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Play : ou le besoin de rembobiner sa vie

Play : ou le besoin de rembobiner sa vie

CRITIQUE / AVIS FILM - "Play" oscille entre comédie romantique et portrait d’une génération, dont le procédé original immerge le spectateur dans les moments clés d’une époque et de la vie d’un homme. Avec Max Boublil et Alice Isaaz.

Le réalisateur Anthony Marciano et son coscénariste, le comédien Max Boublil, sont complices depuis plusieurs spectacles, chansons parodiques et films. Ils ont déjà commis au cinéma Les Gamins et Robin de bois, la véritable histoire et livrent avec Play un troisième opus plus autobiographique, et pourtant très universel : la nostalgie des souvenirs d’une vie. Le héros, Max (Max Boublil) décide à un moment difficile de sa vie, de revoir les cassettes filmées avec son caméscope depuis ses treize ans et d'en tirer les conclusions nécessaires pour avancer.

Le film a une double originalité : la première, c’est la volonté d’immerger le spectateur et de le mettre à la place de Max. Ce dernier a capturé les souvenirs marquants de sa propre vie, a ainsi filmé ses parents (Noémie Lvovsky et Alain Chabat), sa sœur mais surtout sa bande d’amis Arnaud, Matthias et Emma, son amour de jeunesse. Tout comme il faut un temps nécessaire au jeune Max pour apprendre à zoomer et se perfectionner, il faut également un temps d’adaptation d’un bon quart d’heure pour que le cerveau et l’œil du spectateur s’habituent aux mouvements incessants de la caméra.

Ce procédé assez nauséeux risque cependant de rebuter certains spectateurs, même si Anthony Marciano et Max Boublil, rencontrés à Bordeaux lors de la présentation de leur film, « ont fait en sorte de ne pas trop bouger la caméra, ni de mettre une vraie qualité de caméscope, mais d’être dans un entre deux plus agréable à regarder, plus digeste et plus confortable tout en gardant le côté authentique ».

Comprendre ses choix de vie et assumer ses erreurs.

La seconde originalité de Play, c’est son point commun avec l’émouvante série américaine This is Us, à savoir ses héros identifiables à trois âges de leur vie. Dans Play, ces âges sont 13 à 15 ans, puis 16 à 20 ans et enfin à partir de 20 ans jusqu’à nos jours et un casting de pas moins de 1500 comédiens a été organisé pendant 9 mois. Pour les personnages masculins, le réalisateur a fait le choix de faire successivement interpréter le rôle par trois acteurs qui aux physiques proches: Max par Matthias Barthélémy, puis Alexandre Desrousseaux, dont la ressemblance physique et vocale avec Max Boublil est réellement bluffante. Matthias par Jules Porier, Gabriel Caballero, puis par Malik Zidi, et enfin Arnaud par Thomas Aprahamian, puis Gabriel Brunet et Arthur Perier-Pillu.

Par contre, Emma est interprétée par Camille Richeux entre 13 et 15 ans et dès 16 ans par Alice Isaaz car le réalisateur voulait que « le spectateur reste sur la personne de qui le héros était tombé amoureux à l'adolescence ». Une partie de la réussite du film repose en effet sur la crédibilité de cette amitié entre cette bande durant plus de 25 ans et le jeu des acteurs y est pour beaucoup. Les coscénaristes ont atteint leur objectif , à savoir qu' « on ne se pose jamais de questions sur leur vie et qu’on les voit vraiment grandir avec, outre la ressemblance, la spontanéité et la possibilité de créer du faux-réel, puisque les acteurs s’adressent au cameraman ».

L’émotion qui peut naître des scènes filmées dans Play provient clairement de la résonance ressentie par le spectateur face à l’universalité des moments et événements choisis. Le réalisateur souhaite en effet que « le spectateur de sa génération puisse lui aussi revoir sa vie défiler et que les plus jeunes s’identifient aux personnages et voient ce qu’il va leur arriver ». Car il y a de fortes chances que tout un chacun ait vécu, ou soit en train de vivre, les premiers baisers, les années lycées, les premiers émois amoureux, le bac, le permis de conduire, les études, les vacances, le premier job, l’indépendance familiale, la vie à deux, la vie tout seul, les enfants… Et grâce à une bande-son aux petits oignons, Play transporte avec brio le spectateur au travers des époques du héros et le met dans son mood.

D’autres sujets sont également abordés, comme le travail des intermittents du spectacle, puisque Max est lui-même comédien et galère pour se faire une place. Ou encore les effets dévastateurs de la drogue, la maladie ou le phénomène des couguars. Ce qui rend Play intéressant, c’est qu’il interroge finalement sur les conséquences à être systématiquement hors cadre, à filmer sa propre vie et à en devenir le spectateur plutôt que l’acteur. Car le risque est grand, autant que le regret, de se rendre compte que l’on est passé à côté de moments clés, et qu’une certaine lâcheté, voire un manque d’implication ou d’audace ont fait louper le coche.

Pourtant, on regrette que le procédé de Play s’essouffle assez vite, même si l’iPhone prend le relais du caméscope, et on tourne un peu en rond. Les moments saisis de la propre vie de Max sont d’un intérêt inégal, même s’ils sont insérés dans des événements marquants, et son obsession amoureuse pour Emma ne capte pas assez l’attention du spectateur. Car l'intention louable de dresser le portrait d’une génération avec pour seul enjeu l’amour compliqué entre les deux héros, ne suffit pas à combler l'absence d'intrigue. Film nostalgique sur le temps qui passe et touchant sur ce qui fonde et structure une amitié entre potes, Play fait cependant passer un agréable moment.

 

Play de Anthony Marciano, en salle le 1er janvier 2020Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

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