaiba Abdelhaq "Kamal" et "Suhail Dabbach “Major Jaseem." Cr. JOSE HARO/NETFLIX © 2020.

Tourné en partie avec des acteurs de la région et quelques têtes un peu plus connues (le franco-tunisien Adam Bessa, déjà dans Tyler Rake, et l'acteur irakien Suhail Dabbach), parlé entièrement dans le dialecte local, Mossoul est d'un réalisme remarquable. L'armement, les véhicules, les intérieurs et les extérieurs détruits, la poussière omniprésente des gravats et des tirs... Tout témoigne du soin maniaque apporté à la reconstitution. Violent sans jamais être gratuit, aride à l'extrême, Mossoul nous plonge sans ménagement dans une langue, un endroit et une psychologie qu'on ne connaît que mal. Habitué à ses héros, ses guerres et ses enjeux, le public occidental se prend logiquement une claque tant sur l'action que sur la dimension presque documentaire de ce qu'a été la bataille de Mossoul, et le sacrifice d'une génération d'hommes pour libérer leur ville et leurs familles.

On ne voit pas le temps passer, mais on sort du visionnage épuisé, choqué, et le coeur un peu lourd. Mossoul a cette qualité : sans y prétendre par des jolis mots et de louables intentions, il réussit à nous faire vivre un conflit militaire dont l'extrême gravité n'a d'égale que sa difficulté à être abordé. Le califat auto-proclamé par l'État islamique entre 2014 et 2019 sur les territoires qu'il contrôlait en Irak et en Syrie est une des tragédies modernes les plus dramatiques, dont la folie terroriste a frappé et frappe encore le monde entier. Une réalité et une horreur encore difficile à concevoir, mais avec une économie de mots, seulement au vu et au son des tirs et des explosions qui ravagent Mossoul, le film de Matthew Michael Carnahan et des frères Russo finit par faire naître une profonde émotion et le souvenir impérissable du destin de ces hommes.

Mossoul, disponible le 26 novembre sur Netflix. La bande-annonce ci-dessus. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

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