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Nevada : dompter la colère

CRITIQUE / AVIS FILM – « Nevada », premier long-métrage de la réalisatrice Laure de Clermont-Tonnerre avec Matthias Schoenaerts, est un film remarquable qui donne à voir les conséquences positives d’une connexion miroir entre un prisonnier et un cheval.

Pour son premier long-métrage Nevada, la réalisatrice Laure de Clermont-Tonnerre n’a pas vraiment choisi la facilité : un film tourné par une Française aux États-Unis, en anglais, dans le milieu carcéral et avec des chevaux. Et elle a bien fait de prendre tous ces risques car le résultat est une réussite, un véritable moment de grâce malgré la rugosité du sujet. Il faut dire qu’elle a été encouragée lors des ateliers du Lab scénario du Festival de Sundance, par son fondateur Robert Redford, l’homme qui murmurait lui-même à l’oreille des chevaux. La réalisatrice, rencontrée lors de la présentation de son film à Bordeaux, dit que « l’acteur a été touché par ce sujet de la thérapie animale en prison et est intervenu à plusieurs étapes du film, avec un titre de producteur exécutif plus proche du parrainage créatif, car il n’a pas mis d’argent ».

La force indéniable de Nevada est l’authenticité, sans pathos ni cliché, qui s’en dégage. Mais cela n’a rien d’étonnant puisque pendant près de cinq ans la réalisatrice, qui s’intéresse depuis longtemps aux thématiques de l’enfermement, a choisi une approche immersive. Elle s’est documentée et s’est nourrie des histoires que lui ont raconté des prisonniers du Nevada ou de Californie. Ils lui ont parlé des thérapies qu’ils ont pu expérimenter, dont ces fameux programmes de deuxième chance qui existent dans six états américains.

Critique Nevada : dompter la colère

La première scène de Nevada est grandiose : on y voit des mustangs passer de la liberté à la prison, guidés par un hélicoptère vers des enclos que des hommes referment. Ces chevaux sauvages se retrouvent dans une prison du Nevada, dans le cadre d’un programme de dressage par des prisonniers avant d’être vendus aux enchères. Et le comble, c’est que ce sont souvent des policiers qui les achètent pour patrouiller le long des frontières mexicaines et pourchasser les migrants. Un « clin d’œil politique à ce pays qui offre des contrastes moraux, narratifs et visuels effarants », que la réalisatrice a souhaité ne pas trop appuyer.

Un animal qui fait découvrir à un homme sa part d’humanité

L’un des chevaux capturés est plus que rebelle et personne ne semble réussir à l’approcher, sauf Roman encouragé par Myles (Bruce Dern), le responsable du programme. Laure de Clermont-Tonnerre a offert le rôle de Roman à Matthias Schoenaerts, car il donne à son personnage « une opacité et un mystère qu’il arrive à transpercer de façon très brute et très inattendue ». De Roman et de l’acte qui l’a mené dans cette prison, on ne saura pas grand-chose, si ce n’est à la toute fin quand toutes les vannes auront sauté. De lui, on ne retient que sa colère, sa violence et son silence. Un silence dans lequel il semble s’être réfugié, tout à son refus de parler avec la psychologue de la prison (Connie Britton) ou même avec sa fille enceinte Martha (Gideon Adlon), qui vient le visiter. Il se tient à l’écart de ses congénères, comme en suspens de sa propre vie qui n’en n’est plus une.

Car ce qui importe dans Nevada, ce n’est pas vraiment la raison de sa présence dans cette prison, mais bien son devenir. On sait bien que la violence de la prison broie les hommes et que leur vie ne sera plus jamais la même après. Aussi, lorsque Roman se voit proposer à sa sortie de quartier d’isolement la possibilité de suivre ce programme de thérapie animale, il se dit qu’il n’a rien à perdre. Nevada, c’est donc la rencontre de deux prisonniers potentiellement dangereux qui s’approchent l’un de l’autre. Peut-être se sont-ils reconnus comme semblables ?

Critique Nevada : dompter la colère

L’un est responsable de son enfermement et son comportement se rapproche de plus en plus de l’animal. L’autre est captif par la faute des hommes mais va au fur et à mesure accepter de faire entrer Roman dans son territoire. Bien sûr, cet apprivoisement entre un homme et un animal n’est pas nouveau, mais celui-ci, malgré quelques résistances, mène à une confiance et un respect réciproques, à l’apprentissage de la patience et de la maîtrise de soi.

La réalisatrice avait envie de montrer « par ces petites gouttes de poésie dans un monde agressif, la façon dont un homme peut repenser sa trajectoire à travers un dialogue invisible, où tout passe par le corps et donc par l’émotion ». Car pour Roman, il s’agit de revenir à l’instinct. Mais pas cet instinct qui n’entrevoit que le danger et consiste avant tout à se protéger d’autrui, quitte à donner le premier coup de sabot. Mais bien à cette part de l’instinct que chacun possède, celle qui mène à la confiance et à l’ouverture du cœur. Nevada se révèle donc un film émouvant qui invite au voyage dans des paysages majestueux mais aussi au voyage intérieur d’une âme meurtrie qui retrouve son chemin à nouveau porteur d’espoir et d’humanité.

 

Nevada de Laure de Clermont-Tonnerre, en salle le 19 juin 2019. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

Pour son premier long-métrage Nevada, la réalisatrice Laure de Clermont-Tonnerre n’a pas vraiment choisi la facilité : un film tourné par une Française aux États-Unis, en anglais, dans le milieu carcéral et avec des chevaux. Et elle a bien fait de prendre tous ces risques car le résultat est une réussite, un véritable moment de grâce malgré la rugosité du sujet. Il faut dire qu’elle a été encouragée lors des ateliers du Lab scénario du Festival de Sundance, par son fondateur Robert Redford, l’homme qui murmurait lui-même à l’oreille des chevaux. La réalisatrice, rencontrée lors de la présentation de son…

Conclusion

Note de la Rédaction

"Nevada" donne à voir une rencontre bouleversante et porteuse d'espoir entre un homme et un cheval privés de liberté.

Note spectateur : 0.9 ( 1 votes)
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