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Piranhas : les baby-gangsters de Roberto Saviano

CRITIQUE / AVIS FILM – Adaptation du roman éponyme de Roberto Saviano, « Piranhas » fait référence aux petites frappes napolitaines agissant généralement en bande et prêtes à tout déchiqueter pour obtenir le pouvoir. Porté par d’excellents comédiens, le long-métrage évoque avec subtilité l’ascension fulgurante d’un apprenti gangster redoutable, dans une ville où les pontes de la mafia sont vus comme des rockstars.

Onze ans après Gomorra, un autre roman de Roberto Saviano est transposé à l’écran et nous plonge à nouveau au cœur de la Camorra, et plus particulièrement de ses jeunes recrues. Piranhas s’intéresse en effet aux baby-gangs napolitains, ces petites frappes déterminées à marcher dans les pas des parrains locaux.

Parmi ces adolescents se trouve Nicola, un jeune homme lassé de voir sa mère se faire racketter. Lors d’une rencontre avec un ponte de la pègre, l’apprenti criminel lui propose de rejoindre son gang et hérite d’un secteur pour dealer. Nicola fait rapidement ses preuves dans un environnement qui l’aspire progressivement. À moins que ce ne soit plutôt l’inverse, au vu de la vitesse à laquelle le jeune homme et ses amis prennent le pouvoir dans les rues de Naples.

La jeunesse plus cruelle que ses aînés

Piranhas s’ouvre sur une séquence durant laquelle deux bandes s’affrontent afin de savoir laquelle volera un gigantesque sapin de Noël. Si l’énergie de celle menée par Nicola est palpable d’emblée, les jeunes semblent néanmoins assez inoffensifs. Dans cette introduction, l’émulation provoquée par l’effet de groupe et le sentiment d’amusement paraissent plus importants que le besoin de conquérir un terrain. Sur leurs scooters, véritables destriers mécaniques qu’ils chevauchent tout au long du film, les adolescents prennent ensuite la route vers une boîte de nuit. Le fait d’être refusés à l’entrée et de ne pouvoir profiter d’une soirée, allié à la vision quotidienne d’une violence devenue banale, constitue le point de départ de l’envie d’ascension de ces jeunes.

Piranhas : Critique du film adapté du roman éponyme de Roberto Saviano.

À l’image d’Henry Hill se rêvant gangster en regardant par sa fenêtre dans Les Affranchis, les adolescents idolâtrent ici les mafieux, modèles de réussite sulfureux qui semblent être les seuls à tirer leur épingle du jeu à Naples. Pour gagner de l’argent, la voie la plus efficace est donc celle du crime. Ambitieux et gourmands, les membres du groupe comprennent rapidement qu’il leur est possible d’envisager davantage que le simple spot qui leur a été confié. Contrairement au mafieux incarné par Ray Liotta dans le classique de Martin Scorsese, les baby-gangsters n’hésitent donc jamais à trahir leurs aînés pour gravir les échelons.

Le réalisateur Claudio Giovannesi dépeint de manière efficace le cercle vicieux dans lequel s’enferment ces petites frappes, qui se montrent encore plus cruelles que leurs prédécesseurs. Le cinéaste parvient notamment à saisir l’ambiguïté de Naples, cité verticale rongée par la pauvreté, aux rues étroites et étouffantes, mais que les jeunes appréhendent la plupart du temps comme un terrain de jeu. Grâce aux travellings élégants qui suivent les virées en deux-roues, sublimés par la composition musicale lancinante signée Giovannesi et Andrea Moscianese, le réalisateur reflète à merveille le contrôle grandissant de la bande sur cet environnement délabré. Évitant toute surenchère et violence gratuite, Piranhas s’impose comme une plongée passionnante dans la vie de ces apprentis criminels aux destins déjà scellés, mais dont l’évolution réussit tout de même à surprendre le spectateur.

Une évolution tragique et pertinente

Gomorra dévoilait les coulisses de la Camorra en adoptant le point de vue de plusieurs protagonistes. Dans Piranhas, les événements sont vécus à travers le regard de Nicola. Grâce à une mise en scène au service du personnage, Claudio Giovannesi immerge tout au long du film le spectateur dans l’état d’esprit de cet adolescent pressé de devenir un homme. L’une des séquences les plus marquantes est celle d’un mariage qui tourne mal, où la caméra est placée juste derrière le baby-gangster, alors qu’il n’en est encore qu’à ses premiers délits. Occupé à servir les invités, le jeune homme voit la situation basculer et comprend immédiatement, au même titre que le spectateur, qu’il est temps pour lui de gravir un échelon supplémentaire. Au fil du long-métrage, les regards qu’il porte sur Naples et ses habitants, ainsi que ceux que ces derniers lui rendent, illustrent par ailleurs habilement sa réputation et sa place dans la mafia.

Piranhas : Critique du film adapté du roman éponyme de Roberto Saviano.

Comme ses amis, Nicola découvre de manière soudaine le sexe, l’argent, la cocaïne et les armes. Néanmoins, contrairement à certains autres membres de son groupe, le caïd en devenir garde un tant soit peu les pieds sur terre et ne cesse de gagner en assurance et en charisme. Au sommet de sa gloire, le jeune homme semble même apaisé par la vie qu’il a choisi de mener et pendant quelques minutes, le spectateur en arrive même à croire que le héros a de beaux jours devant lui, notamment grâce à une histoire d’amour qui fonctionne parfaitement. Cette impression décuple l’émotion lors de la chute de Nicola, au cours d’une conclusion prévisible mais touchante, dotée d’un souffle guerrier qui rappelle que le pire reste à venir.

Bénéficiant d’un scénario – auquel Roberto Saviano a contribué – évoquant aussi bien la mentalité des adolescents napolitains, le conflit entre différentes générations de criminels et le fonctionnement de la Camorra, Piranhas évite d’asséner une quelconque morale et ne tombe jamais dans l’emphase. En adoptant le point de vue de Nicola et en lui offrant un parcours cohérent de bout en bout, Claudio Giovannesi laisse au spectateur le soin de tirer ses propres conclusions sur ces jeunes pris au piège. Le film est par ailleurs porté par un casting magistral, Francesco Di Napoli en tête, bluffant dans le rôle de Nicola. Évitant la caricature du film de gangsters flamboyant façon Romanzo Criminale, Piranhas déconstruit magistralement un engrenage fatal dans lequel un adolescent aux repères biaisés, qui ne sait pas encore marcher mais se voit déjà courir, saute à pieds joints.

 

Piranhas de Claudio Giovannesi, en salle le 5 juin 2019. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

Onze ans après Gomorra, un autre roman de Roberto Saviano est transposé à l’écran et nous plonge à nouveau au cœur de la Camorra, et plus particulièrement de ses jeunes recrues. Piranhas s’intéresse en effet aux baby-gangs napolitains, ces petites frappes déterminées à marcher dans les pas des parrains locaux. Parmi ces adolescents se trouve Nicola, un jeune homme lassé de voir sa mère se faire racketter. Lors d’une rencontre avec un ponte de la pègre, l’apprenti criminel lui propose de rejoindre son gang et hérite d’un secteur pour dealer. Nicola fait rapidement ses preuves dans un environnement qui l’aspire progressivement.…

Conclusion

Note de la rédaction

« Piranhas » est une plongée captivante dans le quotidien de baby-gangsters prêts à tout pour régner sur une ville gangrenée par la mafia.

Note spectateur : Sois le premier !
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