Novembre : Cédric Jimenez fait son "Zero Dark Thirty"

Novembre : Cédric Jimenez fait son "Zero Dark Thirty"

CRITIQUE / AVIS - FILM - Après "Bac Nord", Cédric Jimenez s'intéresse avec "Novembre" à la traque des terroristes responsables des attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Un sujet délicat qu'il aborde sous la forme d'un film d'enquête tendu.

Un sujet délicat pour Cédric Jimenez

Lors de la 74e édition du Festival de Cannes, Cédric Jimenez avait présenté Bac Nord hors compétition. Malgré une polémique née d'une remarque d'un journaliste irlandais en conférence de presse, le réalisateur était encore présent sur la Croisette pour la 75e édition avec Novembre (toujours hors compétition). Un nouveau long-métrage sur un sujet encore plus délicat : les attentats du 13 novembre 2015 à Paris marqués par trois explosions aux abords du Stade de France et plusieurs fusillades dans des rues des 10e et 11e arrondissements, ainsi qu'au Bataclan.

Novembre
Novembre ©StudioCanal

En France, il semble y avoir souvent une réticence à revenir, par le cinéma, sur de tels événements tragiques, là où le cinéma américain a cette capacité à réagir rapidement - une acceptation différente du public américain peut-être. On l'a vu par exemple avec le 11 septembre 2001 et le film World Trade Center d'Oliver Stone qui sortait cinq ans après, en 2006. Novembre sort lui sept après mais, pour certains, son intention ne pourrait être louable.

Cela aurait peut-être pu s'entendre si, en effet, le réalisateur s'était focalisé sur les victimes avec une approche de divertissement sordide. Ce n'est pas le cas puisque Cédric Jimenez met en scène l'après. Il se concentre sur les quelques jours qui ont suivi, lors desquels les équipes de l'antiterrorisme ont traqué les commanditaires pour éviter une autre attaque.

Novembre, l'histoire d'une traque avant tout

Cédric Jimenez aurait pu aborder ce sujet brûlant de plusieurs manières. Alice Winocour (dont le frère était au Bataclan) a par exemple opté pour le point de vue des survivants avec son film Revoir Paris (sorti le 7 septembre 2022). Le cinéaste a lui fait de Novembre un film policier intense autour de l'enquête.

S'évitant une prise de risque inutile, le réalisateur n'a pas reproduit les terribles événements que l'on connaît, mais il nous fait vivre l'affaire aux côtés des enquêteurs, et uniquement dans leur investigation. S'il fallait trouver un équivalent à Novembre dans son intention, cela serait certainement Zero Dark Thirty (2013) de Kathryn Bigelow, sur la traque d'Oussama ben Laden qui dura huit ans.

Novembre
Novembre ©StudioCanal

Mais le récit qui nous est conté ici se déroule sur quelques jours. Il y a logiquement une urgence à retranscrire, ce que fait parfaitement le réalisateur. On découvre ainsi les effectifs qui se mobilisent à tous les niveaux. De "simples" policiers en filature jusqu'aux plus hauts décisionnaires en passant par différents enquêteurs. On passe d'un protagoniste à un autre dans un chaos ambiant somme toute logique. Et même si l'ensemble du casting est plus que convaincant, le réalisateur ne cherche pas à en faire briller un plus qu'un autre, présentant le groupe avant l'individu.

Lyna Khoudri et les autres

De cet ensemble, ressort tout de même une personne déterminante dans cette affaire qui aura permis d'empêcher un autre attentat de se produire. Il s'agit de Sonia (un pseudonyme) qui donna les renseignements nécessaires pour localiser le terroriste Abdelhamid Abaaoud, chef du commando du 13 novembre. Brillamment interprétée par Lyna Khoudri, celle-ci est présentée par Jimenez comme une héroïne tragique proche de subir les défauts d'un système (à la manière du personnage de Kenza Fortas dans Bac Nord).

Elle est celle par qui le spectateur trouvera le plus d'émotion. Les forces de l'ordre montrées à l'écran étant, dans leur grande majorité (à l'exception peut-être d'Anaïs Demoustier et Jean Dujardin), limitées à leur fonction car totalement investies dans une mission de la plus grande importance et durant laquelle la vie intime n'a pas sa place.

Novembre
Sonia (Lyna Khoudri) - Novembre ©StudioCanal

Avec Novembre, Cédric Jimenez fait parler également ses qualités de metteur en scène, trouvant le juste équilibre entre une certaine forme de "spectacle" et un profond réalisme - tout en se permettant des écarts avec la réalité qu'il est bon de rappeler. Il y a ainsi du vrai cinéma dans cette filature tendue d'Anaïs Demoustier, ou encore et surtout lors de ce final fracassant dans les détonations assourdissantes des fusils d'assaut.

Du début à la fin, le réalisateur nous fait ressentir l'intensité constante de cette course contre-la-montre. Privilégiant l'efficacité à l'affect, Novembre est à l'image du travail mis en place durant ces cinq jours et une représentation juste des personnes impliquées.

Novembre de Cédric Jimenez, en salles le 5 octobre 2022. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces. Le film était présenté en avant-première au Festival de Cannes 2022.

75e festival de Cannes - Montée des marches de Novembre
75e festival de Cannes - Montée des marches de Novembre ©Isabelle Vautier pour cineseries.com

 

 

 

 

 

 

 

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