Nos âmes d’enfants : Joaquin Phoenix dans un drame bouleversant

Un très beau film

Nos âmes d’enfants : Joaquin Phoenix dans un drame bouleversant

CRITIQUE / AVIS FILM - Dans "Nos âmes d'enfants" de Mike Mills, Joaquin Phoenix fait face au caractère original et complexe d'un jeune garçon porté par le très touchant Woody Norman.

L'œuvre personnelle de Mike Mills

Avec Beginners (2011), Mike Mills s’inspirait de son père et son coming out à 75 ans, peu de temps avant son décès. Pour son film suivant, 20th Century Women (2017), c’est du côté de sa mère et dans ses souvenirs d’enfance qu’il est allé puiser. Pour Nos âmes d’enfants, son nouveau long-métrage, Mike Mills a utilisé cette fois son expérience de père (il a eu un enfant en 2014) pour poursuivre son observation des relations parent/enfant. Il met ici en scène Joaquin Phoenix, journaliste en plein reportage sur la jeunesse issue de l’immigration et sa vision de l’avenir. Il va devoir mettre de côté New York et ses interviews pour se rendre quelques jours à Los Angeles afin de garder son neveu. Sa sœur étant occupée à interner son compagnon bipolaire dans une clinique, Johnny se retrouve en charge du jeune Jesse (Woody Norman), un garçon original, au caractère imprévisible.

Nos âmes d'enfants
Nos âmes d'enfants ©Metropolitan FilmExport

Jamais Mike Mills n’associe Jesse à une maladie ou à un état précis. Celui-ci est-il lui aussi bipolaire, hypersensible, TDAH, ou autre ? Au fond, peu importe. Il est d’humeur changeante, se questionne sur la vie, s’inquiète du monde autour de lui, se lance parfois dans des jeux sordides où il s’imagine être un orphelin, et peut piquer une colère sans raison apparente. Un enfant parfois extrêmement mature, et d’autres fois en pleine régression. Difficile alors pour Johnny de le suivre. Mais il devra pourtant faire avec, assurant comme il peut ce rôle d’adulte.

Emouvant Nos âmes d'enfants

Une des premières qualités de Nos âmes d’enfants est alors de ne pas chercher à faire de l’adulte un super-héros. Au contraire, Mike Mills est dans une recherche de vérité réaliste. Pour cela, il filme, dans un noir et blanc pas désagréable et qui ne tombe pas dans le prétentieux, son duo entre Los Angeles et New York. Il adopte une mise en scène simple mais maîtrisée qui privilégie ses personnages. Ainsi, par des moments précieux qu’il parvient à capter, il en fait oublier les acteurs qu’il dirige, et même la caméra qu’il manipule. Nous sommes aux côtés de Johnny et de Jesse dans des moments de complicité, de partage, durant lesquels l’un comme l’autre apprend à se connaître, à dévoiler ses faiblesses, ses craintes.

Nos âmes d'enfants
Nos âmes d'enfants ©Metropolitan FilmExport

Le réalisateur touche à une forme d’authenticité extrêmement touchante. Notamment en faisant intervenir la sœur de Johnny (Gaby Hoffmann, juste et émouvante), qui tentera de rassurer par téléphone son frère dans les moments les plus délicats. L’un des passages les plus drôles et émouvant de Nos âmes d’enfants intervient par exemple lorsqu’elle raconte sa propre expérience, son envie d’exploser lorsque son fils parle en boucle jusqu’à la rendre folle.

À cet instant, Mike Mills fait preuve d’une justesse remarquable. Il témoigne là de toute la complexité à élever un enfant et de vivre avec ses propres sentiments ambivalents. D’autant plus lorsque l’enfant a lui-même des émotions variées qu’il ne comprend pas. Il fait alors de Gaby Hoffmann une mère comme une autre, pleine de bonté et d’amour, mais qui ne peut cacher ses limites. Le tout en gardant une certaine pointe d’humour propre à la vie. Un mélange de drame et de comédie qui nous accompagne constamment.

Du grand Joaquin Phoenix

Enfin, il est bien intelligent de la part de Mike Mills de ne pas avoir fait de Joaquin Phoenix un irresponsable découvrant ce qu’est être adulte. Dans Nos âmes d’enfants, le comédien réalise encore une fois une excellente prestation. Sa fragilité qu’il cache derrière un physique solide n’en est que plus poignante. On est alors sous le choc de le voir s’écrouler au sol dans un moment de fatigue. Comme si c’était notre propre père qui laissait entrevoir pour la première fois une faiblesse.

Avec lui, et avec le jeune Woody Norman tout aussi remarquable, Nos âmes d’enfants fait autant sourire que pleurer car il touche à un vécu – direct ou indirect – et donne une place importante à l’enfant pour mieux le cerner. Que ce soit Jesse, ou les jeunes du reportage de Johnny, qui ont tous un regard pertinent sur le monde adulte. En ressort un film bouleversant fait d’émotions pures comme on en avait trop peu ressenties ces derniers temps au cinéma.

Nos âmes d'enfants de Mike Mills, en salle le 26 janvier 2021. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

Voir aussi

Leila et ses frères : destruction d'une famille en plein gouffre social

Leila et ses frères : destruction d'une famille en plein gouffre social

CRITIQUE / AVIS FILM - Après "La Loi de Téhéran", Saeed Roustaee s'intéresse au malheur d'une famille iranienne avec "Leila et ses frères", nouvelle observation terrible d'un pays en crise et socialement en panne.