Notre dame : éloge de la folie douce

Notre dame : éloge de la folie douce

CRITIQUE / AVIS FILM - Le film de Valérie Donzelli sort le 18 décembre et aura fort à faire face à "Star Wars : l'ascension de Skywalker". Mais "Notre dame" a tout pour réussir. Drôle, réjouissant et touchant, sa légèreté et sa poésie sont d'autant plus remarquables que le film veut réparer des blessures, certaines partagées et d'autres plus personnelles.

Quatre ans après Marguerite et Julien, Valérie Donzelli revient au cinéma, derrière et devant la caméra de Notre dame. Un retour réussi, après un échec que la réalisatrice ne cache pas avoir très mal vécu. Notre dame est ainsi, dans son sujet, une histoire de reconstruction, de retrouvailles, d'une tentative drôle et enthousiaste de recoller plein de morceaux.

Valérie Donzelli y incarne Maud Crayon, une architecte débordée, mère de deux enfants, partagée entre son ex-compagnon un peu parasite et l'opportunité d'une nouvelle rencontre. Sur un malentendu, ou plutôt une séquence fantastique et joliment absurde, elle se retrouve gagnante du concours du réaménagement du parvis de la cathédrale Notre-Dame.

Un film de réconciliation

Preuve de sa qualité, Notre dame peut faire penser, dans sa réjouissance et sa subtile bonté, au Fabuleux destin d'Amélie Poulain. Valérie Donzelli parvient à toucher le public dans sa fibre humaniste et patriotique locale, en organisant autour de l'édifice religieux un vertige de petites folies auxquelles personne ne peut rester insensible. Mais preuve aussi que ce film est unique et autonome, il ne ressemble en rien à la philosophie et à la cinématographie du film de Jean-Pierre Jeunet. Le centre de Paris remplace Montmartre et, surtout, Paris porte les stigmates des dures années passées. Et si Amélie réparait les gens autour d'elle, Maud veut se réparer, elle.

Dans ce Paris où l'incendie n'a pas encore eu lieu, les tensions sont palpables. Les informations diffusent en continu des nouvelles absurdes ou catastrophiques, et les gens se giflent dans la rue sans aucune raison. Les premières séquences du film sont très réussies, avec une exposition très drôle et pas si invraisemblable. Le pays est en crise, le patron de Maud Crayon est un type détestable (Samir Guesmi), et elle survit tant bien que mal à son quotidien, à peu près séparée mais encore encombrée du père de ses deux enfants, Martial (Thomas Scimeca), qui n'arrive pas à se détacher. Et en plus de retomber par hasard sur un amour de jeunesse, le journaliste Bacchus Renard (Pierre Deladonchamps), elle se retrouve enceinte sans crier gare.

Il y a une fantaisie admirable dans Notre dame, des personnages haut en couleurs, que la caméra suit dans des actions qui s'apparentent presque à des danses, tels des tourbillons qui fusionneraient pour créer une folie douce et agréable. Martial est souvent nu, passant de la Bourgogne à Paris comme il passe du lit au canapé, incapable de s'éloigner vraiment. Bacchus est resté l'amoureux éconduit, décidé à reconquérir le cœur de Maud. Il y a aussi le collègue de Maud, Didier (Bouli Lanners), sa sœur Coco (Virginie Ledoyen), sérieuse mais aussi espiègle, la maire de Paris un peu haut perchée et son adjoint (Isabelle Candelier et Philippe Katerine), l'avocate de Maud et son assistante (Claude Perron et Pauline Serieys). Tous ensemble, et c'est la force du film, ils créent un monde et des relations d'où se diffuse une réelle poésie. Il y a une séquence de pure comédie musicale sur l'uberisation, avec une vraie chorégraphie, une autre où les personnages chantent...

Notre dame, une ville et une femme ensemble

Notre dame est un film très plaisant, réconfortant, et il y a un art véritable dans ce film, de la poésie dans l'image et les visages, des dialogues incarnés où on aborde avec optimisme des gravités : la solitude, une grossesse surprise, les échecs personnels et professionnels, la peur des attentats, etc.

Alors que le film était au montage, Notre-Dame a brûlé. Un événement inconcevable qui a pourtant bien eu lieu. Hommage involontaire à la cathédrale, Notre dame parle de ces deux échelles de vie : celle de la collectivité d'une grande ville, Paris, et celle de Maud, une femme pas vraiment seule mais pas vraiment accompagnée, une femme imparfaite, comme tout le monde, mais qui veut faire de son mieux et qui décide de renaître. Comme le titrait Libération le 16 avril 2019, "Notre Drame" est, rétrospectivement, bien plus qu'une toile de fond, et comme chez Victor Hugo c'est un véritable personnage, une présence à la fois tendre et écrasante. C'est ainsi, aussi, un film sur Paris comme il s'en fait de plus en plus rares.

Très drôle et souvent touchant, Notre dame a quelque chose d'universel, dans les choix et les accomplissements de Maud Crayon. On ne l'avait pas encore mentionné, mais Valérie Donzelli est une actrice formidable, et elle sait parfaitement comment s'écrire et se diriger. Revenue à un matériau qu'elle connaît bien, mélangeant l'autobiographie et l'observation de ses semblables, et en revenant aussi à l'image, la réalisatrice montre que son talent est intact, et qu'il est considérable.

 

Notre dame, de Valérie Donzelli. Le 18 décembre au cinéma. La bande-annonce ci-dessus. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

Conclusion

Note de la rédaction

Valérie Donzelli réalise un excellent feel good movie à la française, c'est-à-dire avec suffisamment d'intelligence et d'irrévérence pour toucher profondément à la tête et au coeur. Poétique, flirtant élégamment avec l'absurde, "Notre dame" est une très belle réussite.

Note spectateur : 0.33 (2 notes)