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Pentagon Papers : l’hommage de Spielberg au journalisme

Le nouveau film de Steven Spielberg, « Pentagon Papers », met en avant les valeurs de la presse démocratique. Une œuvre réussie dans à peu près tous les domaines.

Le réalisateur de E.T, Il faut sauver le soldat Ryan, La liste de Schindler, présente son dernier film, Pentagon Papers. Cette fois-ci Steven Spielberg explore le monde de la presse, ses valeurs et ses conflits.

Pentagon Papers relate les premières publications d’un grand journal américain, le Washington Post, dans les années 1970. Celles-ci évoquent des mensonges d’état concernant la guerre du Viêtnam. La première femme directrice du journal, Catherine Graham, va s’associer à son rédacteur en chef Ben Bradlee pour combler son retard sur le New York Times. Ils vont mener leurs propres investigations. Ces révélations visent quatre présidents américains, couvrent une trentaine d’années et proviennent de documents secrets défenses. Le journal, représenté par sa directrice, va alors se retrouver devant un défi de taille : dévoiler la vérité au public et prendre le risque de rentrer en conflit direct avec le gouvernement de Nixon.

Lors de la venue de l’équipe à Paris, Steven Spielberg expliquait en conférence de presse que cette histoire a évidemment des résonances aujourd’hui.

La presse doit se battre encore plus aujourd’hui, parce que la presse est encore plus attaquée aujourd’hui que dans les années 70. Donc ils doivent essentiellement se battre pour leur dignité et la vérité de leur parole pour le public.

Un scénario mené d’une main de maître

Qui n’a jamais entendu que pour faire un bon film, il fallait une bonne histoire, une bonne histoire et une bonne histoire. Mais une bonne histoire a besoin d’éléments pour que l’audience soit embarquée. Les scénaristes de Spielberg, Liz Hannah et Josh Singer, utilisent parfaitement tous les ingrédients qu’il faut pour tenir le spectateur sous tension. Le maître-mot de ces éléments est le conflit. Celui-ci est omniprésent tout au long du film et anime tous les personnages. Au-delà même de leurs convictions, chacun d’eux se trouve à un moment confronté au doute. De plus, les questions que créent ces conflits sont tout à fait crédibles et reposent sur les vérités propres à chaque personnage. Nul doute qu’un journaliste se pose ce type de question lorsqu’il découvre une information sensible.

[Critique] Pentagon Papers de Steven Spielberg

L’autre maître mot, est l’enjeu. Les éléments sur lesquels se fondent les différents conflits ne sont pas seulement des considérations morales. Elles s’appuient également sur des enjeux cruciaux, comme ceux d’ordre économique ou de légalité. Une directrice de presse doit-elle dire la vérité au public au risque de causer la ruine de son entreprise et de faire perdre son travail à des centaines d’employés ?

Ces enjeux et ces conflits constituent déjà une base solide, mais Steven Spielberg ne s’en contente pas, il va encore plus loin. Il donne davantage de profondeur à Pentagon Papers en y incorporant des enjeux affectifs. Il parle avec honnêteté de la connivence de la presse et de la politique. Les hommes et les femmes de ces milieux se connaissent, peuvent s’apprécier, et même être liés d’amitié. Une information cachée ou dévoilée prend alors une tout autre dimension, elle devient trahison.

Le temps est compté

Autant de questions qui pourraient mettre toute une vie pour y répondre. Mais voilà, un bon dramaturge ne nous accorde pas tout ce temps, bien au contraire. Dans Pentagon Papers, les scénaristes rappellent à chaque instant que le temps est compté et que les protagonistes n’en disposent que de très peu. Cette urgence crée de la tension chez le spectateur. Il partage avec les protagonistes la difficulté des décisions qu’ils doivent prendre. Il ressent le peu de durée de réflexion dont ils disposent et l’épée de Damoclès au-dessus de leur tête en guise de conséquence. À ce sujet, Steven Spielberg en donne un éclairage :

Le style du film est venu assez rapidement. Parce que j’ai travaillé en étroite relation avec le second scénariste Josh Singer, qui a fait, je crois, 27 versions du scénario et qui a réécrit des nouvelles scènes. Avec Josh, on a insufflé beaucoup d’énergie au scénario, en se demandant ce que l’on devait montrer, ce que l’on ne devait pas montrer. Si ça devait tenir sur deux pages, sur une, sur une demie.

Ça m’a donné l’impression que nous racontions l’histoire du point de vue d’un département de presse, qui met beaucoup d’énergie à poursuivre l’information et la vérité. Et cette énergie, qui me donnait l’impression d’être dans une rédaction, combinée au peu de temps dont je disposais pour sortir l’histoire cette année est, je pense, responsable de la manière dont a été tourné le film.

Un duo d’acteur qui fonctionne

[Critique] Pentagon Papers de Steven Spielberg

La transformation que donnent Tom Hanks et Meryl Streep pour incarner leur personnage est bien moins frappante que d’autres, mais elle demeure tout autant réelle et recherchée. Ces transformations se constituent de petitesses et c’est ce qui en fait la réussite. Ainsi, le personnage de Meryl Streep par les habits qu’elle porte et par la manière dont son corps évolue dans l’espace laisse croire que le spectateur a à faire à une douce mère au foyer. Mais cette femme est directrice d’un grand journal et elle doit quasiment constamment faire face à des hommes aux convictions solides.

Et c’est bien cela qui donne toute la profondeur au personnage de Catherine Graham. Meryl Streep incarne toute la douceur de cette femme qui possède dans le même temps un énorme pouvoir et de grandes responsabilités. Cela constitue d’ailleurs le conflit intérieur du personnage : arriver à imposer son autorité. Mais en plus d’être dit, ce conflit vit à l’image. L’actrice explique d’ailleurs :

La chose la plus importante que j’ai apprise en lisant la biographie de Catherine Graham, en discutant avec ses enfants, en parlant avec la femme qui l’a aidé à faire des recherches pour sa biographie et avec la dame qui l’assistait, est à quel point elle avait un sentiment d’insécurité, et à quel point elle se dévalorisait.

C’est quelque chose qui donne un accent particulier au film parce que c’est l’histoire de beaucoup de femmes, pas seulement de sa génération. Mais de toute femme qui se retrouve en première ligne des responsabilités et qui partage les mêmes doutes sur leur habilité à aller de l’avant, d’être agressive, de prendre des risques, d’être des meneuses.

Même chose pour Tom Hanks. L’acteur qui a rencontré le principal intéressé a fait un vrai travail d’interprétation. Chacun de ses gestes, aux cigarettes qu’il fume, tantôt au bureau, tantôt dans un salon, jusqu’aux chemises qu’il porte, renvoie l’image d’un journaliste sincèrement passionné et habité par son métier. Et pour qui informer n’est pas un vain mot, même sa manière de marcher ou de s’asseoir en mettant les pieds sur la table donne à voir un homme qui a une relation forte avec la liberté. Son personnage laisse transpirer la force de conviction qui l’anime. Lui aussi va se trouver face à un enjeu de taille, savoir jusqu’où il a le droit d’aller. Tom Hanks dévoilait d’ailleurs de Ben Bradlee lors de la conférence de presse :

Ben Bradlee a ce dicton : « La vérité est la vérité et tu dois la pourchasser, si ce sont les faits, tu dois les mettre là. Sinon pourquoi avoir des journaux, pourquoi faire ce métier, pourquoi essayer de vendre l’édition du jour pour 50 cents ? »

Steven Spielberg en chef d’orchestre

Tout ce que doit savoir le spectateur, Steven Spielberg le matérialise à l’image. Que ce soit par ce qu’il montre, que par la manière dont il le met à l’écran. Chaque personnage, à un moment dans le film, se confronte à un autre et à ses vérités. Le réalisateur fait vivre ces conflits en cadrant les personnages dans le même plan. Ici, le plan moyen n’est pas utilisé pour une simple mis en place, il donne à voir, parfois des protagonistes qui se défient du regard, parfois qui le fuit et parfois qui compatit. Ces plans plus larges font vivre le regard mieux que n’importe quel gros plan. Steven Spielberg exploite parfaitement les angles de caméra également. À certains moments frontaux, comme les regards, et à d’autres en plongée pour faire ressentir tout le poids des décisions qui se prennent.

La conclusion coule de source, évidemment Pentagon Papers est une réussite. Beaucoup d’éléments qui font d’un film une œuvre cinématographique sont présents et bien exploités. Mais un dernier élément le porte au rang de l’excellence, ce sont les valeurs que porte le film.

 

Pentagon Papers de Steven Spielberg, en salle le 24 janvier 2018. Ci-dessus la bande annonces.

Le réalisateur de E.T, Il faut sauver le soldat Ryan, La liste de Schindler, présente son dernier film, Pentagon Papers. Cette fois-ci Steven Spielberg explore le monde de la presse, ses valeurs et ses conflits. Pentagon Papers relate les premières publications d’un grand journal américain, le Washington Post, dans les années 1970. Celles-ci évoquent des mensonges d’état concernant la guerre du Viêtnam. La première femme directrice du journal, Catherine Graham, va s’associer à son rédacteur en chef Ben Bradlee pour combler son retard sur le New York Times. Ils vont mener leurs propres investigations. Ces révélations visent quatre présidents américains, couvrent…

Conclusion

Note de la rédaction

Bilan très positif

Un film battit autour du scénario mené d'une main de maître et qui met en avant de grandes valeurs.

Note spectateur : Sois le premier !
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