Nos frangins : un drame sur la mort de Malik Oussekine et d'Abdel Benyahia

Nos frangins : un drame sur la mort de Malik Oussekine et d'Abdel Benyahia

CRITIQUE / AVIS FILM - Rachid Bouchareb revient sur la mort de Malik Oussekine et d'Abdel Benyahia avec "Nos frangins". Un drame porté par des interprètes magistraux, mais qui ne creuse malheureusement pas suffisamment son sujet.

Nos frangins : un film contre l'oubli

Après un malheureux passage par la comédie avec Le Flic de Belleville, Rachid Bouchareb revient au drame avec Nos frangins. Le film raconte les événements de la nuit du 5 au 6 décembre 1986 et des jours qui ont suivi. Alors qu'il sort d'un concert de Nina Simone, Malik Oussekine se retrouve dans un mouvement de foule lié aux manifestations étudiantes et meurt sous les coups de voltigeurs. La même nuit, Abdel Benyahia s'interpose pendant une bagarre dans un bar et est abattu par un policier ivre.

Le long-métrage raconte la manière dont leurs proches ont appris ces décès, que les forces de l'ordre ont volontairement tardé à annoncer avant de tenter d'étouffer les bavures, en particulier dans l'affaire Oussekine. Cette dernière, oubliée pendant plusieurs années, a récemment fait l'objet d'une excellente série créée par Antoine Chevrollier, Oussekine, sortie en mai 2022 sur Disney+.

Nos frangins
Sarah Oussekine (Lyna Khoudri) - Nos frangins ©Le Pacte

Nos frangins se rapproche de ce programme dans sa volonté de rappeler l'importance de ces faits tragiques et de permettre au spectateur de les mettre en perspective avec des cas similaires survenus ces dernières années. Mais au-delà de cette ambition politique, le film met l'accent sur la douleur des proches de Malik Oussekine, mais aussi de ceux d'Abdel Benyahia.

Une interprétation magistrale...

Le long-métrage offre ainsi plusieurs séquences poignantes, à commencer par celle où Sarah (Lyna Khoudri) et Mohamed Oussekine (Reda Kateb) s'effondrent devant le corps de leur petit frère, ainsi que celle où le père d'Abdel (Samir Guesmi) apprend la mort de son fils après plusieurs heures d'incertitude. Les trois interprètes sont parfaits, livrent chacun une performance pleine de pudeur et ne tombent jamais dans la maladresse.

Nos frangins
Daniel Mattei (Raphaël Personnaz) - Nos frangins ©Le Pacte

Si Raphaël Personnaz est tout aussi juste, son personnage laisse cependant dubitatif. Le policier qu'il incarne suit d'abord les ordres de ses employés avant de se remettre en question. S'il essaie de le rendre trouble, Rachid Bouchareb ne le creuse malheureusement pas suffisamment pour lui donner une véritable épaisseur et mettre en avant ses nuances.

... pour un drame trop didactique

Les intentions du cinéaste sont claires et perceptibles, mais le film manque de développement, de consistance et souffre de la comparaison avec la série Oussekine. Ce format a permis à Antoine Chevrollier de proposer des portraits intimes et bouleversants de la famille de Malik Oussekine, ce que Nos frangins cherche à faire mais ne le réussit pas toujours.

Nos frangins
Le père d'Abdel (Samir Guesmi) - Nos frangins ©Le Pacte

Le film remet évidemment en lumière une affaire longtemps mise de côté, montre la dignité des proches, ne tombe à aucun moment dans le misérabilisme, essaie de montrer les réactions politiques ainsi qu'une partie des témoignages des policiers impliqués dans la mort de Malik. Ces deux derniers sujets sont hélas simplement effleurés et la fin du drame laisse un goût d'inachevé.

L'aspect pédagogique de Nos frangins est certes important, le long-métrage rapportant avec précision le déroulement de la nuit du 5 au 6 décembre 1986, mais ce sentiment d'incomplétude l'empêche d'avoir la puissance émotionnelle qu'il recherche.

Nos frangins de Rachid Bouchareb, en salles le 7 décembre 2022. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

Voir aussi

Pour la France : un combat pour la dignité avec Karim Leklou

Pour la France : un combat pour la dignité avec Karim Leklou

CRITIQUE / AVIS FILM – "Pour la France" de Rachid Hami, immerge avec pudeur le spectateur dans la vie d’une famille brisée par un drame survenu dans une institution militaire. Avec Karim Leklou, Shaïn Boumedine et Laurent Lafitte.