Pétaouchnok : un modèle de comédie feel good et confortable

Pétaouchnok : un modèle de comédie feel good et confortable

CRITIQUE / AVIS FILM - Après "Gauguin : Voyage de Tahiti", le retour d'Édouard Deluc au long-métrage de cinéma se fait à dos de cheval dans une randonnée tumultueuse menée par Pio Marmaï et Philippe Rebbot. Une comédie à l'équilibre soigné, dans laquelle le réalisateur et les comédiens s'amusent.

L'amitié et les forêts

Le cinéma et le grand air font généralement bon ménage. Si en France on ne tourne pas de westerns dans des déserts écrasés de soleil ou des survivals dans des forêts poisseuses et humides, c'est en revanche dans le genre de la comédie chorale qu'on trouve à se distinguer. L'Amérique du Sud de L'Aventure, c'est l'aventure, les Alpes pour Les Bronzés font du ski ou encore la Corse dans Les Randonneurs, la liste de films dans lesquels les bons mots et les situations ubuesques s'enchaînent en pleine nature est longue. C'est ainsi dans cette tradition qu'Édouard Deluc inscrit en partie son nouveau film Pétaouchnok, lâchant sa bande de comédiens dans une forêt pyrénéenne à l'hospitalité aléatoire, pour une randonnée équestre qui va leur réserver de nombreuses péripéties.

Pétaouchnok
Pétaouchnok ©Apollo Film

Des portraits variés et touchants

L'histoire de Pétaouchnok est celle de Ludo (Pio Marmaï) et Richard (Philippe Rebbot), deux sympathiques losers qui tentent de mener à bien leur projet de randonnées équestres dans les Pyrénées orientales. Ludo, qui vit séparé de son ex-femme avec qui il a un enfant, et Richard parviennent tant bien que mal à organiser une première randonnée. Grâce au talent des deux comédiens et à une écriture pleine, l'humour est là dès les premières minutes en même temps qu'une fine peinture sociale. Ils veulent s'en sortir et, comme pour leurs premiers clients, se reconnecter avec la nature est peut-être ce qui leur offrira un meilleur horizon.

Les clients de leur première randonnée - à laquelle personne n'est préparée, pas même Ludo et Richard -, ont des profils différents. Il y a l'urbaine agaçante et superficielle Agnès (Camille Chamoux), le père trop gentil (Le comte de Bouderbala) qui essaye de se reconnecter avec son fils adolescent, il y a le jeune couple dont le garçon (Pablo Pauly) accompagne à reculons sa fiancée (Délia Espinat Dief), ou encore la famille dont la mère est en pleine dépression (Olivia Côte). Tout ce beau petit monde va devoir cohabiter ensemble, et chacun va devoir se faire à son cheval. Deux contraintes qui n'ont rien d'évident.

Pétaouchnok
Pétaouchnok ©Apollo Film

La première réussite de Pétaouchnok avec cette galerie de personnages est de ne pas trop souligner les antagonismes et les traits de caractère, et de ne pas favoriser un personnage plus qu'un autre. Il y a donc un équilibre, une légèreté et une bienveillance bienvenus dans la caractérisation de ces individus. La seconde réussite est que, les personnages ainsi définis, il reste de la place à Édouard Deluc pour faire du cinéma.

La mise en scène s'amuse

Ce bol d'air frais proposé par l'initiative de Ludo et Richard s'adresse aux personnages, mais aussi aux spectateurs. Il faut donc que la nature soit présente et que les péripéties mises en scène fassent voyager. C'est le cas avec la baignade dans un lac, avec les feux de camp et les chevauchées entre les pins. Ça l'est encore lorsque ce drôle d'équipage tombe sur un ours ou, alors qu'on leur a volé leurs provisions, ils tentent maladroitement de chasser. Tout cela dans une nature filmée en majesté, et dans laquelle Édouard Deluc met en place des séquences clins d'oeil au genre du western et du survival.

Ainsi, sans prétendre être autre chose que ce qu'il est - à savoir une comédie de moeurs sympathique -, Pétaouchnok réussit son pari : filmer une nature rassérénante, et permettre à ses comédiens de s'amuser, sans jamais en faire trop ou pas assez. Cet équilibre exemplaire est cependant à double tranchant. S'il fait de Pétaouchnok un film en effet plaisant à découvrir et ponctué de sensations heureuses, il ne lui permet pas de raconter grand chose. La maladresse de Ludo et Richard, qui aurait dû vouer leur projet à l'échec, est facilement effacée par un coup du sort. Agnès, dont on devine vite la profonde solitude, trouve à l'issue de cette aventure un amour trop inattendu.

In fine, Pétaouchnok amuse mais rien n'en dépasse. Si son aventure propose des secousses aux personnages, elle en a peu pour son public, qui reste dans une forme de confort. Tout le monde repart à peu près comme il est arrivé, et il manque peut-être un poil d'audace à Pétaouchnok pour vraiment rester dans les mémoires.

Pétaouchnok d'Édouard Deluc, en salles le 9 novembre 2022. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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