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Paranoïa de Steven Soderbergh : piégée, seule contre tous

CRITIQUE FILM – Quelques mois seulement après « Logan Lucky » et « Mosaic », Steven Soderbergh revient avec « Paranoïa », un thriller psychologique shooté à l’iPhone, où Sawyer Valentini, en fuyant un harceleur maladif, se retrouve contre son gré dans un asile psychiatrique.

Entre un film de braquage en mode buddy movie l’année dernière (Logan Lucky) et une mini-série expérimentale diffusée en début d’année à la télévision avec Mosaic, Steven Soderbergh a eu le temps de tourner un petit thriller psychologique, iPhone en main, dans un hôpital de l’état de New-York. Dans Paranoïa (Unsane en VO), le prolifique réalisateur construit une virée malsaine dans un centre psychiatrique où Sawyer Valentini (Claire Foy), conduite contre son gré, est retenue de force par David Strine (Joshua Leonard), un érotomane manipulateur reconverti infirmier dans cet asile de fou. Un homme qu’elle a pourtant passé son temps à fuir durant plusieurs années et avec qui elle se retrouve donc isolée.

Titicut Follies

Il faudra vite aller au-delà du petit processus performatif qui consisterait simplement pour Soderbergh, avec Paranoïa, à tenter de relever un défi financier et technique. A savoir écrire, tourner et diffuser un film d’exploitation qui tient la route avec trois francs six-sous et une caméra (celle d’un iPhone donc) qui peut tenir dans la paume d’une main. Premièrement parce que ce cadre fauché n’est qu’un leurre compte tenu du casting talentueux et confirmé qui s’agite devant l’objectif du smartphone de Soderbergh (Claire Foy, Amy Irving, Juno Temple ou encore Matt Damon, brièvement mais sûrement).

Deuxièmement parce que ce format n’est ni là pour s’auto-suffire en tant que high-concept marketing, ni là pour servir une réflexion sur lui-même (sur le principe du found-footage ou du journal filmé), mais bien un outil technique au service d’une narration classique (cette histoire d’asile aurait pu être filmée avec une caméra traditionnelle) : ce qui est dit dans le cadre et dans le film n’est que souligné par le support. Et surtout, troisièmement, parce que cette « performance » de réalisation cache le portrait juste et troublant d’une Amérique sous opioïde filmée par ce qu’elle a pu fabriquer de mieux (ou de pire, c’est selon) : un petit appareil capable de tout enregistrer et de tout diffuser, plongé à l’intérieur de l’asile-Amérique.

La façon, d’ailleurs, qu’a Soderbergh de multiplier les angles de prise de vue en exploitant toute la mobilité que peut offrir son outil de captation, tout en réduisant sa mise en scène à des « capsules » filmées en plan-fixes – là où très peu de mouvements sont suivis par la caméra – renvoie à ce paradoxe du support téléphonique qui filme tout mais qui n’aide pas pour autant à rétablir cette vérité coincée dans le système – sujet implicite du film.

L’ultra-mobilité factuelle de la micro-caméra et la fixité délibérément choisie du cadre décuple cette sensation étrange que quelque chose ne tourne pas rond ou nous est tu. Pris dans l’engrenage d’un complot mené pas les assureurs, qui profitent de l’emprisonnement médical de patients sains d’esprits pour obtenir toujours plus de profits, puis par celui d’un stalker fou allié (un mâle blanc persuadé d’être aimé qui use et abuse de stratagèmes divers et de sa force physique pour parvenir à ses fins), Sawyer Valentini, piégée et seule contre tous, est prise dans un étau renversant.

Sexe, mensonges et parano

Il s’agit, au fond, d’être coincé entre un mode de vie démoralisant et un harcèlement moral particulièrement élaboré à l’ère des réseaux sociaux. Deux grands maux typiquement contemporains. L’Amérique aura certes créé l’iPhone et intensifié sa culture de diffusion massive des images, mais ne se sera jamais vraiment débarrassé de ses afféteries manipulatrices et financières. Steven Soderbergh, sans pour autant évacuer son petit projet des grosses ficelles habituelles du thriller paranoïaque (acharnement du nemesis, trouble de la perception et des certitudes, personnages secondaires forcément sacrifiés), parvient en cela à fournir un film dont la structure épurée révèle encore mieux les ambitions cachées.

Paranoïa est l’occasion pour lui, entre deux braquages hollywoodiens (soit des films qui seraient donc produits et réalisés par lui-même pour tenter d’empocher le « gros lot »), de perpétrer la bipolarité de sa filmographie en revenant à ce qui faisait l’essentiel de son tout premier film, le palmé d’or Sexe, mensonges et vidéo : une exploration malsaine des maux de son époque par le prisme du thriller codifié, à la fois force et limite d’un cinéma aussi réflexif qu’attendu.

 

Paranoïa de Steven Soderbergh, en salle le 11 juillet 2018. Ci-dessus la bande-annonce.

Entre un film de braquage en mode buddy movie l’année dernière (Logan Lucky) et une mini-série expérimentale diffusée en début d’année à la télévision avec Mosaic, Steven Soderbergh a eu le temps de tourner un petit thriller psychologique, iPhone en main, dans un hôpital de l’état de New-York. Dans Paranoïa (Unsane en VO), le prolifique réalisateur construit une virée malsaine dans un centre psychiatrique où Sawyer Valentini (Claire Foy), conduite contre son gré, est retenue de force par David Strine (Joshua Leonard), un érotomane manipulateur reconverti infirmier dans cet asile de fou. Un homme qu'elle a pourtant passé son temps à…

Note de la rédaction

Note de la rédaction

Sur la bonne voie

Malgré les penchants prévisibles habituels du thriller paranoïaque, Steven Soderbergh parvient à dresser le portrait ambitieux d'une Amérique détraquée et bipolaire, où le harcèlement et la manipulation (des esprits comme des images) règnent en maîtres dans un pays en forme d'asile à ciel ouvert.

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