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Night in Paradise : la violence insipide du monde

Night in Paradise : la violence insipide du monde

CRITIQUE / AVIS FILM - Sous ses airs de film de gangsters à la violence désincarnée, "Night in Paradise" se révèle en drame sombre et pessimiste sur un truand exilé et accompagné d'une femme tout aussi désespérée.

Night in Paradise : un truand en exil

Jusqu'à présent le réalisateur Park Hoon-jung n'était pas vraiment convaincant. Avec des grosses productions comme V.I.P, The Tiger ou encore The Witch part 1, le cinéaste a proposé des films lourds et peu originales. V.I.P est peut-être le meilleur exemple, puisqu'il s'agit d'un thriller des plus classique qui tombe presque dans la caricature du polar coréen qui ne parvient plus à se renouveler. Avec Night in Paradise, Park hoon-jung remonte étonnamment un peu dans notre estime.

On découvre Tae-gu (Um Tae-goo), un truand que le chef d'une bande rivale veut recruter. Après avoir refusé l'offre, sa sœur et sa nièce sont tués. Sa vengeance ne se fait pas attendre. Mais s'attaquer à un boss oblige ensuite Tae-gu à aller se cacher sur l'île de Jeju pendant que les gangs continuent de faire couler le sang. Durant son exil, il rencontre Jae-yeon qui a perdu l'envie de vivre, étant déjà condamnée. Ainsi Night in Paradise alterne entre un monde violent et une certaine délicatesse dans la relation naissante entre ces deux personnages isolés sur l'île.

Un faux film de gangsters qui cache un sombre drame

Park Hoon-jung filme dans Night in Paradise quelques séquences d'une violence extrême mais assez courtes. Des combats à l'arme blanche, à la fusillade finale et en passant par une course poursuite, toutes ces scènes apparaissent expédiées et marquées par une violence gratuite. Une gratuité qui est totalement assumée et donne au film son ton pessimiste. Il n'y a qu'à voir la fusillade dans une cabane de l'île où un tueur russe élimine sa cible tout en étant lui-même criblé de balles. Les deux corps s'écroulent alors comme pour traduire d'un sentiment de lassitude général.

Ou encore cette scène sanglante dans un sauna durant laquelle Tae-gu élimine les hommes les uns après les autres sans afficher la moindre émotion, et finissant son travail en hors-champ. Et on le comprend d'autant plus avec les derniers plans du film montrant la vie qui suit son cours après une succession de massacre. Comme si tout cela n'avait finalement pas d'importance.

Night in Paradise
Night in Paradise ©Netflix

Ainsi, on comprend que l'intérêt est ailleurs. Dans le lien qui va unir Tae-gu et Jae-yeon. On sent d'ailleurs que le cinéaste ne s'intéresse pas tant que ça à l'aspect polar du film. En atteste l'histoire des gangs sans intérêt et dans laquelle il nous plonge sans offrir la moindre amorce. À l'inverse, c'est tout l'aspect dramatique qui se joue sur l'île qui gagne en profondeur, bien que la subtilité ne soit pas toujours au rendez-vous. Dans leur malheur et en évoluant dans un monde brutal désabusé, Tae-gu et Jae-yeon se rapprochent avec des sentiments pudiques, jamais totalement exprimés. Comme si chacun offrait simplement une échappatoire à l'autre mais de courte durée. L'espoir n'étant pas permis dans Night in Paradise.

Night in Paradise
Night in Paradise ©Netflix

De plus, notons le choix, a priori pas anodin, de placer le gros de l'intrigue de Night in Paradise sur l'île de Jeju. Située au sud de la Corée, il s'agit d'une province autonome spéciale qui a connu une forte répression lors du soulèvement de Jeju à la fin des années 1940. Des massacres qui ont longtemps été cachés, jusqu'à la fin de la dictature militaire en 1987. Une violence du passé (coréen et de Jae-yeon) et donc toujours omniprésente à laquelle Park Hoon-jung n'offre aucune solution. Un pessimisme profond caractéristique du cinéma coréen et qui, à défaut de pouvoir faire du réalisateur un grand auteur, interroge sur l'avenir.

 

Night in Paradise de Park Hoon-jung, sur Netflix le 9 avril 2021. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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