On sourit pour la photo : une comédie jubilatoire sur la famille

Retour en 1998

On sourit pour la photo : une comédie jubilatoire sur la famille

CRITIQUE / AVIS FILM – "On sourit pour la photo", premier long-métrage du réalisateur François Uzan, est une comédie délicate très réussie sur l’évolution d’une famille. Avec Jacques Gamblin et Pascale Arbillot.

Jacques Gamblin prisonnier des souvenirs

On sourit pour la photo, le premier long-métrage du réalisateur François Uzan, est un véritable coup de maître ! Il réussit la prouesse de donner à voir une comédie mêlant subtilement rires et larmes à propos de l’évolution d’un couple et d’une famille. La force du film est précisément dans la crédibilité absolue de cette famille, dès les premières minutes. L’épatant casting y est évidemment pour beaucoup : Jacques Gamblin est Thierry, jeune retraité autocentré et obsédé par le classement de ses vieilles photos de vacances en famille. Pascale Arbillot est Claire, toujours en activité et en fort décalage avec cette nostalgie des souvenirs qui agite son mari.

Quant aux enfants, ils ont bien grandi, même si Thierry ne peut s’empêcher de mettre encore la honte à Karine (Agnès Hurstel), leur fille si sérieuse devenue avocate. Leur fils Antoine (Pablo Pauly) continue lui à se comporter en éternel adolescent aux crochets de ses parents, avec moults projets inaboutis.

On sourit pour la photo
On sourit pour la photo ©UGC Distribution

La clé d'On sourit pour la photo, c’est indéniablement l’authenticité, voire même l’intimité qui s’invite dans la fiction. D’abord celle du réalisateur qui, rencontré aux côtés de Jacques Gamblin et Pascale Arbillot à Bordeaux, nous disait « avoir fait un film qui lui ressemble, sans être complètement autobiographique, mais avec beaucoup de sa vie de famille et de ses souvenirs de vacances ».

Puis, l’authenticité des photographies qui apparaissent dans l’album de souvenirs que trimballe Thierry. Le réalisateur avoue « avoir été un peu scrupuleux à demander à Jacques et Pascale de livrer quelque chose de très personnel, puisqu'ils sont allés chercher des photos originales avec des vrais souvenirs pour alimenter l’album du film ». Enfin, notons l'implication des acteurs dans le film puisque le réalisateur « a accepté les demandes de Pascale Arbillot de réécriture de son personnage et a été très ouvert aux propositions de tous les acteurs ».

On sourit pour la photo réenchante le présent

Le film interroge de façon très juste sur ce qui maintient une famille en équilibre alors que ses membres ont vieilli et que les relations entre eux ont évolué. Le spectateur éprouve de grands moments de joie en se mettant à la place de chacun, comme un effet miroir salutaire avec ses propres souvenirs. On est ainsi transporté par le regard tendre que porte Thierry sur ses proches ou par les enfants qui renouent avec leur complicité et leurs jeux d’enfance. Il y a également l'émotion devant Claire, à la croisée des chemins de sa vie, qui ne peut plus se contenter d’être cette mère figée à jamais dans le passé.

Lorsque Claire annonce vouloir quitter Thierry, c’est le choc et l’incrédulité pour celui qui n’a pas vu ou voulu voir la détresse et l’ennui de son épouse. Rien n’était plus à prouver, tout semblait acté, pour toujours. Il se donne alors la chance de faire revivre les souvenirs heureux d’un séjour en Grèce, vingt ans auparavant pour tenter de reconquérir sa femme, mais sans dire la vérité aux enfants. Et surtout, pour se retrouver à l'origine du bonheur à quatre, sans le conjoint de Karine, Christophe (Ludovik), un Monsieur-Je-Sais-Tout qui l'agace prodigieusement.

On sourit pour la photo
On sourit pour la photo ©UGC Distribution

De quiproquos en moments gênants, vêtu de ses tee-shirts ridicules achetés à la hâte, Thierry s’acharne à recréer l’ambiance de cette année 1998 et la magie de la dynamique familiale qui n’est plus. On sourit pour la photo est aussi une fine analyse du monde d’aujourd'hui, des réseaux sociaux, ou du rôle de la photo prise via un smartphone. Ainsi que de la façon et des raisons pour lesquelles on se fabrique un souvenir, et comment on regarde la vie par le prisme d’un objectif, sans forcément profiter du moment présent. Le réalisateur a mis une dizaine d’années à écrire et réécrire On sourit pour la photo et à le peaufiner durant le tournage. On lui en sait gré tant le résultat final brillant est à la hauteur de son ambition, grâce à des ingrédients subtilement agencés qui provoquent de l’émotion à l’état pur.

On sourit pour la photo de François Uzan, en salles le 11 mai 2022. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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