Old : la peur du temps selon M. Night Shyamalan

Old : la peur du temps selon M. Night Shyamalan

CRITIQUE / AVIS FILM - Après "Split" et "Glass", M. Night Shyamalan propose un huis clos original et inquiétant avec "Old" qui se révèle être un beau drame familial, porté notamment par Gael García Bernal, Vicky Krieps et Thomasin McKenzie.

Le renouveau de Shyamalan

En plus de vingt ans de carrière, M. Night Shyamalan a déjà tout vécu (ou presque) comme réalisateur. Rapidement reconnu par le public et la profession avec Sixième sens (1999), Incassable (2000) ou encore Signes (2002), il a par la suite eu plusieurs échecs qui auraient pu lui être fatal. Après un nouveau raté financier avec After Earth (2013), il n'était plus question de lui confier une production coûteuse. La renaissance est alors venue de projets plus modestes produits par la société spécialiste du genre : Blumhouse.

Avec 5 millions de dollars de budget, le réalisateur a sorti The Visit (2015) qui rapporta presque 100 millions de dollars au box-office mondial. Ensuite, il a pu boucler Split (2017) avec 9 millions de dollars, avant d’obtenir 20 millions pour réaliser Glass (2019). C’est finalement en faisant avec des restrictions que M. Night Shyamalan trouve souvent ses meilleures idées. Il le prouve une fois de plus avec Old, qui surprend par son concept aussi captivant que terrifiant.

Old
Old ©Universal Pictures International France

La famille a toujours été une thématique importante chez Shyamalan. Des familles souvent en rupture, marquées par une perte. Dans Old, la famille composée de Guy et Prisca (Gael García Bernal et Vicky Krieps, très justes), et leurs deux enfants Trent et Maddox, semble avoir échappé au drame. En apparence heureux, le couple s’apprête en réalité à se séparer tandis qu’une maladie grave vient de toucher Prisca. Le cercle familial est donc sur le point de se briser. Mais, avant, ils auront des dernières vacances ensemble. Dans un luxueux hôtel sur une île exotique, puis sur une plage paradisiaque isolée, en compagnie de deux autres familles.

Une mise en scène exemplaire

Après avoir offert sa vision du film de super-héros (avec l’enchaînement de Split et Glass), M. Night Shyamalan propose un huis clos original, puisque sur une plage ensoleillée. Une certaine audace qui n’est pas sans rappeler le film d’horreur en plein jour qu’était Midsommar (2019). Comme ce dernier, l'appellation “film d’horreur” est un peu réductrice. L’un et l’autre étant davantage un drame intime. D’ailleurs, dans Old, Shyamalan limite au maximum les effets horrifiques, conscient que l’effroi est toujours plus efficace quand on en montre le moins - on repense au fantastique It Follows (2014).

Old
Old ©Universal Pictures International France

Shyamalan construit donc notre inquiétude (et celle des personnages) grâce à quelque chose d'invisible, d’immatériel. Pour cela, il joue sur le hors champ. Sa mise en scène est parfaitement maîtrisée, et il sait comment et quand montrer, ou non, ses protagonistes pour instaurer un malaise. Par des gros plans, des décadrages, des mouvements de caméra à 360° ou des travellings, des champs/contrechamps sans le contrechamp, mais sans en abuser.

Film d'horreur et drame familial

Des choix visuels justifiés par l’origine du danger. Pas de monstre ou de tueur ici. Seulement le temps qui passe plus vite en ces lieux. Un phénomène étrange de vieillissement accéléré (remarquable travail de maquillage) porteur de toutes nos craintes. Peur de vieillir, de perdre sa beauté, ses capacités physiques, et, in fine, la mort. Ne pouvant lutter contre le temps qui passe, l’angoisse est évidente et immédiate, tout comme l’empathie pour la famille principale qui bénéficie d’une vraie caractérisation.

Dès lors, au-delà de l’inquiétude palpable durant cette course contre la montre, Old offre un regard touchant sur la vie. Inévitablement, les plus jeunes vont grandir trop vite, sans avoir le temps de vraiment vivre l’innocence de l’enfance. Entre Trent et Maddox, c’est probablement la seconde qui se révèle la plus émouvante, notamment dans son incarnation par Thomasin McKenzie (Jojo Rabbit). C’est dans ces moments d’intimité qu’Old est le plus juste. Et, de manière plus globale, que le cinéaste est le plus bouleversant. Comme cette conversation émouvante à la fin de Sixième sens entre Cole et sa mère dans la voiture de cette dernière. Ici, on y trouve un équivalent dans une ultime discussion entre Guy et Prisca.

Old
Old ©Universal Pictures International France

Dommage alors que l’histoire et le fameux twist toujours (trop) attendu chez Shyamalan ne soient pas aussi remarquables que la mise en scène déployée par le cinéaste. Car bien que l’explication finale soit, dans le fond, pertinente à défaut d’être originale, elle s’avère trop surlignée dans les dernières minutes. Surtout, elle paraît presque trop simple pour Shyamalan qui a le don pour nous retourner le cerveau. Avec Split, il faisait basculer ce très bon thriller dans une autre catégorie par l’ajout d’une scène post-générique improbable. Avec Old, on aimerait en dire autant. Mais dans ce qui pourrait être une forme d’humilité, le cinéaste fait le choix de la simplicité, quitte à nous laisser un peu sur notre faim.

Old de M. Night Shyamalan, en salle le 21 juillet 2021. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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