Ogre : promenons-nous dans les bois

Ogre : promenons-nous dans les bois

CRITIQUE / AVIS FILM - Presque malgré lui, Arnaud Malherbe en appelle au souvenir du "Labyrinthe de Pan" avec "Ogre", conte fantastique avec Ana Girardot dans lequel un enfant pense être la cible d'une terrible créature.

Conte fantastique pour adultes

Bien qu’elle ne soit pas intentionnelle de la part du réalisateur Arnaud Malherbe, la première référence qui vient en tête devant son premier long-métrage Ogre est probablement Guillermo del Toro. Et plus particulièrement son magnifique Le Labyrinthe de pan. Dans les deux, tout part d’un enfant. Chez le réalisateur mexicain, il y a la jeune Ophelia, en pleine guerre d’Espagne et à qui on impose un général franquiste comme beau-père. Pour s’échapper de la terreur du monde humain et rejoindre un monde dans lequel elle serait une princesse, elle doit passer des épreuves avec différentes créatures.

Chez le Français Arnaud Malherbe, il est question de Jules (Giovanni Pucci) qui arrive avec sa mère Chloé (Ana Girardot) en pleine campagne dans un village reclus. Un endroit quasi-fantomatique, voire oublié des institutions du pays, où les habitants se comptent par dizaine, et marqué par la disparition d'un enfant et la mort de bêtes, dévorées soi-disant par un loup.

Ogre
Ogre ©The Jokers

Si on rapproche les deux films, outre pour leur situation similaire (un enfant et sa mère dans un nouveau lieu), c’est par leur utilisation du fantastique. Jules va être confronté à une créature terrifiante : un ogre. À l'image du faune de Del Toro, ce monstre est-il réellement dans sa chambre, ou une simple représentation des craintes d’un enfant choqué par un passé violent ? Chloé ayant fui un mari violent, la seconde hypothèse est aussitôt envisagée. Mais Arnaud Malherbe garde ses portes ouvertes, et surtout laisse au spectateur le choix.

Ainsi, comme Ophelia, Jules fera face au monstre et aura avec lui, non pas des fées, mais des volatiles en guise d’alliés. De même, on retrouve l’utilisation d’éléments de la réalité pour appuyer le fantastique. C’est ici le cas avec le handicap de Jules. Atteint de surdité, il dispose d’un appareil auditif qu’il éteint régulièrement pour se couper du monde. Un objet qui devient son bouclier. Mais également une sorte d’élément déclencheur pour faire apparaître l’ogre.

Une mise en scène qui domine

Dès lors, Arnaud Malherbe n’a pas peur de plonger à fond dans le fantastique avec Ogre. De montrer cette créature (vraiment effrayante !) et de confronter Jules à des événements surnaturels, dans la maison ou l’inquiétante forêt aux alentours. Un choix osé et risqué qu’on soutient malgré des défauts. Avec Ogre, il tente le coup. Il va au bout dans ses idées visuelles, quitte à se prendre parfois les pieds dans le tapis. C’est finalement davantage du côté du scénario que le film peut décevoir, car il laisse en route des pistes qui auraient pu être davantage développées. On sent également parfois que des plans imaginés prévalent sur une certaine cohérence.

Mais ces approximations sont finalement pardonnables si tant est qu'on se laisse happer par l'ambiance d'Ogre. Une tension qui se fait ressentir par le point de vue de l’enfant, et par des effets sensoriels. Des sons amplifiés ou au contraire assourdis (logique étant donné la condition de Jules), des gros plans sur les visages, des sensations ressenties avec les corps qui se touchent… Un malaise constant mis en place par le cinéaste, qui cherche aussi à sortir des moments d’une grande beauté, tragiques et lourds de sens. Comme lorsque Chloé partage son premier baisé avec le médecin du village (Samuel Jouy). Un moment tendu, mais sublime avec cette larme qui coule et se balade le long de la joue d’Ana Girardot. La comédienne est d’ailleurs, sans surprise, extrêmement juste dans chacune des émotions qu’elle doit fournir avec ce personnage d'une vraie profondeur.

Arnaud Malherbe propose donc avec Ogre un conte fantastique pour adulte qui joue sur nos peurs enfantines. On pense à Hansel et Gretel quand Jules refuse de trop manger de peur d’attiser l’envie de cette créature dévoreuse d’enfants. Mais également au Grand Méchant Loup, qui peut trouver son incarnation avec ce médecin charmeur et inquiétant. Ce sera du moins la position de Jules, pour qui tout est bien réel. Libre alors à chacun d’accepter avec lui le fantastique ou non.

Ogre d'Arnaud Malherbe, en salle le 9 mars 2022.

 

 

 

 

 

 

 

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